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Ouvrez Rafah, sans délai ! Le blocus de Gaza est une cruauté insigne, vouée à l’échec

vendredi 11 décembre 2015 - 06h:16

Ramzy Baroud

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Quand l’Egypte a décidé d’ouvrir durant deux jours le passage de Rafah à sa frontière avec la bande de Gaza, les 3 et 4 décembre, un sentiment de soulagement, bien que réservé, était perceptible dans le territoire réduit à la pauvreté.

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Décembre 2014 - Des Palestiniens, dans l’espoir de pouvoir passer en Égypte lors d’un des rares jours d’ouverture de la frontière de Rafah, présentent leur passeport - Photo : Reuters/ Ibraheem Abu Mustafa

Certes, ces 48 heures n’étaient guère suffisants pour les dizaines de milliers de malades, étudiants et autres voyageurs voulant quitter Gaza ou y revenir, mais l’idée qu’un répit allait survenir a atténué la sensation d’emprisonnement collectif ressentie par les Palestiniens pris au piège.

Bien sûr, la crise frontalière à Rafah ne sera pas résolue par une seule décision toute provisoire, principalement parce que Gaza est bloquée pour des raisons politiques, et seule une stratégie politique soutenue et cohérente peut mettre fin à la souffrance qui y sévit, ou du moins, réduire son terrible impact.

Les Palestiniens parlent avec colère du blocus israélien sur Gaza, une réalité qui ne peut être masquée par aucune déformations des médias ni par la hasbara (propagande) israélienne. En fait, ce blocus ne se contente pas d’exercer des restrictions économiques, mais bien pire encore, c’est un processus violent et constant qui vise à brutaliser et punir une communauté de 1,9 million de personnes.

Cependant, la fermeture par l’Égypte de la frontière de Rafah - qui a contribué à la « réussite » du siège israélien - est rarement appréhendée dans le même contexte : comme une décision politique avant tout.

Dans un accord relatif à la frontière et qui a été aurait signé à la mi-novembre entre le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le dictateur égyptien Abdul Fatah al-Sisi, les deux partis semblaient contents d’eux et tout à fait imperturbables concernant la tragédie qui bouillonne au nord de la frontière égyptienne.

Les « activités » près de Rafah visaient à « sécuriser la frontière », a déclaré al-Sissi à Abbas, selon un communiqué publié par le bureau du président égyptien. Ces activités « ne peuvent en aucun cas être destinées à nuire aux frères palestiniens dans la bande de Gaza. »

Le terme « activités » ici fait bien sûr référence à la démolition de milliers de maisons le long de la frontière de 12 kilomètres entre la bande de Gaza et l’Égypte, en plus de la destruction et l’inondation de centaines de tunnels qui servaient à Gaza de principale bouée de sauvetage, permettant au territoire assiégé de contourner partiellement le siège israélien pendant la majeure partie de la dernière décennie.

Abbas, bien sûr, n’a aucun problème avec les actions de l’Égypte, dont le résultat a été la fermeture du passage de Rafah pendant 300 jours dans la seule année 2015, selon une nouvelle étude réalisée depuis Gaza.

L’an dernier, dans une interview à Al-Akbar, un journal égyptien, Abbas a déclaré que la destruction des tunnels était la meilleure solution pour empêcher les habitants de Gaza de faire de la contrebande, et dans leur propre intérêt. Il a ensuite parlé de 1800 Gazaouis devenus millionnaires grâce au commerce par les tunnels, bien que ce chiffre n’a jamais été étayé par quoi que ce soit.

Bien sûr, Abbas s’est rarement préoccupé des fortunes amassées par les soit-disant « millionnaires », parce que son Autorité, qui subsiste grâce aux fonds internationaux, a d’excellents rapports avec ces gens-là. Son grief est avec le Hamas, qui avait établi une réglementation du commerce souterrain et taxait les vendeurs sur les marchandises qu’ils importaient dans la bande de Gaza. Non seulement les tunnels étaient une bouée de sauvetage pour l’économie de Gaza, mais l’activité souterraine a aidé à combler un vide dans le budget du Hamas, un fait qui a irrité Abbas pendant des années.

Après la victoire électorale du Hamas en janvier 2006 et l’affrontement sanglant entre le nouveau gouvernement et la faction du Fatah d’Abbas, le Hamas a subi une immense pression : Israël a lancé trois guerres massives et meurtrières, tout en appliquant un blocus strict. L’Égypte a assuré une fermeture permanente de sa frontière et Abbas et a continué à payer les salaires de dizaines de milliers de ses partisans à Gaza à la condition qu’ils se tiennent à distance du gouvernement du Hamas.

De plus, le soi-disant « printemps arabe », la crise en Égypte et la guerre en Syrie en particulier, ont amoindri les chances du Hamas d’échapper à l’étau financier qui de fait rend Gaza - brisée par la guerre et épuisée par le siège - presque ingouvernable.

Alors qu’Israël, dès le début, a expliqué que son siège était basé sur des exigences de sécurité, l’Égypte a finalement fait de même, alléguant que la destruction des tunnels, la démolition de maisons et l’élargissement de la zone tampon étaient des mesures nécessaires pour assécher depuis Gaza vers le Sinaï, les flux d’armes et de combattants prétendument responsables d’attaques meurtrières contre l’armée égyptienne.

Curieusement, la logique égyptienne est à l’exact opposé de la logique israélienne qui sous-tend en premier lieu le blocus : Israël prétend que les factions de Gaza utilisent des tunnels de contrebande pour acquérir des armes et des explosifs depuis le Sinaï, et non l’inverse.

En effet, la prétendue contrebande d’armes en provenance de Gaza vers le Sinaï a peu à voir avec la fermeture de Rafah ou même la destruction des tunnels.

Grâce à l’expertise et de l’aide américaine, l’Égypte a commencé à ériger un mur d’acier le long de la frontière de Gaza dès décembre 2009. C’était donc avant la révolution égyptienne, puis le vide politique et la violence qui ont suivi. En effet, il y avait bien moins de violence dans le Sinaï à ce moment-là, et jamais mise sur le dos des Palestiniens.

La construction du mur a eu lieu sous le règne de Hosni Moubarak afin de répondre à la pression israélo-américaine pour contenir le Hamas et d’autres groupes de combattants. Abbas, désireux de voir disparaître ses rivaux, était d’accord, comme il reste jusqu’à aujourd’hui, toujours prêt à à faire tout son possible pour permettre à son parti du Fatah, de reprendre la main sur le territoire assiégé..

La violence militante dans le Sinaï n’est pas à l’origine du siège de Gaza, mais elle n’a fait qu’accélérer la démolition de maisons, la destruction des tunnels, fournissant une justification supplémentaire pour un bouclage permanent.

La vie à Gaza est devenu impossible et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a publié un rapport en septembre dernier avertissant que Gaza pourrait devenir « inhabitable » d’ici moins de cinq ans si les tendances économiques actuelles persistaient.

Mais ces tendances économiques sont le résultat de politiques délibérées pour atteindre des objectifs politiques. En outre, aucun de ces résultats n’a été atteint après presque une décennie d’application. Certes, beaucoup sont morts alors qu’ils attendaient de recevoir des soins médicaux appropriés et des milliers ont péri dans la guerre. Un grand nombre de mutilés ne peuvent même pas obtenir des fauteuils roulants, sans parler de simples prothèses.

Mais Israël n’a pas réussi à briser la Résistance, ni l’Égypte à mater la rébellion dans le Sinaï, ni Abbas à regagner son fief perdu.

Pourtant, les choses ne font qu’empirer pour Gaza. La Banque mondiale a publié un rapport plus tôt cette année indiquant que 43% de la population y est au chômage, et que celui-ci a atteint 60% chez les jeunes. Selon le même rapport, ces chiffres sont les plus élevés au monde.

Depuis la création de la frontière entre la Palestine et l’Égypte suite à un accord en 1906 entre l’Empire ottoman - qui contrôlait alors la Palestine - et la Grande-Bretagne - qui contrôlait l’Égypte - la frontière n’avait jamais été dépendante de calculs politiques criminels. De fait, entre 1948 et 1967, quand la bande de Gaza était sous contrôle égyptien, la frontière était pratiquement inexistante et le territoire était administré comme s’il faisait partie de l’Égypte.

Bien que les habitants de Gaza sont encore qualifiés de « frères », il n’y a rien de fraternel dans la façon dont ils sont traités. 25.000 cas humanitaires se morfondent dans la bande de Gaza, en attente d’être autorisés à recevoir un traitement médical en Égypte ou dans d’autres pays arabes et européens. Ces Palestiniens malades ne doivent pas être utilisés comme moyen de marchandage politique dans une dispute qui n’est pas de leur fait.

En outre, alors que tous les pays ont le droit de protéger leur souveraineté et leur sécurité, ils sont tenus par le droit international de ne pas punir collectivement les autres nations, peu importe la logique invoquée ou le contexte politique.

Un accord doit être conclu entre le gouvernement de Gaza et l’Égypte, avec l’aide des puissances régionales et sous la surveillance des Nations Unies, pour mettre fin une fois pour toutes à cette souffrance perpétuelle dans Gaza.

* Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

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9 décembre 2015 - Transmis par l’auteur - Cet article peut être consulté à :
http://www.ramzybaroud.net/open-raf...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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