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Le Jihad islamique : « C’est l’Iran qui a fourni en armes la résistance »

vendredi 21 juin 2013 - 07h:29

Asmaa al-Ghoul

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À la fin de 1979, la révolution islamique en Iran a inspiré le fondateur du mouvement du Jihad islamique palestinien (JIP), Fathi Shakaki, qui a écrit le livre Khomeini : la solution islamique et alternative dans lequel il fait part de son admiration pour l’expérience iranienne.

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Libéré après 27 ans de prison en Israël, le résistant palestinien Ibrahim Baroud tient un fusil d’assaut alors qu’il est transporté sur ​​les épaules des militants du Djihad islamique, à son arrivée à son domicile dans le nord de la bande de Gaza, le 8 avril, 2013 - Photo : Reuters/Mohammed Salem

A cette époque, Shakaki était encore étudiant en Égypte. Son livre a représenté quelque chose de nouveau, dans la mesure où il exprimait l’admiration d’un musulman sunnite pour la révolution chiite, ce qui incita les services de sécurité égyptiens à arrêter Shakaki, d’après ce que rapporte le livre de Nazim Omar Idéologie politique du Mouvement du Jihad islamique en Palestine, publié en 2008 .

En ce qui concerne l’Iran et le Jihad islamique palestinien, Mohammad Hejazi, un expert des mouvements islamistes, a déclaré à Al-Monitor qu’il y a deux tendances au sein du JIP. La première considère que ses relations avec l’Iran sont d’ordre idéologique et va jusqu’à accepter le principe du chiisme. Cette tendance est cependant faible au sein du mouvement. Il y a une autre tendance, dominante, qui converge avec la politique iranienne dans la lutte contre Israël. Celle-ci soutient le Hezbollah et accepte de recevoir des armes et un soutien financier de l’Iran dans le cadre du conflit israélo-iranien. Elle admet aussi qu’une base de missiles iraniens puisse être établie dans la bande de Gaza, et estime que la structure organisationnelle et militaire du Jihad islamique palestinien est similaire à celle du Hezbollah, du fait qu’il n’y a pas de séparation entre les ailes politique et militaire du JIP.

Daoud Shihab, le porte-parole du JIP pour les médias, ne cache pas que l’Iran est le principal soutien du mouvement. Tout en notant qu’il y a d’autres parties [qui soutiennent le JIP] « Toutes les armes dans la bande de Gaza sont fournies par l’Iran, qu’il s’agisse d’armes destinées au Hamas ou au Jihad islamique palestinien. Peut-être que le Hamas a même plus d’armes iraniennes que nous, et tout le monde sait que l’Iran nous finance » explique Shihab, ajoutant que « le JIP est un mouvement de résistance, et par conséquent il y a beaucoup d’organisations dans le monde arabe et musulman qui soutiennent la résistance, la plus grande part de ce soutien financier et militaire venant de l’Iran. »

Lors d’une rencontre avec Al-Monitor dans son bureau, Shihab a déclaré que le principal facteur qui définit la relation entre le JIP et différents régimes est la mesure dans laquelle ces régimes ou États sont proches de la cause palestinienne. Ainsi, l’Iran soutient le peuple palestinien et la résistance, et il n’a pas honte de ce soutien. Mais il fait face à beaucoup de pression pour cette raison. Par conséquent, a-t-il ajouté, il y a une relation forte entre le JIP et l’Iran, mais leur admiration pour la révolution iranienne ne veut pas dire qu’ils souhaitent l’imiter, ajoutant : « le JIP existait avant la révolution iranienne. »

Shihab souligne que même si l’Iran est son principal soutien, cela ne signifie pas que le JIP est à ses ordres, ajoutant : « ces allégations nous blessent, car nous avons notre programme et notre projet et ils ont le leur, et notre programme est limité à la Palestine ».

Shihab dit aussi que ce qui se passe en Syrie est un exemple de leur indépendance vis-à-vis de l’Iran. L’Iran appuie le régime syrien, alors que la position du JIP est neutre et ne soutient aucune partie contre l’autre.

A propos de ce qui se dit sur une inclinaison du JIP vers le chiisme, Shihab objecte en expliquant : « Ce n’est pas vrai. Ce sont des rumeurs visant à déformer l’image du JIP, et elles viennent d’Israël. Nous avons été confrontés à de semblables rumeurs les premiers moments qui ont suivi la fondation du mouvement à la fin des années 1970 et au début des années 1980. À l’époque, il se disait que l’Iran avait infiltré [le JIP] et que nous tentions de propager le chiisme. Nous supportons ces accusations depuis longtemps. SI cela avait été le cas, il y aurait eu une similitude entre l’idéologie chiite et le JIP, et le chiisme aurait acquis une base plus large, mais où sont ceux qui se sont supposés s’être convertis au chiisme dans la bande de Gaza toutes ces années où nous avons été sur le terrain, c’est-à-dire depuis plus de 30 ans ? » Il regrette que certaines personnes accordent du crédit à de telles rumeurs.

Malgré la réaction de Shihab, le Secrétaire général du mouvement, Ramadan Shallah, confirme clairement les relations avec l’Iran dans son livre intitulé Le Mouvement du Jihad islamique en Palestine : Faits et attitudes, publié en 2007. Shihab dit dans ce livre, « Les États-Unis et tout le monde occidental et païen auraient tous les droits pour liquider cette cause, mais l’Iran et d’autres pays arabes ou musulmans n’auraient pas le droit d’assister la Palestine ou la résistance de quelque manière que ce soit. L’Iran n’est pas le problème, mais c’est soutenir la résistance qui est un problème. »

Omar est d’accord avec lui. Il souligne que le JIP croit que la révolution iranienne a placé la pensée révolutionnaire islamique au premier plan, et a également introduit le Jihad armé en Palestine. En outre, les icônes de la révolution iranienne ont salué les icônes de la révolution palestinienne lors de la célébration de la révolution à l’ancien siège de l’ambassade d’Israël à Téhéran. Néanmoins, liés à un système international et régional, ainsi qu’à des conflits internes, des dirigeants ont manqué l’occasion offerte par cette révolution, alors que d’autres mouvements islamistes palestiniens ont embrassé l’idéologie de la révolution iranienne et en ont bénéficié.

Dans son livre, Omar ajoute que les dirigeants du JIP ont toujours considéré les chiites comme des musulmans. Les déclarer infidèles est une propagande qui fait le profit de l’Occident en divisant les musulmans, et la scission entre musulmans sunnites et chiites ne devrait pas exister . Il explique que ces idées ont été exprimées par le Secrétaire général Ramadan Shallah dans une conférence dans les années 1980.

A propos de la Syrie

« Nous sommes un mouvement de la résistance palestinienne et la résistance a un caractère à part. La cause palestinienne ne doit pas être dépendante des divisions. La Palestine est supérieure à tous les axes, et nous n’acceptons pas d’être entraînés dans ce conflit », insiste Shihab, qui exprime la position du JIP sur ce qui se passe en Syrie.

Il ajoute que son organisation a condamné la récente agression israélienne contre la Syrie, et que la politique de retenue envers Israël ne produit rien de bon. Il estime cependant, que la bande de Gaza n’a rien à voir avec ces raids israéliens, et elle ne peut se permettre de défendre de grands pays, car elle est faible, et il est seulement nécessaire de dénoncer [ces bombardements]. Shihab questionne : « Gaza, qui est faible, doit-elle défendre des pays souverains avec des capacités en armes et des armées régulières ? Par ailleurs, la Syrie est géographiquement loin de nous. En se basant sur nos capacités, nous ne pouvons qu’être un mouvement de résistance qui se bat contre l’occupation [israélienne] ». Shehab dément les allégations de certains affirmant que des membres du JIP se battent en Syrie.

Selon Hejazi, il est difficile pour le JIP d’être impliqué dans la question syrienne, ou de réagir militairement à Gaza, parce que dans les conditions actuelles la réaction israélienne envers Gaza serait violente. Il argumente en disant qu’Israël est susceptible - s’il a décidé de déclarer la guerre et de bombarder Iran et la Syrie - de lancer une frappe préventive sur Gaza avec comme objectif la suppression des rampes de lancement de roquettes du Jihad islamique. Si le JIP répond, il devra payer un prix très lourd et la réaction israélienne sera extrême.

Le Qatar

Hejazi souligne que le JIP ne s’impliquera pas en Syrie. Cependant, il met en avant la position claire du mouvement envers les pays qui soutiennent la révolution syrienne. Par exemple, le JIP se méfie du rôle du Qatar, en particulier parce que la base militaire américaine As-Sayliyah - qui est la plus importante dans la région - se trouve au Qatar, et que le Qatar a des liens privilégiés avec Israël. Par conséquent, le JIP considère que la position du Qatar va à l’encontre des intérêts palestiniens et arabes, notamment parce qu’il s’oppose à l’Iran et au Hezbollah - qui sont les principaux alliés du Jihad islamique.

Toujours à propos du Qatar, Shehab déclare : « Nous sommes une force de résistance en Palestine, et il n’existe aucune animosité entre nous et toute autre partie arabe ou islamique. Quand l’émir du Qatar a visité la bande de Gaza, nous l’avons accueilli tout comme l’ont fait d’autres organisations palestiniennes. Pourtant, nous rejetons ce qui a été approuvé - à propos d’échanges de terres - par le Comité d’initiative [pour la paix] des pays arabes sous la conduite du Qatar, lors de réunions avec le secrétaire d’État américain John Kerry. Il s’agit d’un rejet politique de toute pression venue de n’importe quel parti, et nous poussant à faire des concessions politiques ».

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* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

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14 mai 2013 - al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach


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