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Le double langage des États-Unis sur la Palestine

mercredi 21 octobre 2015 - 06h:37

Robert Fantina

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Robert Fantina examine dans cet article les contre-vérités du discours états-unien qui servent à justifier le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël.

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Une écolière est arrêtée par les forces israéliennes - tandis que les Etats-Unis continuent d’ignorer les abus de pouvoir perpétrés contre les droits fondamentaux des Palestiniens - Photo : APA/Muhesen Amren

Tandis que les Palestiniens continuent d’être les victimes de souffrances indicibles aux mains des Israéliens, des élus états-uniens abreuvent constamment un public peu méfiant de contre-vérités éculées afin de justifier le financement états-unien de ces souffrances. Examinons – en seulement quelques-unes :

Israël a le droit de se défendre

L’auteur ne peut compter le nombre de fois où cette déclaration ridicule a été faite. Prenons, voulez-vous, quelques instants pour l’examiner ? Israël, nous dit-on a le droit d’utiliser les armes les plus sophistiquées disponibles sur cette planète, dont certaines sont interdites par le droit international, pour se "défendre" contre une population sous occupation qui jette des pierres. Certes, les Palestiniens parviennent parfois à se procurer, en contrebande, de quoi faire des ’roquettes’, que l’écrivain Norman Finkelstein, fils de rescapés de l’Holocauste et ouvertement critique d’Israël, qualifie de feux d’artifice améliorés. Dans l’esprit du gouvernement états-unien contrôlé par le lobby pro-israélien ces pièces d’artifice suffisent à justifier le bombardement intensif d’habitations, de mosquées, d’hôpitaux, d’écoles. Est-il nécessaire de rappeler que c’est une violation du droit international de bombarder ces sites ? Oh, et n’oublions pas que ce sont les États-Unis qui financent tout ça.

Le président Obama a fait en 2008 cette déclaration stupéfiante : "si quelqu’un tirait des roquettes sur ma maison où mes deux filles dorment chaque nuit, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour y mettre fin. Je m’attendrais à ce que les Israéliens fassent la même chose." Si quelqu’un puissamment armé arrêtait ses filles sur la route de l’école chaque matin pour fouiller leur cartable, ferait-il tout ce qui est en son pouvoir pour y mettre fin ? Si, la Première Dame était constamment conspuée en se rendant à la boutique de quartier, y mettrait-il fin ? Si l’une de ses filles ou les deux risquaient d’être abattues à bout portant et laissées agoniser sur le pavé, y aurait-il des limites à ses efforts pour mettre fin à cela ? Ou si des représentants d’une nation étrangère se présentaient avec des bulldozers au 1600 Pennsylvania Avenue et commençaient à raser la Maison Blanche, prétextant qu’il occupe une terre que Dieu leur a promise, y mettrait-il fin ? Si ses filles étaient arrêtées pour avoir lancé des pierres sur quelqu’un qui aurait rasé leur maison, l’empêcherait-il ? L’auteur adorerait entendre M. Obama dire :"Si quelqu’un opprimait violemment les êtres qui me sont chers, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour y mettre fin. Je m’attendrais à ce que les Palestiniens fassent la même chose."

Israël est la seule démocratie au Moyen-Orient.

Il n’est guère surprenant d’entendre ceci de la part d’hommes ou femmes politiques états-uniens, étant donné que pour la plupart d’entre eux la "démocratie" n’est qu’une vague notion, pour n’en avoir jamais fait l’expérience, mais en avoir seulement entendu parler une fois ou deux dans un cours d’instruction civique au lycée. Il semble que pour eux si une nation tient des élections, c’est une démocratie. Qu’importe s’il existe des lois différentes pour les Africains et les Arabes qui vivent en Israël. Ou que les Palestiniens, hommes, femmes et enfants peuvent se faire arrêter et être détenus indéfiniment sans inculpation, sans accès à un avocat, ni même aucun contact avec des membres de la famille. N’allez pas, non plus, vous soucier du fait qu’en Cisjordanie occupée par Israël, il y a des routes séparées, dans un état bien inférieur, pour les Palestiniens, à qui il est interdit de circuler sur les routes israéliennes d’un niveau bien supérieur, et même de les traverser. Mais, dites ! Ils ont des élections ! Donc, Israël est une démocratie !

Israël est la seule nation amie des États-Unis au Moyen-Orient.

Celle-ci dépasse presque le seuil de tolérance de l’auteur ; il fait de son mieux pour ne pas hurler à chaque fois qu’il l’entend. Israël inflige continuellement un camouflet aux Etats-Unis, en refusant de mettre fin à son activité illégale d’implantations ; en exigeant que les Etats-Unis le protègent des critiques onusiennes ; en se rendant coupables du genre de violations des droits de l’homme qui amènent les Etats-Unis à bombarder d’autres nations, tout en recevant des Etats-Unis 10 millions de dollars par jour. Ça ne ressemble pas à de l’amitié ; ça ressemble à de la prestation de services achetée et payée par divers lobbies israéliens.

Qu’est-ce que, se demande-t-on, les Etats-Unis retirent de cette "amitié" à sens unique ? D’autres nations du Moyen-Orient méprisent les Etats-Unis, en partie, du moins, parce qu’ils financent l’oppression des Palestiniens (les bombarder constamment n’arrange pas beaucoup les choses non plus). Peut-être que, mais ce n’est qu’une suggestion, les Etats-Unis pourraient se faire de véritables alliés s’ils cessaient de financer le génocide en cours.

Qu’est-ce qui, peut-on se demander par ailleurs, attend Israël après l’inauguration d’un nouveau président en janvier 2017 ? On dit de M. Obama qu’il déteste le Premier Meurtrier israélien, Benjamin Netanyahou, et pourtant il saute dans le cerceau à chaque fois que le Premier Meurtrier lui en présente un, comme un chien de cirque obéissant. Tous les principaux candidats qui aspirent à la présidence états-unienne flattent servilement M. Netanyahou comme si c’était un héros international, et non un boucher.

Bien que le combat du peuple palestinien dure depuis 1948, comparons le nombre de morts chez eux et chez les Israéliens, uniquement depuis le début de ce millénaire. Approximativement 1200 Israéliens sont morts dans ce conflit (l’auteur ne le qualifie pas de guerre ; il s’agit d’un génocide pur et simple), dont environ 130 enfants. Pour la même période, ce sont au moins 9150 Palestiniens qui ont été tués, et ce nombre inclut plus de 1500 enfants.

On pourrait donc demander à M. Obama ce que lui inspire l’utilisation par Israël du meurtre de masse pour empêcher le tir inoffensif de roquettes. Que dirait-il aux parents des 1500 enfants massacrés chez eux ou à l’école, avec des bombes qu’il a fournies ?

Les États-Unis ont été l’une des dernières nations à condamner l’apartheid en Afrique du Sud ; jamais à la tête de la bataille pour la liberté, ou de l’aide apportée aux peuples opprimés pour conquérir les droits humains fondamentaux, les Etats-Unis seront une nouvelle fois à la traine en Palestine. Israël va ou imploser sous le poids de sa propre oppression intérieure et extérieure, ou se retrouver frappé d’un tel ostracisme par la communauté internationale, que même la super puissance états-unienne ne pourra le sauver de lui-même. A terme, le peuple de Palestine jouira de la liberté auquel les États-Unis apportent un soutien de façade, mais qu’ils ne mettent pas en pratique. Ils vivront sur leurs terres ancestrales, malgré l’opposition formidable des États-Unis. Le jour de leur libération n’arrivera jamais assez tôt, mais il est en chemin.

* Le dernier livre de Robert Fantina s’intitule « Empire, Racism and Genocide : a History of US Foreign Policy » (Red Pill Press) - (Empire, racisme et génocide : étude de l’histoire de la politique étrangère des Etats-Unis)

* Robert Fantina est écrivain et journaliste, militant pour la paix et la justice sociale. is a writer and journalist, activist for peace and social justice. Il vit au Canada et a écrit : Empire, Racism and Genocide : A History of U.S.
Son site web : http://robertfantina.com

Du même auteur :

- L’Iran, Israël et la soumission des Etats-Unis - 22 septembre 2015

25 septembre 2015 - Counterpunch - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.counterpunch.org/2015/09...
Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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