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Le Jihad islamique n’acceptera jamais un Etat palestinien limité aux frontières de 1967

jeudi 16 mai 2013 - 15h:56

Asmaa al-Ghoul

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« Ils t’ont occupée, mais notre cœur t’appartient toujours, terre natale. » Tels sont les mots que l’on pouvait lire sur les immenses bannières ornant les rues de Gaza longtemps encore après la visite de Khaled Mechaal dans la bande de Gaza. On pouvait voir sur ces bannières d’immenses photos du secrétaire général du Jihad islamique, Dr Ramadan Challah.

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Le Jihad a pris l’initiative de la résistance armée contre l’occupant israélien, avant le mouvement du Hamas et dans des conditions particulièrement difficiles et périlleuses. Ce mouvement bénéficie pour ces raisons d’une forte popularité - Photo : Paris-Match

Les forces israéliennes d’occupation avaient menacé d’assassiner ces derniers s’ils entraient dans la bande de Gaza. C’était le prix politique que le mouvement du Jihad islamique palestinien (JIP) était obligé de payer après la récente guerre de novembre dernier, en plus d’être la nouvelle cible privilégiée d’Israël et ce, malgré la trêve conclue entre le Hamas et Israël (sous l’égide de l’Égypte et à la demande des États-Unis) mettant fin à la guerre des huit jours.

La position « officieuse » du Jihad islamique

La trêve a accentué la division non officielle entre le Hamas et le JIP. Cela est attesté par les messages que des représentants du JIP à Gaza ont écrits à ceux qui négociaient en leur nom en vue de conclure la trêve durant la récente guerre.

Al-Monitor a pu obtenir un de ces messages, envoyé le sixième jour de la guerre. Challah y mentionnait que le but de la trêve n’était pas d’affaiblir le rôle politique du Hamas ou de saper son autorité sur Gaza mais d’affaiblir la force militaire des mouvements de résistance, y compris celle des brigades al-Qassam [affiliées au Hamas].

Le message mettait en garde contre le fait qu’Israël cherchait à travers cet accord une trêve renouvelable et au long cours de manière à ce que Gaza soit écartée de l’arène du combat armé alors qu’Israël continuerait son programme de colonisation de la rive ouest [Cisjordanie] et que les barrières entre Gaza et l’Égypte seraient levées. Le message recommandait, afin de contrecarrer ces objectifs, que la trêve soit conditionnée à des faits se rapportant à la rive ouest : stopper les constructions de nouvelles colonies, limiter la durée de la trêve, la conditionner à la question des prisonniers [palestiniens], stopper les raids quotidiens de l’armée [israélienne] sur la rive ouest et ouvrir les passages vers Gaza.

Le JIP a émis ces demandes en présence également du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui allait être la figure de cérémonie lors des négociations pour la trêve, et le garant final des conditions citées plus haut.

Challah a demandé lors des négociations de cessez-le-feu que les recommandations du message soient appliquées, mais les autres parties n’ont pas accepté. Par ailleurs, de fortes pressions ont été exercées à la fois par le Hamas et l’Égypte sur le JIP qui a fini par consentir à la trêve, même si sur le plan formel, il n’a pas signé l’accord.

Daoud Chihab, le porte-parole officiel du JIP, a préféré qualifier autrement les pressions exercées sur le mouvement pour l’amener à signer la trêve. Il les a qualifiées de « règles du jeu politique » qui doivent être acceptées et que seuls le temps, l’effort et le soutien de la nation arabe à la résistance pourront changer.

En ce qui concerne le contenu même du message, Chihab a souligné lors d’une interview accordée à Al-Monitor sur les lieux de son travail, que les conditions posées par le JIP pour signer la trêve avaient pour but de la conditionner à la rive ouest. Il a insisté sur le fait que la présence de Abbas n’a pas été [recherchée] par crainte que le Hamas ne soit isolé, mais plutôt pour l’unité de la position palestinienne. [Il a déclaré] que les Palestiniens devaient être unis faisant remarquer que Abbas s’était abstenu de condamner une seule des roquettes lancées par la résistance sur Israël.

Mohammed Hijazi, spécialiste des mouvements islamistes, a déclaré à Al-Monitor que le fait de permettre à Mechaal de pénétrer dans la bande de Gaza tout en en interdisant l’entrée à Challah ou Ziad al-Nakhlah [le second du JIP] alors même que la trêve a été conclue, montre bien que les vraies parties impliqués dans l’accord sont Israël et le Hamas. Le JIP a été laissé de côté, sans prendre en compte le fait qu’il a finalement consenti à la trêve.

De son côté, Chihab a précisé qu’il était vital alors d’arrêter l’agression afin d’éviter à Gaza de payer un tribut encore plus lourd. Il a ajouté que « la trêve pour ce qui est du mouvement [le JIP], était une tactique et non pas une stratégie. L’objectif de notre lutte n’est pas l’obtention d’une trêve. Le fond du problème, c’est que la résistance ne se base pas sur un principe d’actions et de réactions ; elle est plutôt liée à l’existence de l’occupation ».

Les relations Hamas-JIP

Sur ce point, le débat autour des relations du JIP avec le Hamas s’élargit. Nazem Omar déclare dans son livre L’idéologie politique du mouvement du Jihad islamique palestinien, publié en 2008, que « les rapports du Hamas avec le Jihad islamique ont été marqués par la réserve et la condescendance. Le Hamas continue à considérer le Jihad islamique comme un mouvement dissident qui doit retourner au sein du mouvement dont il est issu. La tension entre eux a atteint le niveau de confrontation en avril 1992, alors que le Jihad islamique accusait le Hamas de censurer ses communiqués officiels et d’attaquer les mosquées qu’il contrôlait. »

Lors d’une interview accordée dans un café de Gaza, Hijazi observe que le JIP voit le contrôle de Hamas sur la bande de Gaza comme une chose anormale qui à la fois, nuit à la cause palestinienne et fait obstacle au JIP dans la bande de Gaza. L’autorité du Hamas sur la bande de Gaza se paye par une trêve militaire.

De son côté, Chihab ne pense pas que cela soit exact. Pour lui, « notre relation avec le Hamas est une relation de complémentarité basée sur un respect mutuel. La relation a nettement évolué malgré notre désaccord sur de nombreux sujets. Il y a malgré tout une part très importante d’entente sur les questions qui concernent le conflit avec Israël, les constantes de la cause palestinienne et les initiatives de la résistance. Mais peut-être que nos frères du Hamas ont une stratégie particulière différente de la nôtre. Cela ne reflète pas une différence significative entre nous. »

Dans son livre Le mouvement du Jihad islamique en Palestine : faits et attitude, publié en 2007, Challah aborde la relation de la façon suivante : « ce n’est un secret pour personne qu’elle est passée historiquement, par des hauts et des bas…Aujourd’hui, je peux dire que les relations à l’intérieur [de la Palestine] sont bonnes, malgré tous les problèmes. Mais les relations sont encore meilleures à l’étranger ; on y communique aux niveaux les plus hauts. »

La Palestine historique

« Palestine, libérée de la rivière à la mer » : c’est l’un des principes de JIP mentionnés sur le site internet du groupe. En revanche, le Hamas parle depuis un certain temps d’un État dans les frontières de 1967. C’est la principale question prise en compte par la communauté internationale pour accepter ou non le mouvement de résistance dans l’arène politique.

Selon Hijazi, le Hamas fait partie du mouvement à l’échelle mondiale des Frères musulmans et une communauté de vues sur de nombreux sujets a progressivement été trouvée entre les Frères musulmans - sous la direction de l’Égypte - et l’administration américaine. Ce qui se résume à ceci : les Frères musulmans seront autorisé à accéder au pouvoir dans la région arabe, en échange de leur reconnaissance des accords de Camp David, en préservant les droits civiques et en sauvegardant les intérêts américains.

Il ajouta ensuite que « le Hamas fait partie des Frères musulmans. Il évolue aujourd’hui de la résistance et de ’l’axe du refus’ qui comprend le Hezbollah, la Syrie et l’Iran, vers ’l’axe modéré’ composé du Qatar, de la Turquie et du nouveau régime dirigé par la Confrérie en Égypte . Cela signifie que le Hamas s’est rapproché de la sphère de compréhension de l’administration américaine. Le prix que l’administration américaine exigera pour que le Hamas rejoigne le système politique, est triple. Tout d’abord, le Hamas doit ouvertement accepter un État palestinien dans les frontières de 1967. Deuxièmement, il doit participer aux négociations et [accepter] une solution négociée. Troisièmement, il doit reconnaître Israël, et s’il en est incapable , alors il est possible que les États-Unis et Israël acceptent un rôle pour le Hamas dans le processus politique ;.. pas comme partenaire politique dans l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), mais comme un négociateur rival, à la place de l’OLP ».

Hijazi note l’acceptation par le Hamas de « frontières temporaires » d’un État palestinien, une proposition faite à l’origine par les deux anciens premiers ministres [israéliens] Sharon et Olmert, mais avec des modifications cosmétiques. Le [Hamas] a plutôt choisi de parler d’une « trêve de longue durée » qui pourrait durer jusqu’à 20 ans, en échange de maintien au pouvoir du Hamas sur la bande de Gaza.

Concernant le complètement différente position adoptée par le JIP, Hijazi observe que le JIP n’a pas de programme politique, et n’aspire pas à gouverner. Sa plate-forme est limitée à la poursuite de la résistance et du jihad contre Israël afin d’éliminer l’État juif. Aucune solution à deux États ne sera acceptée, car pour le PIJ, le conflit ne peut être terminé que quand l’autre côté aura cessé d’exister. Pour cela, il s’appuie sur ses fermes alliances avec l’Iran, le Hezbollah et la Syrie.

Shihab est entièrement d’accord. Comme il le dit, pour son groupe la Palestine s’étend du fleuve à la mer. Il ajoute : « Nous n’accepterons pas un État sur les frontières de 1967, même s’il y a une volonté des autres parties de le faire. La position palestinienne doit être radicalisée ». Il a poursuivi en disant que tout double discours sur cette question, qu’il vienne du Hamas ou d’autres, ne sert pas la cause palestinienne.

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* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

De la même auteure :

- L’impact psychologique de la guerre sur les enfants de Gaza - 5 mai 2013
- Menaces sur les arbres et les espaces verts de Gaza - 5 mai 2013
- Le film palestinien « Condom Lead » nominé au Festival de Cannes - 3 mai 2013

12 mai 2013- al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Mélika


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