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Le Hamas à un tournant

lundi 17 juin 2013 - 07h:05

Asmaa al-Ghoul

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Le 4 Juin 2013, Yehya Moussa, un député du Hamas au Conseil législatif, a écrit sur ​​sa page Facebook que le Hamas devait remettre la gestion de la bande de Gaza à une institution nationale et se consacrer à la résistance et de la libération nationale. Même si Moussa a précisé que son appel était juste une opinion personnelle, ce qu’il a dit a provoqué une controverse.

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10 juin 2013 - Un militant du Hamas enseigne à de jeunes Palestiniens la façon d’utiliser un lance-roquettes (RPG) dans un exercice militaire dirigé par le Hamas pendant les vacances d’été à Gaza - Photo : Reuters/Mohammed Salem

Les membres du Hamas ne font pas habituellement de déclarations exprimant leurs opinions personnelles. Ils sont connus pour leur loyauté partisane et leur discours unique, même dans les circonstances les plus difficiles. Mais récemment, il est devenu plus courant que certains d’entre eux livrent leurs opinions personnelles quand ils parlent de l’avenir du mouvement et du conflit avec Israël. Ils font des déclarations contradictoires tels que : un État binational ... La Palestine du fleuve à la mer ... un État sur les frontières de 1967 ... La résistance. Ces positions ont été prises par des dirigeants du Hamas lors de réunions séparées avec Al-Monitor, en traitant de la façon de résoudre le conflit israélo-palestinien.

Moussa estime que le Hamas est resté trop investi au niveau tactique, au détriment d’une stratégie pour la libération nationale et la résistance.

Dans un entretien téléphonique avec Al-Monitor, il a déclaré : « Le mouvement a de nombreuses responsabilités. Les Palestiniens connaissent un manque de leadership, étant donné l’absence d’un projet de libération qui soit unificateur. Dans le même temps, il y a les dangers croissants de l’occupation israélienne. Donc, le Hamas doit rectifier la voie de la libération de la Palestine après l’héritage Oslo imposé par le Fatah et toute une série de décisions politiques terriblement dommageables... Le Hamas ne doit pas rester sur le bord de la route, jusqu’à ce que le Fatah décide que le moment serait venu de lui permettre d’intégrer l’OLP. Le Hamas doit prendre ses responsabilités et recentrer l’effort sur la libération de Jaffa et de Haïfa et de toute la Terre Sainte. Il y a un vide que le Hamas n’a pas rempli parce qu’il a été très occupé avec l’obligation de gouverner et avec des tactiques qui ne sont pas partie intégrante d’une vision et d’ une stratégie claires pour libérer la Palestine ».

Ghazi Hamad, qui travaille au ministère des Affaires étrangères dans le gouvernement de Gaza, a déclaré à Al-Monitor dans une interview depuis son bureau, que le Hamas doit se fondre entre la résistance et le travail politique, puisque les deux se complètent l’un l’autre. « Le Hamas doit sérieusement réfléchir aux moyens de sortir de la situation actuelle du ’pas de politique, pas de résistance’ en reformulant le projet national avec la participation de toutes les forces politiques, et par l’élaboration d’une stratégie nationale disposant d’une vision stratégique, et ne pas se limiter à des succès tactiques, » a- t-il ajouté.

Il a déclare aussi que la résistance ne doit pas être le seul programme du Hamas. « En dépit de l’importance de la résistance contre l’occupation, elle est une méthode, pas un objectif en soi. En politique, il devrait y avoir plus d’une méthode. Nous ne pouvons pas imposer une méthode aux gens ».

Ahmed Youssef, un dirigeant du Hamas et membre du Conseil de la Choura du mouvement, estime qu’il existe des droits historiques qui ne peuvent être mis en cause, comme permettre aux Palestiniens déplacés de retourner sur leurs terres, mais qu’il existe des solutions intermédiaires qui permettent de réduire les tensions, comme l’établissement d’un État sur les frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale. Il a ajouté que ce serait une solution progressive, pour des raisons de stabilité.

Sur la façon de résoudre le conflit, Youssef déclare dans une entrevue à son bureau : « Il est possible de parler d’un État binational. Le fait que le mouvement en discute en interne signifie que certains y songent. Ce n’est pas un compromis entre deux options, mais un moyen de trouver un équilibre. Certains considèrent qu’un État binational serait la solution idéale pour nos objectifs sur la Palestine historique, tout en attribuant dans le même temps une partie de la terre à chacun pour y vivre. Toutes [ces options] ont des racines historiques. Avec le temps, nous pourrons discuter de la possibilité de former une fédération religieuse sur la Terre Sainte, où les trois religions pourront coexister en toute sécurité ».

Mais pour Hamad, proposer des solutions politiques, notamment celle d’un état binational, est un raisonnement naïf. Il argumente : « Supposons qu’Israël accepte cette solution. Il devra d’abord démanteler ce qui s’appelle l’État d’Israël pour construire ensuite un État commun entre les Palestiniens et les Israéliens. Si cette solution est appliquée, les Palestiniens qui sont les véritables propriétaires de cette terre ne seront qu’une minorité au milieu des Israéliens. Bien évidemment, cette solution est rejetée par la plupart des Palestiniens et des Israéliens. En conséquent, cette proposition n’a aucun avenir et n’a été évoquée que suite à l’échec de la solution à deux États. »

Il a également souligné que les Palestiniens ont besoin de dialogue afin d’élaborer une vision globale sur le conflit qui peine à être réglé malgré les nombreuses visions proposées mais vouées à l’échec.

Pour sa part, Moussa affirme que ceux qui pensent que le Hamas propose des idées qui s’éloignent de l’objectif principal, c’est-à-dire, la récupération de toute la Palestine, ont tout simplement mal compris. Il a également démenti toute confusion au sein du Hamas et a précisé qu’un État sur la base des frontières de 1967 n’est qu’un « État imaginaire, loin de la réalité. C’est tout simplement impossible. Notre pays est la Palestine qui s’étend de la rivière à l’Est jusqu’à la mer à l’Ouest, et de Ras al-Naqoura au Nord jusqu’à Umm al-Rashrash au Sud. Notre pays ne peut pas être divisé et nous ne pouvons pas reconnaitre notre ennemi car, reconnaitre son existence est synonyme de défaite. »

Mais pour Youssef, le discours sur un État sur la base des frontières de 1967 n’est pas un malentendu. « Il y a ceux qui considèrent que notre discours sur une solution temporaire impliquant un État basé sur les frontières de 1967 constitue un substitut ou un compromis à la solution historique. Toutefois, nous ne le voyons pas sous cet angle parce que la solution historique qui donnera aux Palestiniens leurs droits demeure en vigueur. »

Il a par ailleurs précisé que si la solution politique venait à être choisie, l’action armée se placera en seconde position, c’est-à-dire qu’elle ne sera essentielle que si les évènements se trouveront devant une impasse ou bien lorsqu’il y aura nécessité de répondre à une agression israélienne. « Mais tant que l’occupation continue et aussi longtemps que les organisations politiques ne réussiront pas à s’entendre sur des solutions efficaces, la résistance demeurera nécessaire et garantie par le droit international. Nous ne pourrons jamais reconnaitre Israël tant que notre peuple est déplacé et tant que nous vivons toujours sous occupation. »

Le Hamas a-t-il changé ?

Dans leur livre intitulé Le Hamas Palestinien et paru en 1999, les auteurs Shaul Mishal et Avraham Sela expliquent le changement comme suit : « L’aptitude des mouvements islamistes à adopter la stratégie du travail politique dépend de leur efficacité à utiliser les interprétations religieuses qui justifient l’action politique sous des régimes non-islamiques. Tant que les mouvements ont à leurs têtes des leaders charismatiques, leur contrôle sur les masses ne cessera d’augmenter et leur capacité à justifier les activités politiques qui ne sont pas tenues par la tradition religieuse ne cessera de s’étendre. »

Quant à Youssef, il croit que le changement du Hamas est dû aux exigences de gouvernance, à l’imposant fardeau financier et à son devoir de gérer les affaires des gens vivant sous occupation sachant qu’il n’y a aucune ressource financière ni soutien du monde extérieur. Tous ces facteurs ont eu des répercussions négatives sur les activités du mouvement. Le Hamas a plus que jamais la possibilité de manœuvrer. Le Hamas d’aujourd’hui est devenu plus sophistiqué sur le plan diplomatique et plus flexible en ce qui concerne l’idéologie et la politique.

Et pour conclure, Hamad pense que l’échec politique ne devrait pas suspendre les gens entre ciel et terre et les plonger dans une situation de doute, entre absence d’évolution et désespoir. Aujourd’hui, a-t-il expliqué, la situation est devant une impasse frustrante et fatale, ce qui minera la patience et la résistance du peuple.

Et d’ajouter : « Actuellement, il y a une accalmie et une trêve temporaire dans le sens où l’activité de la résistance est suspendue jusqu’à une date indéterminée. Nous devons sortir de cette situation au moyen d’un dialogue politique. Nous avons informé la direction du mouvement que nous devrions avoir une proposition politique alternative tant que le vide politique existera. »

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* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

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11 juin 2013 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - CZ & Niha


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