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Marwan Barghouti se joint à la grève de la faim illimitée

samedi 17 mai 2014 - 08h:38

12 mai - Daoud Kuttab

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Mahmoud al-Ramahi, secrétaire général du Conseil législatif palestinien, est un médecin formé en Italie et le père de cinq enfants.

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Marwan Barghouthi, à son entrée dans la cour de justice du district de Tel-Aviv, le 12 décembre 2002 - Photo : Reuters/Sven Nackstrand

Depuis cette prise de responsabilité après la victoire électorale du Hamas [résistance islamique] en 2006, il est resté emprisonné en quasi permanence, aux mains des forces d’occupation israéliennes. Il a été ré-arrêté en 12 novembre 2012. Il avait été libéré cinq mois plus tôt après une série de détentions administratives répétées. Il est actuellement détenu dans la prison de Ketiziot dans le désert du Néguev, sans accusation ni procès.

Mazen Natshe, père de trois enfants, a été ré-arrêté le 26 août 2013 . Il avait été libéré à peine cinq mois avant, après 41 mois de détention administrative.

Salem Dirdisawi, de al-Bireh, a été arrêté 28 Avril 2014 et est détenu en isolement dans la prison d’Ayalon.

Ahmad Rimawi avait 18 ans quand il a été arrêté en novembre 2012 et il est le plus jeune détenu administratif palestinien en grève de la faim. Il est incarcéré dans le Néguev .

Ce qui précède est un petit échantillon des citoyens palestiniens détenus par Israël sans accusation ni procès et généralement désignés comme détenus administratifs. Selon B’Tselem l’organisation israélienne des droits de l’homme, 186 Palestiniens sont actuellement détenus sans inculpation.

Environ 140 de ces prisonniers ont lancé une nouvelle grève de la faim le 24 avril, exigeant que soit mis un terme à une situation internationalement reconnue comme illégale. Une campagne pour soutenir les prisonniers en grève de la Palestine s’est propagée partout dans le monde, avec une grande visibilité dans les médias sociaux. Le 8 mai, des centaines de prisonniers palestiniens ont rejoint leurs compatriotes détenus en grève de la faim pour une journée de soutien. Des manifestations ont lieu chaque jour en Palestine et dans de nombreux pays arabes comme la Jordanie.

Marwan Barghouti, responsable du Fatah et emprisonné à vie, a également rejoint le mouvement de grève de la faim.

La détention administrative est une relique de l’époque du mandat britannique. L’objectif initial de cette pratique consistait à tenir en prison les individus pour une courte période, à titre de précaution. Au lieu de cela,c’est devenu un outil habituel pour les Israéliens quand ils sont incapables de fournir suffisamment d’éléments pour faire condamner quelqu’un devant leurs tribunaux militaires. En 1945, le Règlement sur l’état d’urgence des Britanniques avait été durement critiqué avant la création d’Israël par l’ancien Premier ministre israélien Menahem Begin et deux anciens ministres de la Justice, Yakov Shimshon Shapira et Yossef Dov.

Une détention administrative est appliquée pendant six mois sans que l’on puisse voir un juge. Quand un contrôle judiciaire a lieu, les dossiers secrets sont généralement présentés par le service de renseignement israélien et ni le prisonnier ni son avocat ne sont autorisés à voir ou de tenter de réfuter les accusations. Les juges militaires approuvent régulièrement des demandes d’extension de détention pour six mois. Les prisonniers peuvent être détenus pendant des années sans jamais faire face à une seule charge ou tribunal qui fourniraient officiellement la justification de leur détention.

Amnesty International et Human Rights Watch ont publiquement critiqué la détention administrative comme étant une violation de l’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Celui-ci stipule : « Toute personne a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut être soumis à une arrestation ou une détention arbitraire ». L’article 78 de la Quatrième Convention de Genève stipule de son côté que la détention administrative ne doit être pratiquée que pour des raisons impérieuses de sécurité.

Les Palestiniens espèrent que ce qu’ils appellent la « bataille des ventres vides » produira suffisamment de réactions en Palestine et dans le monde pour obliger Israël à mettre à la ferraille cette pratique antidémocratique. Une campagne similaire a eu lieu il ya deux ans, quand Khader Adnan, qui avait été à plusieurs reprises arrêté administrativement, avait entamé une grève de la faim qui s’est poursuivie pendant 66 jours et a pris fin lorsque les autorités israéliennes ont fini par être contraintes de ne pas renouveler sa détention. Il est un homme libre.

Jawwad Boulous, un avocat de longue date des prisonniers palestiniens, prévoit que les détenus aboutiront dans leur quête. Boulous a déclaré à Al-Monitor qu’il est sûr que cette grève aura des résultats concrets, en disant : « Bien que l’objectif de mettre fin à la détention administrative est le thème principal de la grève, je suis certain que avant de terminer cette grève, les prisonniers obtiendront des concessions de la part des Israéliens, comme s’abstenir de renouveler automatiquement les ordres de détention, en particulier pour certains des prisonniers incarcérés depuis des années sans inculpation ni jugement. »

L’échec des pourparlers de paix et la réconciliation en cours entre l’OLP et le Hamas devraient donner une forte impulsion à tous ceux qui soutiennent les Palestiniens à travers le monde, pour qu’ils se joignent aux prisonniers en grève de la faim. L’exigence que les détenus soient inculpés et jugés ou libérés est une valeur fondamentale de toute démocratie. Israël, qui s’auto-proclame régulièrement la seule démocratie au Moyen-Orient , aura du mal à défendre le maintien en détention d’un médecin, d’un adolescent ou d’un père de trois enfants en se basant simplement sur ​​des dossiers secrets.

Alors que la grève de la faim continue de prendre de l’ampleur, il faut s’attendre à ce que le nombre et l’intensité des manifestations en Palestine augmentent considérablement. Comme la vie des prisonniers est maintenant en danger, les manifestations vont devenir beaucoup plus puissantes. La grève de la faim et les protestations palestiniennes vont aussi revigorer la diaspora palestinienne ainsi que les groupes de solidarité à travers le monde.

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* Daoud Kuttab : journaliste palestinien né à Jérusalem, il a enseigné le journalisme à Princeton et dirige actuellement le Community Media Network, organisation dédiée au progrès du journalisme arabe indépendant . Il est producteur de documentaires et titulaire de nombreuses distinctions. Il est chroniqueur pour Palestine Pulse de Al-Monitor, The Jordan Times, The Jerusalem Post et The Daily Star (Liban).

Du même auteur :

- Rapport d’Amnesty International : un rappel opportun de la brutale occupation israélienne - 4 mars 2014
- Un rapport dévoile la politique démographique d’Israël à Gaza - 30 janvier 2014
- Goldstone : perceptions et réalité - 25 avril 2011
- Juifs ou Israéliens ? - 30 octobre 2010
- L’union ne suffit pas - 2007
- Pourquoi tant d’arrogance ? - 2006

Lire également :

- Lorsque les prisonniers Palestiniens échappent aux chiffres officiels - 17 mai 2014
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- Prisonniers palestiniens : 14e jour de grève de la faim - 7 mai 2014
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- Les Palestiniens prisonniers en Israël sont prêts pour une grève de la faim de masse ! - 27 avril 2014
- Massive grève de la faim lancée par les « détenus administratifs » palestiniens - 26 avril 2014

12 mai 2014 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib


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