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ISIL et l’Occident : un clash de sauvageries

mardi 24 novembre 2015 - 06h:59

Lamis Andoni

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Une fois de plus, l’Occident exploite les scènes déchirantes de la mort et de la désolation pour emporter le soutien à sa guerre malavisée contre le terrorisme, laquelle ne profite qu’à ses contrats et industries militaires, écrit Lamis Andoni.

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Gaza, juillet 2014 - Un parmi les centaines d’enfants massacrés par la barbarie sioniste - Photo : Ezz al-Zanoun

Tout cela a un air de déjà-vu. Une répétition du scénario post-9/11 qui a conduit à l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et à celle de l’Irak en 2003. Les deux interventions ont fait des ravages et occasionné des destruction sans nombre, avec des violations flagrantes des droits de l’homme au nom de la « guerre contre le terrorisme » .

Une fois de plus, l’Occident exploite les scènes déchirantes de la mort et de la désolation pour emporter le soutien à sa guerre malavisée contre le terrorisme, laquelle ne profite qu’à ses contrats et industries militaires.

La plupart des observateurs déplorent la dévaluation des vies arabes et musulmanes... de la vie de « l’autre ». Ce que je vois est une dévaluation totale de toutes les vies humaines - dont l’effusion de sang des innocents à Paris - pour servir les buts des gouvernements occidentaux.

La mention dans certains états occidentaux du massacre de Burj el-Barajneh - la plupart du temps ignoré par leurs médias- et de l’attentat dont a été victime un avion russe au-dessus du Sinaï puis des attentats de Paris, visait surtout à mobiliser l’opinion publique en faveur d’efforts de guerre renouvelés, et ne témoignait guère d’empathie pour les victimes russes, françaises ou surtout arabes.

Le problème est que les gouvernements occidentaux, en particulier les États-Unis, ne reconnaissent pas que la terreur et le cycle de destructions perpétuelles qu’ils ont déchaîné en bombardant l’Afghanistan et en envahissant l’Irak, n’ont pas endigué al-Qaïda, mais au contraire élargi son champ d’action et de recrutement.

Exploiter la peur et le chagrin

Dans l’après 9/11, les États-Unis ont sans vergogne exploité la peur et le chagrin pour lancer leur propre campagne de terreur, avec tout ce que la technologie militaire peut offrir, fournissant une couverture « civilisée » pour ce qui relève avant tout du meurtre de masse à l’encontre de populations innocentes en Afghanistan, en Irak et au Pakistan.

Contrairement à al-Qaïda et au ainsi-nommé État islamique d’Irak et du Levant (ISIL), l’Occident civilisé ne diffuse pas de photos de décapitations ou de films avec des captifs brûlant vifs dans des cages, mais utilise la pratique bien commode de faire brûler des gens par la simple pression d’une touche et à distance, dissociant ainsi le meurtrier de l’assassinat.

Ceci à l’exception cependant des actes criminels des Israéliens contre les Palestiniens, souvent saisis par des caméras... Mais « l’exceptionnalisme d’Israël » fait que celui-ci est absout des accusations de sauvagerie.

En Occident et dans le jargon politique israélien, la sauvagerie est un trait confiné à d’autres nations qui se situent en dehors des « valeurs communes de la démocratie et de la liberté », un thème de propagande qui sert à camoufler - et même à blanchir - tous les crimes du gouvernement israélien et de l’Occident.

Que l’on ne s’y trompe pas : ISIL ne pratique pas la sauvagerie que pour elle-même, mais l’intègre dans sa doctrine appliquée aux médias. En fait, ce que les experts considèrent comme la principale ligne directrice pour ISIL est un livre en ligne et fort justement nommée « La gestion de la sauvagerie ».

Le livre, écrit par une personne qui se nomme Abou Bakr Naji, souligne la nécessité d’utiliser la sauvagerie et d’instiller la peur pour assurer la victoire, tandis que « la douceur » serait interprétée comme une faiblesse et de l’hésitation.

Il est horrible d’imaginer l’esprit malade derrière ce manuscrit. Mais je ne vois vraiment pas beaucoup de différence entre un tel manuel du crime et la « guerre contre le terrorisme » menée par les USA avec leur doctrine du « choc et de l’effroi. »

Ils sont tous deux basés sur l’idée d’instiller sur une grande échelle la peur dans le cœur des populations, en partie pour les priver de leur capacité à penser clairement mais aussi pour les pousser à une totale soumission.

La pensée sous-jacente à tout ce vocabulaire est « l’exclusion et la déshumanisation » de ceux qui sont considérés comme « les autres ». Dans l’esprit d’ISIL, tous ceux qui ne sont pas totalement d’accord avec ses perspectives, ses objectifs et ses intérêts - qu’ils soient musulmans, chrétiens, arabes ou étrangers - sont des « infidèles » et des cibles légitimes pour sa cruauté.

La rhétorique de guerre de l’Occident n’est peut-être pas aussi ouvertement sauvage, mais la « guerre contre le terrorisme » et le fameux « soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes, » pour reprendre les termes de l’ancien président américain George W. Bush, sont tout aussi barbares dans leurs implications.

La destruction de deux pays

Dans la pratique, la « guerre contre le terrorisme » a détruit deux pays : l’Afghanistan et surtout l’Irak, et pas seulement par les tapis de bombardements mais, dans le cas de l’Irak, par le démantèlement de l’État en même temps que deux des meilleurs systèmes de santé et d’éducation dans le monde arabe.

En Afghanistan, les Talibans contre qui la guerre a été menée, se portent mieux que jamais et ne cessent de lancer des attaques, tandis qu’al-Qaïda s’est élargi et métamorphosé en une série de versions des plus fanatiques, dont ISIL.

Al-Qaïda existait à peine en Irak, mais grâce à « l’opération Liberté » sous conduite américaine et l’aliénation de la population sunnite à la fois par les États-Unis et les partis chiites sectaires au pouvoir, son rejeton ISIL a pris une ampleur qui lui a permis de prendre le contrôle d’une importante portion de la terre irakienne.

Certes, les États régionaux ont joué un rôle central en le nourrissant et en le finançant, mais tout a commencé avec le plein appui du gouvernement américain et de ses services de renseignement dans les années 1970.

Pas plus l’Histoire que le présent ne dispensent les régimes arabes de leur propre responsabilité dans l’aide à la création de mouvements extrémistes au nom de l’Islam pour contrer la dissidence et le marxisme. Mais leurs pratiques tyranniques et la marginalisation politique et socio-économique poussent les jeunes musulmans dans le giron de l’ISIL et cie.

Mais en définitive, il est toujours question d’intérêts et l’État français n’est pas innocent, lui qui est devenu un des principaux bénéficiaires d’un commerce des armes stimulé par les guerres occidentales au Moyen-Orient et par sa propre intervention au Mali.

L’identité des auteurs des massacres de Paris attestent que la plupart d’entre eux sont issus de la jeunesse française, venus de quartiers défavorisés qui sont plus vulnérables aux méthodes de recrutement de l’ISIL car celui-ci se nourrit de leur désespoir et de leur colère.

Le gouvernement français n’a aucun intérêt à se rappeler de comment il a réprimée et ensuite ignoré les protestations répétées dans les banlieues françaises entre 2005 et 2014, trahissant une fois de plus le slogan autrefois vénéré de la révolution française : liberté, d’égalité et de fraternité.

Au lieu de cela les jets français sont lancés pour bombarder la ville syrienne d’al-Raqqa, qui est devenu l’emblème de la nation syrienne assiégée entre la tyrannie, les gangsters meurtriers de ISIL qui contrôlent la ville, et le feu provenant des avions de chasse dans le ciel.

Ainsi, le choc de la sauvagerie et de la guerre se poursuit, inaugurant une ère apocalyptique de pertes de libertés en Occident comme en Orient, le piétinement des droits de l’homme et une pluie de mort et de destruction.

* Lamis Andoni est analyste et commentatrice pour le Middle Eastern and Palestinian Affairs. @LamisAndoni]

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19 novembre 2015 - Al-Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.aljazeera.com/indepth/op...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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