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Hamas et Hezbollah : des liens qui se sont distendus

lundi 10 juin 2013 - 11h:36

Asmaa al-Ghoul

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S’exprimant au sujet de leurs relations avec l’Iran, les membres du Hamas ont déclaré à Al-Monitor que le soutien iranien n’est plus ce qu’il était. La position du Hamas concernant la crise syrienne - le mouvement ne s’est pas privé de dénoncer les pratiques du régime contre le peuple syrien - a modifié ses relations avec l’Iran. De plus, disent-ils, la relation avec le Hezbollah s’est interrompue.

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Au plus fort des bombardements israéliens sur Gaza, des partisans de la résistance libanaise brandissent des drapeaux du Hezbollah et de la Palestine, à Beyrouth le 17 novembre 2012 - Photo : Reuters/Jamal Saidi

Ahmad Youssef, membre du Conseil de la Choura et une figure de proue du Hamas, a déclaré qu’il avait prévenu le Hezbollah de ne pas s’engager dans la crise syrienne. Après que ce dernier ait décidé de s’impliquer, les liens entre les deux organisations ont été coupés.

« Dans le futur, les liens avec l’Iran et le Hezbollah ne reviendront pas à la normale. Tous deux ont pris part aux massacres contre le peuple syrien, malgré les conseils que nous leur avions donné depuis le début de la crise, » déclare Youssef à Al-Monitor.

De son bureau à l’Institut al-Hikma Bayt, Youssef explique : « Ce qui s’est passé en Syrie, avec l’implication du Hezbollah dans la crise, affaiblit sa réputation dans la région comme mouvement de résistance. Par conséquent, l’avenir des relations [entre le Hamas et le Hezbollah] sera délicat. Le Hamas avait conseillé au Hezbollah au cours de réunions précédentes de ne pas s’impliquer. »

Youssef a souligné que les relations avec l’Iran se sont également fragilisées et qu’elles sont peu susceptibles de revenir à la normale, que ce soit sur le plan de l’aide financière ou de la communication politique, compte tenu que le Hamas penche plus du côté du peuple syrien que de celui du régime et de ses alliés.

Pour sa part, Bassem Naim, conseiller du Premier ministre du gouvernement de Gaza pour les affaires étrangères, déclare à Al-Monitor : « le soutien iranien au Hamas a certainement été affecté par la prise de position du mouvement sur la crise en Syrie. Mais le Hamas, en tant que mouvement de résistance, ne s’appuie pas sur un parti politique spécifique dans la région. »

Naim affirme que la relation entre le Hamas et le Hezbollah était plus profonde, étant donné que le Hamas est un mouvement de libération nationale qui soutient la résistance contre le même ennemi : Israël. Toutefois, la position du Hezbollah à l’égard de la crise syrienne a modifié ses relations avec le Hamas. Naim estime que le Hezbollah s’est trompé en s’impliquant dans les affaires syriennes, au détriment de son rôle stratégique en tant que mouvement de résistance.

« Il [le Hezbollah] était cher au cœur des Arabes, en dépit de son chiisme. Pourtant, le fait que le Hezbollah ait mis son appartenance [au chiisme] au-dessus de la politique a entraîné son intervention en Syrie, lui donnant une dimension sectaire. Des réunions de consultation ont eu lieu dans le cadre de l’échange de conseils, mais les réunions ont cessé parce que les parties concernées sont devenus plus intransigeantes, et il est difficile de tenir des discussions à présent », dit Naim à Al-Monitor.

Naim dément les rumeurs de la semaine dernière disant que le Hamas avait été expulsé du Liban, en disant à Al-Monitor que « certains milieux veulent aggraver les différents entre nous et le Hezbollah. Les autorités officielles, qu’il s’agisse du gouvernement libanais ou du Hezbollah, n’ont pas demandé au Hamas de quitter le Liban. » Naim considère que la rumeur est le résultat d’une escalade verbale dans les médias. Il insiste bien sur le fait que le Hamas au Liban ne peut pas être réduit à une simple représentation, parce qu’il est partie intégrante des centaines de milliers de Palestiniens qui y vivent.

Cela a également été confirmé par Ghazi Hamad, le sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères dans le gouvernement dirigé par le Hamas, qui a déclaré à Al-Monitor que l’information selon quoi le Hamas était expulsé hors du Liban est fausse et constitue une tentative d’exploiter les tensions. « Ali Baraka, représentant du Hamas au Liban, y est toujours et le bureau de l’organisation est ouvert. Il n’y a aucun problème », dit-il.

Sur l’Iran, Naim déclare que Téhéran est considéré comme l’une des parties soutenant le Hamas, mais les décisions de ce dernier ne sont pas liées de dépendent pas de ceux qui le soutiennent. Mais le soutien financier que le mouvement reçoit a diminué, ce qui a affecté une partie de son activité interne. Le Hamas, cependant, a une longue histoire derrière lui de difficultés financières, d’autant que ses activités sont basées sur le volontariat.

Naim implique ces difficultés financières à la diminution du soutien iranien, mais aussi aux efforts internationaux de toutes parts qui sont plus orientés vers les réfugiés de Syrie. En outre, à la suite du printemps arabe, de nouveaux défis sont apparus et les soutiens arabes ont été impactés de façon négative.

Dans une interview avec Al-Monitor dans son bureau, Ghazi Hamad qualifie les relations du Hamas avec l’Iran de « fluctuantes ».

« Jamais auparavant nous n’avions eu de problèmes avec l’Iran. Toutefois, lorsque le Hamas a adopté une position claire sur Syrie, la crise s’est déclarée, même si le Hamas ne nie pas que l’Iran ait résisté à ses côtés dans de nombreuses occasions, notamment pendant le blocus », relève Hamad.

La Syrie, le vieil ami

Hamad affirme ne pas oublier comment la Syrie - à la fois le régime et le peuple - a embrassé et a apporté un soutien politique et financier au Hamas après qu’il ait été expulsé de Jordanie. Lorsque la crise syrienne a éclaté, le Hamas a tenté de donner des conseils au régime, mais malheureusement celui-ci a eu recours à la solution militaire. Cela a conduit le mouvement à se distancier du conflit, par conviction et non comme le simple résultat d’une pression extérieure.

« Nous avons soutenu le régime syrien tant qu’il combattait l’ennemi israélien, mais quand il opprime son peuple, nous décidons de nous séparer de lui malgré le fait que cela est considéré comme une grande perte pour le Hamas. Nous avions espéré qu’une solution pacifique puisse être trouvée sans répression du peuple syrien, mais les choses sont maintenant devenues trop complexes », dit-il.

Hamad souligne que le mouvement s’oppose également à l’intervention de certains acteurs internationaux, qui veulent défendre des intérêts coloniaux, dans les affaires intérieures de la Syrie.

D’après Naim, au début de la révolution syrienne, le Hamas a insisté auprès du régime syrien sur la nécessité de réformes et sur l’importance d’un transfert pacifique du pouvoir. Le régime, cependant, n’a pas écouté, même si ces recommandations auraient permis de trouver une solution à la crise.

Naim déclare aussi que le Hamas tente de maintenir l’équilibre nécessaire dans ses relations et de rester à la même distance de toutes les parties. Il a confirmé qu’ils ne voulait pas que le peuple palestinien en paye le prix, surtout après avoir dans le passé beaucoup souffert de l’implication de la direction palestinienne dans les conflits et les guerres civiles dans les pays arabes, comme en Jordanie, au Liban et en Irak.

Les islamiste soutiennent le post-printemps arabe

Selon Zaki Chehab dans son livre Inside Hamas, publié fin 2007, le Hamas a commencé ses activités à l’extérieur lorsque Israël a exilé 415 membres du Hamas au Liban en 1992.

Selon Hamad, « le Hamas a commencé à construire des relations internationales, après son expulsion vers Marj el-Zhour au Liban. Cela a attiré l’attention de nombreux pays et poussé la presse internationale à écrire à ce sujet ». Hamad déclare aussi qu’aujourd’hui, le Hamas a des contacts avec des pays en Asie de l’Est et en Afrique, et que les pays européens cherchent le dialogue avec lui.

Il ajoute que suite au printemps arabe, le Hamas a développé et consolidé ses relations internationales. Ceci est démontré par sa relation avec l’Égypte, des réunions se tenant régulièrement entre la direction du Hamas et les responsables de l’Égypte, auparavant dirigée par un régime hostile au Hamas, habitué à traiter avec le mouvement en ayant recours à des moyens militaires. Ce rapprochement s’est produit malgré les tentatives des médias égyptiens de déformer l’image du Hamas et de l’impliquer dans les affaires intérieures égyptiennes. À cet égard, Hamad affirme qu’il n’y a aucune preuve de la participation du Hamas sur les questions où les médias tente de l’impliquer, que ce soit les événements de la place Tahrir, le massacre de Port-Saïd ou l’enlèvement de soldats dans le Sinaï.

Hamad explique que les relations du Hamas avec la Tunisie se sont améliorées, étant donné que les prises de position des nouveaux régimes arabes sur la cause palestinienne ont acquis une dimension morale et ne sont plus fondées uniquement sur des intérêts, malgré les nombreux défis auxquels fait face le monde arabe

Youssef est du même avis, ajoutant que l’implication des islamistes dans le printemps arabe a facilité l’accès du Hamas aux différents régimes arabes, qui sont cependant avant-tout préoccupés par leurs affaires intérieures. Youssef poursuit en disant : « Lorsque ces sociétés arriveront à une certaine stabilité, sécurité et prospérité - ce qui prendra un certain temps - le peuple palestinien et sa cause auront une plus grande chance d’être soutenus ».

Naim a la même position, et dit que les révolutions arabes ont ouvert de nouveaux horizons pour le Hamas, surtout après la chute des régimes qui servaient à protéger l’entité israélienne. « Ce sont les peuples arabes qui sont aujourd’hui au pouvoir, indépendamment du fait que leurs dirigeants soient islamistes ou non-islamistes », dit-il.

Quant à la relation entre le Hamas et le Qatar, les trois responsables - Naim, Youssef et Hamad - sont d’accord pour dire qu’il existe une relation normale, expliquant que le Qatar est tout simplement un pays ami qui soutient le Hamas dans la reconstruction de la bande de Gaza. Mais ils disent aussi que cette relation est exagérée par les médias.

À l’appui de leur opinion, les dirigeants invoquent le rejet de la récente initiative arabe à l’initiative du Qatar, proposant un échange de terres palestiniennes par le Premier ministre du Qatar [pour négocier un accord avec l’occupant israélien], laissant entendre que le Hamas ne reçoit d’ordres de qui que ce soit et qu’aucun État ne peut imposer ses positions politiques au mouvement.

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* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

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5 juin 2013 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib


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