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Attentats de Paris : des rappels nécessaires

dimanche 15 novembre 2015 - 07h:16

Abdel Bari Atwan

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La plupart des pays occidentaux, sinon la totalité, refusent de reconnaître leur responsabilité, individuellement ou collectivement, dans le rôle d’incubateurs de ce phénomène terroriste unique et dangereux, écrit Abdel Bari Atwan.

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Des gens en deuil déposent des fleurs et allument des bougies pour rendre hommage aux personnes tuées ou blessées dans l’attaque de vendredi - Photo : AFP

Le président français Hollande a décrit les attaques terroristes du vendredi 13 novembre, revendiquées par l’Etat islamique, comme un « acte de guerre ».

Ces terribles attentats témoignent de l’étendue de l’influence de l’État islamique parmi les jeunes vivant en Occident, ainsi que ses capacités d’expansion. Même s’il apparaît que des membres de la cellule impliquée ont pu venir de Syrie, ils doivent avoir été aidés sur le plan logistique par des complices basés en Europe qui leur auront fournis des véhicules, des moyens de transport, des armes, des munitions et des explosifs.

L’État islamique a mené trois attaques particulièrement fortes contre trois pays étrangers différents dans les quatre dernières semaines - un record qui est sans précédent dans l’histoire moderne.

Premièrement, ils prétendent avoir posé la bombe qui a fait s’écraser l’avion russe dans le Sinaï, tuant plus de 200 passagers.

Deuxièmement, ses agents ont réalisé deux attentats suicides dans les rues de Beyrouth plus tôt cette semaine, tuant 23 personnes.

Et maintenant, au moins 127 personnes ont perdu la vie à Paris dans une série d’attaques coordonnées et simultanées dans des cafés, des restaurants, au Stade de France et dans la salle de concert du Bataclan, où au moins 80 spectateurs ont été abattus de sang-froid.

La France a déclaré l’état d’urgence, et déployé 1500 soldats dans les rues de Paris. Les déploiements policiers et militaires ne suffiront cependant pas à protéger les capitales occidentales d’attaques similaires. Nous devons en effet développer une stratégie commune pour traiter en premier lieu les causes qui ont conduit à l’émergence de L’État islamique et qui ont aidé à son expansion rapide et à sa croissance.

La plupart des pays occidentaux, sinon la totalité, refusent de reconnaître leur responsabilité, individuellement ou collectivement, dans le rôle d’incubateurs de ce phénomène terroriste unique et dangereux.

L’Occident s’est engagé dans des interventions militaires injustifiées et totalement destructrices, pour tenter de mettre en pièces des États-nations et redessiner la carte du Moyen-Orient. Et tout cela a été fait dans la poursuite de leurs propres objectifs financiers et diplomatiques avec l’objectif supplémentaire de faire d’Israël la seule superpuissance régionale.

Il y a six raisons clés que nous devons considérer si l’on veut comprendre ce phénomène, ses origines, et son « succès » actuel :

1 : L’humiliation. Les peuples arabes et islamiques sont soumis à des insultes continues, subissant les gouvernements corrompus, les puissances coloniales occidentales et leurs interventions militaires dans leurs affaires.

2 : La frustration. La région compte plus de 100 millions de jeunes, et plus de 40 millions d’entre eux sont des chômeurs. La frustration est le dénominateur commun de la plupart d’entre eux, car ils n’ont ni présent ni avenir.

3 : Le déficit démocratique. La plupart des pays arabes sont régis par des régimes corrompus et répressifs qui ont peu intérêt à résoudre les problèmes sociaux et économiques ou à promouvoir des projets de développement. En outre, ils sont même le plus souvent dépourvus des capacités de base pour gérer quoi que ce soit.

4 : Les interventions militaires. Les interventions occidentales/étrangères qui ont commencé en Irak et se sont propagées à la Libye, la Syrie, le Yémen et la Somalie, n’ont produit que le chaos. Rapides pour évincer des dirigeants qui ont été considérés comme hostiles, ces interventions n’ont aucune planification à long terme pour la mise en place d’autorités de remplacement, et n’amènent que le chaos et la violence généralisée. Ces États savent comment détruire mais ils ne savent pas comment (ou ne veulent pas) bâtir des communautés stables dans les pays ravagés par leurs guerres.

5 : La marginalisation. En alimentant les divisions sectaires et ethniques qui sont devenues une cause de guerre dans toute la région, l’ingérence étrangère a déclenché une puissante source de haine et de désir de vengeance qui probablement perdurera des décennies.

6 : Le pouvoir des médias de réseau social. Les groupes terroristes - comme l’ensemble des citoyens - ne dépendent plus des médias traditionnels pour diffuser leur idéologie et leurs idées. L’État islamique a par exemple plus de cinquante mille comptes associés sur Twitter, générant environ 100.000 tweets par jour.

Les attentats sanglants à Paris vont sans doute bénéficier à l’aile droite de l’échiquier politique et aux islamophobes. Il y a 30 millions de musulmans en Europe, 99,9% sont des citoyens pacifiques et responsables mais ils vont certainement supporter le poids des attaques de « vengeance » et celles-ci ont déjà commencé. De plus la violence est inévitable et va déstabiliser les capitales occidentales, leurs citoyens se retrouvant confrontés à une période d’anxiété et de peur.

Je répète que les gouvernements occidentaux doivent regarder au-delà de la violence - celle des terroristes comme la leur - et chercher d’autres solutions. Ce n’est pas la première fois que nous nous retrouvons dans cette situation : les bombes à Madrid et à Paris dans les années 2000 ont été une réponse directe à l’ingérence occidentale en Afghanistan et en Irak.

L’État islamique a publié un communiqué après les attentats de Paris, déclarant qu’ils étaient en réponse au bombardement aérien par des avions étrangers de leurs positions dans « le califat ».

Nous ne suggérons pas que l’Occident abandonne ses mesures de sécurité. Tous les gouvernements ont l’obligation de défendre leurs citoyens et leurs intérêts, et ils tenteront d’éliminer tout danger que représentent des terroristes. Mais nous le répétons encore une fois qu’une réaction à courte vue ne va pas éteindre la menace et peut, à la place, faire pire si des civils innocents sont tués par des bombardements de représailles par l’Occident dans les terres musulmanes.

Le président syrien Assad n’a pas tardé à exploiter les opportunités de relations publiques offertes par l’attaque à Paris, mais il a aussi déclaré devant une délégation française en visite : « [Les politiques] erronées adoptées par les pays occidentaux, notamment la France, concernant les événements dans la région, et leur ignorance de l’appui fourni aux terroristes par un certain nombre de leurs alliés, font partie des raisons à l’origine de l’expansion du terrorisme ». Il a comparé les événements à Paris à la guerre civile de quatre ans en Syrie où les interventions occidentales n’ont fait qu’aggraver les choses et où 250 000 personnes ont perdu la vie.

Ce qui est arrivé hier en France démontre les capacités terrifiantes que l’État islamique a accumulées. Cela ramène al-Qaïda au niveau d’un groupe d’amateurs et nous craignons que ce qui est arrivé ce vendredi soit seulement la pointe émergée de l’iceberg. L’ensemble du Moyen-Orient a besoin de profondes transformations, de réformes et de changements politiques radicaux ... mais ces changements doivent venir des pays eux-mêmes, de leurs peuples. Ils ne peuvent être imposés par la force par des étrangers.

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* Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai Alyoum : Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

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14 novembre 2015 - Raï al-Yaoum - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.raialyoum.com/?p=344305
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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