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Camp de Yarmouk : la vie de ses milliers d’habitants est en danger

dimanche 12 avril 2015 - 08h:55

Maureen Clare Murphy

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Les organisations d’aide humanitaire et de défense des droits de l’homme lancent un cri d’alarme sur le risque d’une nouvelle tragédie dans le camp de Yarmouk, à la périphérie de Damas, où des milliers de civils sont emprisonnés dans leurs demeures, sans nourriture et sans eau.

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Février 2015 - Distribution de nourriture dans le camp de Yarmouk - Photo : AFP/Rami Al-Sayed

Ahmad Majdalani, le ministre de travail dans l’Autorité Palestinienne basée en Cisjordanie occupée, a annoncé que les principales factions palestiniennes avaient accepté de coopérer avec le gouvernement syrien pour employer la force militaire afin d’expulser « le groupe de terroriste de l’EI [Etat Islamique] hors du camp de réfugiés de Yarmouk. »

Majdalani n’a pas donné les noms des groupes palestiniens qui avaient souscrit pour cette coopération militaire.

La BBC a rapporté que Aknaf Beit al-Maqdis, la milice palestinienne d’opposition qui avait combattu l’EI, « n’était pas été impliquée dans l’accord. »

L’État Islamique a envahi le camp la semaine dernière, infligeant un nouveau chapitre de misère aux 18000 civils prévus qui y subsistent.

Yarmouk hébergeait dans le passé environ 150 000 réfugiés palestiniens et ressortissants syriens, mais, comme l’Associated Press l’a indiqué hier : « La plupart de ses habitants se sont sauvés fin 2012 - alors que les rebelles se déplaçaient à l’intérieur du camp, au milieu d’attaques féroces du gouvernement - beaucoup d’entre eux se rendant dans les camps palestiniens surpeuplés du Liban voisin. Le gouvernement a bloqué Yarmouk, empêchant l’entrée des approvisionnements de base. »

Des dizaines d’habitants sont morts de la faim dans le camp, alors que la nourriture et l’eau devenaient une arme de guerre comme c’est le cas en d’autres endroits en Syrie.

Amnesty International a rapporté hier que « au moins 18 civils, y compris une fille de 12 ans et un travailleur humanitaire » ont été tués dans Yarmouk depuis sa prise de contrôle par l’EI la semaine dernière.

En plus des tirs des snipers de l’EI, les habitants sont également « en danger du fait que les forces du gouvernement syrien ont intensifié les tirs d’obus et le bombardement aérien du camp… y compris en laissant tomber des barrel bombs [barils de TNT chargés de morceaux de métal]. »

« Un militant de l’aide humanitaire civil dans Yarmouk a dit à Amnesty International que deux habitants de plus sont morts de la faim cette semaine, » a déclaré le groupe de de défense des droits de l’homme basé à Londres.

Aucun accès

L’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine, n’a pas été en mesure de fournir une aide alimentaire dans Yarmouk depuis la fin du mois de mars. L’année dernière l’UNRWA n’arrivait à distribuer que « l’équivalent de 400 calories par habitant et par jour, soit moins du cinquième de la quantité quotidienne recommandée par le PAM, Programme Mondial de l’Alimentation, qui est de 2100 calories pour les civils dans des zones de crise. »

Une coalition des organismes de la société civile a lancé aujourd’hui un appel pour dire que « la situation dans le camp continue à se détériorer rapidement et se transformera en tragédie humanitaire à grande échelle si des couloirs humanitaires sûrs ne sont pas immédiatement mis en place. »

« Alors que les fournitures médicales de base s’épuisent dans les lieux et équipements de santé dans le camp, tels que l’Hôpital de la Palestine et l’Hôpital d’Al-Basil, les combattants des deux côtés refusent de permettre au Comité International de la Croix Rouge (CICR) de fournir l’aide humanitaire aux civils et d’évacuer les nombreux civils blessés, » indiquent ces organisations.

« Le gouvernement syrien devrait donc permettre l’accès au CICR dans le camp afin de livrer la nourriture et des fournitures médicales, et évacuer les civils blessés, » ajoute la déclaration conjointe.

L’appel pour l’accès et l’évacuation a été également fait par le porte-parole de l’UNRWA, Chris Gunness, aujourd’hui lors d’une interview avec CBC.

« Nous devons avoir une pause [dans les hostilités] de sorte que nous puissions fournir l’accès qu’humanitaire aux civils… et que les civils qui veulent partir puissent être évacués, » a dit Gunness.

Gunness a aussi déclaré à CBC que l’EI contrôlait « probablement plus que la moitié » de camp, « où 95 pour cent de la population est composée de civils. Ainsi c’est vraiment un cas du danger mortel parce que vous avez les responsables syriens parlant de plus en plus d’attaquer le camp, et vous avez des personnes qui sont effectivement emprisonnées à l’intérieur en raison du siège qui se poursuit. »

« C’est une population normalement sous protection des Nations Unies dans la capitale d’un Etat membre de l’ONU, au 21ème siècle, » a encore dit Gunness.

« Il est inconcevable dans mon esprit que le soi-disant monde civilisé puisse se tenir à l’écart tandis que des femmes et des enfants - les plus vulnérables dans cette guerre civile - se retrouvent soumis à ces actes barbares dans le camp de Yarmouk, » a-t-il ajouté.

« Camp d’extermination »

Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a dit de son côté aujourd’hui : « Dans l’horreur que vit la Syrie, le camp de réfugiés de Yarmouk est le lieu le plus profond de l’enfer, » ajoutant : « Ce camp de réfugiés commence à ressembler à un camp d’extermination. »

Des Etats membres de l’Assemblée Générale des Nations Unies ont cependant coupé des fonds destinés à l’agence dont la mission est de venir en aide aux réfugiés palestiniens.

Toujours selon Gunness, « la réalité est que nous supprimons des services pour des gens dans des situations comme celle de Yarmouk, parce que les gouvernements comme le gouvernement canadien suppriment leur financement. »

« C’est rien de moins que la crédibilité du système international lui-même qui est en jeu, » a-t-il ajouté.

Mais ce système international a depuis longtemps abandonné à eux-mêmes les réfugiés Palestiniens, qui restent apatrides et sans protection plus de six décennies après avoir été expulsés de leur patrie.

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* Maureen Clare Murphy est rédactrice à The Electronic Intifada (Arts, Musique et Culture). Elle vit à Chicago.

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vaient9 avril 2015 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/blogs...
Traduction : Info-Palestine.eu


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