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Les arts palestiniens fleurissent en ligne dans le printemps de Birzeit

vendredi 12 mai 2006 - 15h:28

Maureen Clare Murphy

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Comment pour des étudiants avides de culture, d’art, faire éclater la chappe de l’occupation qui vous empêche de vous ouvrir sur le monde de l’art ? L’université de Birzeit va exploiter l’outil Internet comme ressource de recherches, dans des visites virtuelles dans les galeries de musées, initiative animée par la nouvelle Paltel Virtual Gallery de l’université.

Ce printemps, l’université palestinienne de Birzeit a lancé sa dernière méthode d’échange culturel.

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Une exposition de photographies par Alban Biaussat

La nouvelle Paltel Virtual Gallery qui sert de portail Internet pour les étudiants de l’université de Birzeit, les Palestiniens et quiconque est intéressé par l’art palestinien, va aussi mettre en ligne des cours universitaires traitant des arts palestiniens, arabes et contemporain au niveau international.

De plus, afin de mettre en vedette un artiste palestinien chaque mois, les multiples fonctions bilingues de la Paltel Virtual Gallery essaieront de servir aussi bien les simples curieux de l’art palestinien que les Palestiniens avides d’expositions d’art international, lequel ne bénéficie pas d’un haut niveau de priorité dans les écoles palestiniennes.

Dirigée par l’artiste et conférencière en art islamique, Vera Tamari et son étudiante Tina Sherwell, la galerie a été formellement inaugurée dans l’espace physique de la galerie de l’université de Birzeit le 17 mars de cette année.

Mais la galerie continue à se développer, avec de nouveaux objectifs tel l’espace d’exposition virtuel qui va héberger des travaux artistiques palestiniens et internationaux qui seront visités online grâce à une librairie en ligne exploitable par mots-clés, comme s’il s’agissait d’un programme artistique en réelle résidence.

Le lancement de la Paltel Virtual Gallery survient dans une période des plus excitantes pour la communauté de Birzeit : à la fin de ce mois, se produira l’ouverture anticipée de la nouvelle galerie artistique du campus qui va héberger la collection permanente de l’université. Dans cette galerie seront visibles des objets tels que la collection d’amulettes de Tawfiq Canaan et la collection de Birzeit de costumes palestiniens.

La galerie virtuelle est la dernière réalisation dans l’histoire de l’université de Birzeit, comme point d’échange culturel entre la Palestine et la communauté internationale. Juste à côté de la ville cosmopolite de Ramallah qui s’enorgueillit de ses cafés et restaurants fréquentés, Birzeit a par le passé suscité l’intérêt international de ceux qui souhaitaient apprendre à propos de la Palestine ou voulaient léguer des biens à la Palestine à travers l’institution. L’artiste syrien vivant à Berlin, Marwan Qassab Bashi, a fait don de 75 de ses travaux d’artistes à l’université, et le directeur d’art moderne de Berlin assura une conférence à travers Birzeit qui pu être suivie à Gaza, Bethléhem, Hébron, Naplouse et Jérusalem.

Birzeit a aussi hébergé des réunions d’artistes au niveau international, bien que l’université n’ait pas formellement de département d’art. En effet, pour cause de fortes contraintes économiques et autres épreuves auxquelles le système éducatif palestinien doit faire face, le tout lié à des questions culturelles, l’art créatif n’a jamais été considéré comme un sujet parmi les plus importants dans les cursus éducatifs. Mais Tamari qui enseigne à l’université une introduction aux questions de l’art a découvert que malgré le manque complet de connaissances de ses étudiants dans le domaine, ceux-ci n’ont pas été longs à réaliser des créations. Notant « qu’ils partaient de zéro », Tamari estime que les étudiants « obtiennent des résultats surprenants dans leurs projets ».

Donc, étant tellement affamés de tentatives créatrices, ils « se déchaînent avec leurs idées. C’est très beau pour eux de se lancer en sollicitant leur imagination ». Malgré l’absence d’une éducation formelle aux arts en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, la Palestine peut se vanter d’avoir un grand nombre de réalisateurs de films, de peintres, de sculpteurs et musiciens par rapport à la taille de sa population. Et si le vieil adage selon lequel les épreuves stimulent la créativité, alors les Palestiniens disposent d’un large réservoir dans lequel puiser. Les étroites restrictions de mouvements imposées par les Israéliens dans les quatre dernières années de l’Intifada ont laissé l’économie palestinienne délabrée, et les campagnes israéliennes de violence ont tué des milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes en âge d’être étudiants.

Tamari explique qu’elle a compris que les étudiants « n’ont pas de moyens d’avoir des contacts avec les artistes arabes, internationaux et même palestiniens à cause de la restriction de mouvements », et elle a donc « commencé à recourir à l’Internet ». Elle a commencé par donner à ses étudiants des instructions pour qu’ils utilisent l’Internet comme ressource lors de recherches sur l’art, les encourageant à réaliser des visites virtuelles dans les galeries de musées, chose que la grande majorité de ses étudiants n’avait jamais faite.

Cette possibilité de changement culturel à travers le Web a inspiré Tamari. Recevant des fonds pour trois années en provenance de la compagnie palestinienne de communications Paltel, Tamari et Sherwell ont commencé à travailler sur leur propre espace artistique virtuel à Birzeit. Prenant note du fait que les Palestiniens dans les Territoires occupés sont accablés par « un isolement physique et culturel », Sherwell dit que la galerie a la possibilité de briser cela.

Le site Web va imposer des dates limites pour les concessions et va solliciter des entrées pour les expositions dont les jeunes artistes palestiniens isolés ne doivent pas nécessairement être privés. Et comme les techniques DSL vont être bientôt massivement implantées dans les Territoires, de plus en plus de jeunes Palestiniens seront raisonnablement à même d’accéder à l’Internet et pourront visiter le site Web.

Alors que certaines sections du site Web sont en construction et que ceux qui n’utilisent pas Internet Explorer comme navigateur Internet pourront être désappointés lorsqu’ils ne pourront visualiser proprement certaines images du site, celui-ci sera très attractif et très convivial avec un grand potentiel comme ressource pour les Palestiniens intéressés par l’art, qu’ils soient à l’intérieur de la Palestine ou en dehors.

En effet, ce double but est important à développer. Il y a peu d’intérêt ou de compréhension de l’art qui n’est pas transparent politiquement en Palestine, comme il n’y a pas de réel marché de l’art. Comme le souligne Tamari, « les artistes ne peuvent survivre tant qu’ils ne sont pas très connus ». Et même alors, il y a le « bagage » que l’Art palestinien transporte, comme l’explique Sherwell. La scène artistique internationale « voit d’abord le Palestinien avant de voir la production artistique », et l’art palestinien « se présente alors avec un cadre ». Citant comme une exception la grande artiste libanaise, Mona Hatoum, - née palestinienne et mondialement connue - Sherwell souligne que même Hatoum a été obligée de lutter pour éviter de se trouver piéger dans le contexte palestinien et se voir refuser le droit d’exprimer autre chose dans sa production artistique.

Dans tous les cas, et parce que grande est l’ignorance de la vie des Palestiniens et de leur culture en dehors du Moyen-Orient, la Paltel Virtual Gallery est une étape bienvenue dans la direction de la compréhension culturelle. Au moment où la Cisjordanie est sur le point de développer une infrastructure rapide pour l’Internet, le Web a un grand potentiel en tant que moyen de surmonter l’isolement des Palestiniens dû à l’occupation.

Adresse de la Paltel Virtuel Gallery : http://virtualgallery.birzeit.edu/home

Ramallah, 6 mai 2005 - Electronic Intifada
Cet article peut être consulté à :
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction : Claude Zurbach (CCIPPP)


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