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Les Palestiniens prisonniers en Israël sont prêts pour une grève de la faim de masse !

dimanche 27 avril 2014 - 08h:12

Joe Catron

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Près de deux cents détenus administratifs palestiniens, emprisonnés indéfiniment sans inculpation ni jugement en vertu des ordonnances des tribunaux militaires israéliens, ont annoncé leur intention de lancer dès ce jeudi, une grève de la faim de masse pour leur liberté.

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Um Ibrahim (au centre) assure une présence constante au sit-in hebdomadaire devant le bureau de la Croix-Rouge dans la ville de Gaza - Photo : APA/Mohammed Asad

L’information est arrivée alors que des manifestations et évènements à travers la Palestine et le monde commémoraient pour la 40e année, la Journée des prisonniers palestiniens.

Des milliers de personnes ont visité une exposition sur la place Saraya, l’ancien site de la prison israélienne à Gaza, puis se sont réunis à l’extérieur du bureau du Comité international de la Croix-Rouge.

Après les manifestations, Ibrahim Baroud, libéré des prisons israéliennes il y a un an, s’est entretenu avec The Electronic Intifada à son domicile dans le camp de réfugiés de Jabaliya dans le nord de la bande de Gaza.

Parmi les milliers et milliers d’anciens prisonniers palestiniens dans la bande de Gaza, Baroud est remarquable non seulement en raison de sa longue détention de 27 ans, qui en fait un des plus anciens détenus palestiniens, mais aussi par les immenses efforts déployés par sa mère durant son absence.

En 1995, neuf ans après la capture de son fils par les forces israéliennes, Ghalia - également connue sous le nom d’Um Ibrahim - organisait un sit-in dans la cour du Comité international de la bureau de la Croix -Rouge avec Handoumeh Wishah, ou Um Jaber, qui avait à l’époque quatre fils en prison.

Bien que peu nombreux au début, leur présence s’est maintenue semaine après semaine, année après année, traversant les transitions politiques et les offensives militaires, prenant de plus en plus d’importance dans les activités de soutien aux prisonniers à Gaza. Les sit-in sont devenus un lieu fort d’unité politique.

Les femmes protestent

Au fil des années, Um Ibrahim a mis les femmes au premier plan dans une série de manifestations, sans craindre la confrontation, afin de mettre en évidence la question des prisonniers. Elles ont ainsi bousculé le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Nasser Al Qidwa, en 2005 avec un discours enflammé, et elles ont bombardé le convoi du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon avec des chaussures et des pierres alors que celui-ci entrait dans la bande de Gaza en 2012.

Les sit-in se poursuivent aujourd’hui, et les parents et ceux qui soutiennent les prisonniers, dont beaucoup de mères et d’épouses de détenus, occupent la cour de la Croix-Rouge tous les lundis matin. Leur nombre ne fait qu’augmenter, en même temps que leurs efforts pour libérer les prisonniers - que ce soit par des négociations politiques, des grèves de la faim ou des échanges de prisonniers - ou pour les défendre contre les mauvais traitements imposés par l’administration pénitentiaire israélienne .

Um Ibrahim reste une présence constante, assise dans la première rangée, et elle mène souvent la foule avec les slogans.

« Les prisonniers n’ont jamais été mentionnés dans les accords d’Oslo » , a déclaré Ibrahim Baroud samedi, se référant à l’accord de paix signé par Israël et l’Organisation de libération de la Palestine, il y a de cela vingt ans. « Ce fut une déception pour nous et un échec de la direction palestinienne. »

Âgé aujourd’hui de 51 ans, ​​Ibrahim, membre du Jihad islamique [résistance islamique], a été libéré le 8 avril 2013 après avoir purgé 27 ans de prison suite à une condamnation d’un tribunal militaire israélien pour résistance armée à l’occupation.

« Selon les Conventions de Genève, quand un conflit se termine, la première chose qui doit se intervenir, c’est la libération des prisonniers des deux parties, » a-t-il dit.

« Dans les prisons , nous savions cela, et nous nous attendions donc à être libérés. Comment un dirigeant peut-il laisser ses soldats dans les prisons de l’ennemi ? »

Sit-in et grèves

L’exclusion des droits des prisonniers des accords d’Oslo a suscité un renforcement des initiatives pour les soutenir, y compris avec le lancement de sit-in en 1995, rappelle-t-il.

En outre, les forces israéliennes avaient interdit à sa mère de lui rendre visite, avait rapporté l’agence Ma’an News en 2010. L’interdiction, justifiée par des « questions de sécurité »sans autre précision, n’avait pris fin qu’après la grève de la faim collective, nommée Karamé (« Dignité ») en 2012.

Pour faire cesser la grève, Israël avait accepté d’autoriser à nouveau les visites des prisonniers par leurs familles depuis la bande de Gaza, après les avoir interdites pendant plus de six ans.

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Ibrahim Baroud célèbre sa libération des prisons israéliennes lors de son arrivée à Gaza,le 8 avril 2013 - Photo : APA/Ashraf Amra

« Moi et mes compagnons de captivité suivions les sit-in chaque lundi », a déclaré Baroud. « Nous regardions nos familles à la télévision. »

« Le sit-in a été un moyen de communication entre les prisonniers et nos familles , surtout durant les six années où nous étions privés de les voir. »

En raison de la longue séparation d’avec sa mère, il dit : « J’étais encore plus pressés que les autres de la voir. »

Le père de M. Baroud est mort trois ans avant sa libération, alors que les visites depuis Gaza étaient interdites.

« Bien sûr, je suis triste »

Depuis l’accord Karamé en 2012, des visites irrégulières par les familles de Gaza ont pu reprendre, bien que certaines interdictions de sécurité individuelles subsistent et qu’Israël continue à interdire aux enfants de plus de seize ans de visiter leurs parents détenus.

Comme Baroud l’expliquait ce samedi, des initiatives pour marquer la Journée des prisonniers, commencées quelques semaines plus tôt, se sont poursuivies dans la bande de Gaza.

À quelques pâtés de maisons de là, le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) , un parti politique marxiste-léniniste, a organisé une bruyante fête de mariage pour Omar Massoud, un ancien prisonnier libéré le 30 octobre après 21 ans de détention.

Massoud, un combattant de l’aile armée du FPLP, a été libéré avec le deuxième groupe de prisonniers vétérans qu’Israël avait promis de relâcher au début de ses récentes négociations avec l’Organisation de libération de la Palestine.

Le 29 mars, alors le quatrième groupe devait être libéré, Israël a annoncé qu’il ne les relâcherait pas sans un accord palestinien pour prolonger les pourparlers d’au moins six mois.

« Ils ont retardé sa libération pour la cinquième fois, » a dit Najat al-Agha, la mère du prisonnier - aussi connue sous le nom d’Um Diyaa - samedi à son domicile dans le camp de réfugiés de Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza.

Tout d’abord, dit-elle, son fils aîné Diyaa al-Agha a été retiré de la liste lors de l’échange en 2011 de 1027 Palestiniens captifs en échange d’un soldat israélien détenu par les Brigades Ezzedeen al-Qassam - l’aile armée du mouvement Hamas - alors qu’initialement il devait en faire partie.

« Alors qu’il était censé être libéré dans chacun des quatre lots » dans le cadre des récentes libérations, dit-elle.

Um Diyaa assure une présence constante à la Croix-Rouge, aux côtés d’Um Ibrahim.

Son fils Diyaa, un combattant du Fatah condamné à vie par un tribunal militaire pour avoir tué un officier israélien dans une colonie dans la bande de Gaza en 1992, se tient avec son frère Muhammed dans la même section de la prison de Nafha.

« Bien sûr, je suis triste », a déclaré Um Diyaa. « Mais j’ai encore l’espoir de sa libération. Je m’assois toujours à côté du téléphone, attendant un appel m’annonçant une bonne nouvelle ».

Israël renie l’accord

Le refus d’’Israël de libérer Diyaa al-Agha et 25 autres prisonniers marque la seconde fois qu’il renie un engagement de libérer ces mêmes prisonniers. Le protocole d’accord signé en 1999 à Charm el-Cheikh avec l’ Organisation de libération de la Palestine, stipulait qu’Israël devait libérer les prisonniers palestiniens arrêtés et condamnés avant le 13 Septembre 1993, et ​​arrêtés avant le 4 mai 1994.

Le 28 juillet 2013, le cabinet israélien s’était engagé à libérer tous les prisonniers restants de la période pré-Oslo en quatre étapes, sous la condition que l’Organisation de Libération de la Palestine s’abstienne d’avoir recours à l’ONU ou à d’autres organismes internationaux, comme la Cour pénale internationale, pour la durée de neuf mois correspondant aux négociations en cours, selon le site israélien +972.

La violation par le gouvernement israélien de l’accord signé l’an dernier pour libérer les prisonniers a même soulevé les critiques des responsables des États-Unis. Le journal israélien The Jerusalem Post a signalé que les négociateurs américains « qualifiait expressément la décision de violation de l’accord signé » dans les échanges avec leurs homologues israéliens (« US : La non- libération des prisonniers palestiniens est une violation des conditions de la négociation », 29 mars 2014).

« Il s’agit d’une obligation israélienne », a déclaré Ibrahim. « Les prisonniers dont nous parlons, ceux d’entre nous qui ont été capturés avant Oslo, auraient dû être libérés il y a déjà vingt ans. »

Mais, ajoute-il, de nombreux prisonniers ont perdu la foi dans le processus de négociation, se référant aux assurances israéliennes [non suivies d’effet] lors de l’accord de Charm el-Cheikh en 1999, et ils ont peu d’espoir dans leur libération.

« Nous avions connaissance de la malhonnêteté israélienne, et savions qu’ils ne libéreraient pas tous les prisonniers prévus », a ajouté M. Baroud.

Comme Omar Massoud, Baroud s’est récemment marié, le 15 mars. Et comme sa mère, il assiste souvent aux manifestations pour soutenir les prisonniers.

Selon l’organisation Addameer de soutien aux prisonniers, Israël détient au 1e mars 5224 prisonniers politiques palestiniens. Parmi eux se trouvent 183 détenus administratifs, 210 enfants, 11 parlementaires palestiniens et 21 femmes.

« Je ne peux pas dire que ces initiatives sont suffisantes », a déclaré Baroud en parlant des événements organisés à l’occasion de la Journée des Prisonniers et pendant le reste de l’année. « Elles doivent être plus larges et plus forts que cela. Elles n’égalent pas le sacrifice des prisonniers, qui ont payé un prix élevé pour leur cause ... Mais même si le niveau de ces activités n’est pas aussi élevé ce que les prisonniers attendent, cela a toujours un impact positif pour eux. »

« Les détenus sont dans l’attente »

Les efforts pour libérer les prisonniers doivent englober toute une gamme de stratégies, ajoute-t-il.

« Les initiatives politiques et militaires pour libérer les prisonniers doivent coïncider. Quel que soit celui qui gagne la bataille, ce sera bon pour les prisonniers. Mais le travail doit être fait par tous. »

Plusieurs parties partagent ce devoir, dit-il encore.

« Beaucoup de prisonniers comptent sur la résistance pour les libérer. La résistance a une responsabilité majeure envers les prisonniers. Nous avons vu un exemple de cela dans l’échange Shalit [en 2011]. »

« Les détenus attendent que les dirigeants palestiniens fassent leur devoir, que ce soit en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza, l’Autorité palestinienne ou les organisations politiques. »

Le samedi, rapporte Al-Monitor, le Conseil central de l’OLP se réunira à Ramallah pour décider de sa réponse au refus d’Israël de libérer le 29 mars Diyaa el-Agha et 25 autres.

Mais lors de la Journée des prisonniers le Hamas a renouvelé son engagement à la lutte armée pour la libération des prisonniers, tout comme le FPLP et le Jihad islamique palestinien.

« Nous confirmons que la lutte continuera jusqu’à la libération de toute la terre de Palestine, jusqu’à la libération de tous les prisonniers et aussi longtemps qu’Israël mènera cette politique contre nos prisonniers en les utilisant comme un moyen de pression et de chantage politique », a déclaré à The Electronic Intifada le porte-parole du Jihad islamique palestinien, Daoud Shehab.

« Cela nous oblige en tant que Palestiniens à utiliser toutes les méthodes et toutes les options pour libérer nos prisonniers », a-t-il ajouté.

À l’intérieur des prisons, des plans d’actions de protestation sont prévus, comme la grève de la faim des détenus administratifs à partir de ce jeudi.

Ces différentes approches reflètent le large soutien dont bénéficie le mouvement des prisonniers, par-delà les divisions géographiques et politiques de la société palestinienne, explique Baroud.

« La question des détenus est celle qui pourrait faire exploser la situation ici. »

Ce soutien continuera également à se refléter dans les banderoles, les drapeaux et insignes - jaunes, verts, noirs, rouges, représentant les différents courants politiques palestiniens - qui remplissent la cour de la Croix-Rouge tous les lundis matin.

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* Joe Catron : New-Yorkais membre de ISM, Catron est un militant et journaliste qui vit à Gaza. Il a co-édité The Prisoners’ Diaries : Palestinian Voices from the Israeli Gulag, une anthologie de récits de prisonniers libérés en 2011. Son blog : http://joecatron.wordpress.com - son compte twitter : @jncatron.

Du même auteur :

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22 avril 2014 - The Electyronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/conte...
Traduction : Info-palestine.eu - Naguib


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