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Hillary, la Bible et Israël

mardi 23 février 2016 - 22h:00

Robert Fantina

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Hillary Clinton : « C’est (la bible) toujours pour moi une source de sagesse, de réconfort et d’encouragement. »

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Hillary Clinton... pour qui la Bible "est toujours une source de sagesse, de réconfort et d’encouragement" fait preuve d’une hypocrisie "nauséabonde" - Photo : AP

Le milliardaire Haim Saban (*), qui s’est déclaré être un électeur à l’unique préoccupation, à savoir Israël, et a dit qu’il fera don de la somme nécessaire, quelle qu’elle soit, à la campagne de Mme Clinton, lui a déjà donné 6 millions de dollars.

Les campagnes des divers candidats pour décrocher la nomination républicaine ou démocrate à l’élection présidentielle battent leur plein. Les caucus et les primaires s’abattent sur nous comme une nuée de sauterelles, et toutes et tous courent se mettre à l’abri chez eux, où ils peuvent assister au déroulement des tragédies jumelles sur leur écran de télévision.

Et quel spectacle on nous inflige ! Les Républicains (que l’auteur dénomme les Bonnets Blancs) et les Démocrates (les Blancs Bonnets), s’accordent sur peu de choses si ce n’est leur adoration partagée pour Israël, mais on peut leur découvrir un autre point commun plutôt étrange : leur invocation de Dieu pour justifier, sous une forme ou sous une autre leurs tendances racistes, sexistes, homophobes, islamophobes, xénophobes et/ou généralement meurtrières.

Ceux qui croient en un être suprême, comme l’auteur, doivent être désolés pour lui, car avoir son nom invoqué par les plus impies des impies doit être une rude épreuve.

On peut penser que la religion, et son utilité pour s’attirer les suffrages, est du domaine exclusif de la droite républicaine (termes redondants, étant donné qu’il ne reste rien du parti républicain, si ce n’est semble-t-il, l’extrême droite). Mais non... Un coup d’œil rapide à l’autre camp infirme cette idée.

En juin de l’an dernier, la prétendante à la nomination démocrate à l’élection présidentielle Hillary Clinton a fait cette déclaration incroyable : « Au risque de vous apparaître prévisible, la Bible a été et reste la plus grande influence sur ma façon de penser. J’ai grandi en lisant la Bible, en mémorisant des passages, et elle me servait de guide. C’est toujours pour moi une source de sagesse, de réconfort et d’encouragement. »

Tiens, donc. Ne sommes-nous pas tous inspirés ? Peut-être pas. On déteste critiquer la lecture que quiconque peut faire de tout livre de textes sacrés, et la compréhension qu’il en a ; la bible comme tout autre texte sacré, est sujette à interprétation en fonction de l’environnement religieux de la personne, de ses croyances personnelles, de sa compréhension générale et de beaucoup d’autres facteurs.

Mais que la bible puisse guider Mme Clinton, est un mystère pour l’auteur, bien qu’il soit on ne peut plus disposé à faire preuve de largeur d’esprit quant à l’interprétation de ce livre.

Examiner ne serait-ce que deux domaines, pourrait peut-être expliquer le dilemme de l’auteur.

L’un des Dix Commandements, liste de préceptes qui constituent un guide plus qu’approprié pour tout un chacun, enjoint de ne pas convoiter. Alors, lorsqu’il s’agit de la présidence des États-Unis, on doit se demander s’il y a quelqu’un qui soit aussi envieux que Mme Clinton. Elle qui désire se draper de démocratie et de liberté, est prête, semble-t-il, à ne reculer devant rien pour acheter la présidence.

L’auteur a précédemment commenté l’idylle apparente de Mme Clinton avec Israël. Le milliardaire Haim Saban, qui s’est déclaré être un électeur à l’unique préoccupation, à savoir Israël, et a dit qu’il fera don de la somme nécessaire, quelle qu’elle soit, à la campagne de Mme Clinton, lui a déjà donné 6 millions de dollars. Beau paquet, pour un seul individu.

Mais arrêtons-nous un instant sur son projet favori : Israël. Pas plus tard que la semaine dernière, le Premier Meurtrier israélien Benjamin Netanyahou, ce parangon de vertu qui dit que tout ce qu’il veut c’est la paix avec les Palestiniens, alors qu’il vole leur terre, kidnappe et tue des Palestiniens hommes, femmes, et enfants, les affame et de manière générale les opprime de façons les plus épouvantables qui soient, a eu ceci à dire : « Allons-nous entourer l’état d’Israël tout entier de clôtures et de barrières ? La réponse est oui. Dans l’espace où nous vivons, nous devons nous défendre contre les bêtes sauvages. »

Les ‘bêtes sauvages’ auxquelles il fait référence sont, bien sûr, les Palestiniens.

En outre, M. Netanyhou a dit que les Palestiniens ont une « culture de mort », affirmant qu’ils ne veulent pas établir un État, mais en détruire un. C’était, apparemment, une tentative pour contrer les propos tout à fait raisonnables du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon qui a déclaré que la résistance palestinienne est le résultat naturel de décennies d’occupation.

Le Premier Meurtrier israélien, comme la plupart des dirigeants mondiaux, n’est pas enclin à se considérer comme étant lui-même le problème, ce dont une bonne partie du monde semble prendre conscience.

Pourtant Mme Clinton est on ne peut plus ravie d’étreindre M. Saban, tant qu’il la laisse plonger ses doigts crochus dans son portefeuille bien garni. Après tout qu’est-ce qu’un peu d’apartheid entre amis ?

En plus de condamner la convoitise, l’auteur semble se souvenir qu’il y a dans la bible quelque chose comme « tu ne tueras point », dans la liste des « à faire » et « à ne pas faire », plus communément connue comme les Dix Commandements. Et bien, une fois de plus, bien qu’il déteste porter un jugement, il apparaît que sa compréhension de ce passage spécifique des écritures saintes diffère grandement de celle de Mme Clinton.

Il comprend ce passage comme signifiant « tu ne tueras point ». Il semble que Mme Clinton le nuance un peu, l’interprétant, peut-être comme suit : « Tu ne tueras point, à moins que ce ne soit politiquement opportun, ou que détourner le regard n’incite des donateurs racistes mais riches à vous signer des gros chèques, ou que vous puissiez tuer sans risques pour vous-même, comme avec des frappes de drones, ou que les victimes ne soient sous-éduquées, sous-employées, naïves, ou de jeunes citoyens états-uniens qui croient les bobards qu’on leur raconte sur les Etats-Unis qui se battent pour la liberté ». Voilà ; cela semble couvrir à peu près tout.

Donc, pour ne pas être éclipsée par la droite religieuse, Mme Clinton a, en effet, jeter dans la balance son interprétation assez singulière de la parole de Dieu. Ce que cela va lui rapporter, malin qui peut le prédire, mais ce qui est sûr c’est que tout ce qu’elle dit, toute déclaration destinée à être avalée par le public, est soigneusement calculé, réfléchi à l’avance, et livré dans un but précis, s’attirer des suffrages ou de l’argent.

C’est d’Hillary Clinton dont nous parlons ; lorsque quelqu’un peut se faire plus de 600 000 dollars en une seule année, en provenance d’une seule source (Goldman Sachs), simplement pour entendre le son agréable de sa propre voix, cette personne ne va pas faire don de ses paroles.

Heureusement pour tous les intéressés, Mme Clinton ne discute pas souvent de ses croyances religieuses. Son hypocrisie est suffisamment nauséabonde sur un large éventail de sujets ; il est inutile qu’elle en rajoute en se targuant d’une dimension spirituelle.

Mais quel que soit le moment, devant un public quel qu’il soit, un personnage politique aussi doué que Mme Clinton dira ce qu’il faut dire. Si cela signifie louer un régime cruel, meurtrier qui enfreint le droit international comme Israël, ou décrire humblement comment la Bible lui sert de guide, Mme Clinton fera ce qu’il convient de faire pour arriver à ses fins, à savoir acheter un bail de quatre ans renouvelable pour la Maison Blanche. Ce qui n’est pas donné, mais personne ne peut battre Mme Clinton lorsqu’il s’agit d’obtenir les fonds nécessaires.

(*) Haim Saban est un homme d’affaires, producteur de programmes télévisés et compositeur de musique. Il possède les citoyennetés américaine et israélienne} (Wikipédia)

* Robert Fantina est écrivain et journaliste, militant pour la paix et la justice sociale. is a writer and journalist, activist for peace and social justice. Il vit au Canada et a écrit : Empire, Racism and Genocide : A History of U.S.
Son site web : http://robertfantina.com

Du même auteur :

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19 février, 2016 -CounterPunch - Cet article est consultable à :
http://www.counterpunch.org/2016/02...
Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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