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En cette fin de Ramadan, les Israéliens se livrent à leur sport favori : tuer !

mercredi 30 juillet 2014 - 11h:46

Mohammed Omer

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Cette année les 170 000 Gazaouis déplacés ne pourront pas fêter l’Eid al-Fitr mais ils ne perdent pas courage vu que c’est la seule chose qui leur reste.

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Noha Mesleh, encore un bébé et ici dans les bras de son père avant d’être enterrée, a été tuée lors du bombardement israélien d’une école de l’ONU à Beit Hanoun, le 25 juillet 2014

GAZA CITY - Amjad Habeeb devait être en train de célébrer l’Eid al-Fitr ce lundi avec ses enfants et sa femme. A la fin du saint mois de Ramadan, les musulmans fêtent l’Eid al-Fitr en échangeant visites et cadeaux.

Cette année, l’opération israélienne « Bordure Protectrice » a comme conséquence dévastatrice que cet homme de 33 ans n’a rien d’autre à offrir à sa famille que sa bonne volonté. Il n’a plus de maison pour recevoir sa famille et ses amis car sa maison se trouvait dans le quartier de Shejaiya qui a été rasé par les frappes israéliennes.

Cette année, Amjad dépend de ce que l’Agence pour les réfugiés palestiniens de l’ONU (UNRWA) peut lui offrir - lui et sa famille se sont réfugiés dans une école de l’UNRWA.

Il est inutile de lui demander ce qu’il ressent. Il gagnait sa vie comme électricien mais maintenant il ne peut plus loger ni nourrir sa famille.

« La semaine dernière nous avons dû nous enfuir de chez nous, » dit-il avant de s’interrompre pour regarder ses quatre enfants : Mohammed, 12 ans, Laila, 10 ans, Shams, 7 ans et Abdel Rahman, 4 ans.

« Nous avons couru sous les bombes israéliennes à 6 heures du matin, » dit-il en touchant les mains de la petite Shams qui dort dans une salle de classe pleine de poussière. La salle est nue à part les vêtements que la famille d’Amjad et les autres familles qui s’y sont réfugiées ont suspendus aux fenêtres pour se protéger du soleil, faire un peu d’ombre et protéger un tant soit peu leur intimité.

Sa voix fatiguée tremble mais il tient à nous dire ce qu’il pense des bombardements israéliens : « La cible n’a jamais été la résistance, la cible c’est nous, les civils. Ils veulent nous tuer, détruire nos maison et nous éliminer tous ».

Malgré le cessez-le-feu de 24 heures conclu entre Israël et le Hamas, il n’arrive pas à rentrer chez lui. Cette année Amjad, sa famille et les 170 000 Gazaouis déplacés ne pourront pas célébrer la fête de l’Eid.

Les années précédentes il faisait partie des rares Gazaouis qui avaient les moyens d’acheter à ses filles des robes neuves et à ses fils des costumes neufs pour la fête.

« [Le premier ministre israélien Benjamin] Netanyahou ne veut pas que nous célébrions la fête. Mais il sous-estime notre force de caractère et notre capacité à survivre. »

Amjad représente les centaines de familles déplacées qui n’ont rien à voir avec la résistance ni à Gaza ni dans leur quartier de Shejaiya. Leur seul lien avec les résistants c’est qu’elles vivent à Gaza.

"Nous entendons les roquettes qui partent de Gaza - mais Netanyahou ne peut pas prétendre avoir atteint aucun de ses objectifs à part celui d’avoir violenté toujours plus de civils qui ne peuvent pas s’échapper."

L’objectif militaire a échoué

Hani Habeeb, un analyste politique qui vit à Gaza considère que l’agression israélienne a échoué pour deux raisons : les cibles n’ont pas été atteintes et ils n’ont pas réussi à empêcher les tirs de roquettes de la résistance.

« Le fait même que Netanyahou ne mettre pas fin à l’attaque signifie qu’il n’a pas atteint son but. »

Selon Habeeb, Netanyahou sait que, s’il n’atteint pas ses objectifs, lui et son parti seront discrédités aux yeux des Israéliens et son avenir politique sera compromis.

A Gaza, les gens pensent que la poursuite de l’offensive signifie que Netanyahou a des problèmes mais Amjad et ceux qui sont obligés de dormir dans les écoles de l’UNRWA se demandent pourquoi ils doivent payer le prix de la politique intérieure d’Israël.

« La dernière fois que j’ai vu des combattants dans mon quartier, c’était il y a 7 ans. »

Selon Habeeb, les responsables sont les leaders politiques israéliens ambitieux qui veulent remplacer Netanyahou.

« Ils le poussent à faire une grande démonstration de guerre, comme ça ils pourront prendre sa place quand Israël se rendra compte que son armée est incapable d’écraser la résistance palestinienne. »

Pendant ce temps, la résistance palestinienne à Gaza, affirme qu’elle continuera à riposter tant qu’on acceptera pas ses conditions : Mettre fin à l’interminable blocus de Gaza, relâcher les prisonniers arrêtés ces deux derniers mois et ouvrir toutes les frontières.

« Naftali Bennet attend que Netanyahu échoue pour se présenter comme un candidat plus radical aux prochaines élections, » ajoute Habeeb.

Selon Habeeb, le sang palestinien est le "prix" des votes israéliens. Plus on promet de verser du sang palestinien plus on obtient de votes israéliens.

Israël et le Hamas avaient déclaré accepter l’initiative onusienne d’un cessez-le-feu humanitaire de 24 heures mais l’accord ne semble pas avoir tenu car les deux camps s’accusent mutuellement de ne pas l’avoir respecté. Le Hamas a accusé Israël d’avoir bombardé Khuzaa et d’autres endroits pendant le cessez-le-feu. Il y a eu 16 morts et 30 blessés palestiniens dimanche et un blessé israélien.

Selon Habeeb, l’offensive va continuer encore quelque temps mais un cessez-le-feu pour raisons humanitaires finira par être conclu.

« Je pense que les deux camps veulent un cessez-le-feu mais chaque camp essaie de forcer l’autre à accepter ses conditions. »

Les puissances régionales et internationales sont incapables d’imposer la fin de l’agression contre Gaza et le Hamas ne veut pas de la médiation de l’Égypte car il soutenait les Frères Musulmans.

Habeeb croit que la tuerie continuera avec ou sans la résistance. Selon lui, tuer est le « sport favori d’Israël », particulièrement à la veille d’élections nationales.

Il pense que le public israélien doit prendre conscience que l’assaut contre Gaza a échoué, et que le monde doit commencer à poursuivre les responsables de ces tueries devant les tribunaux internationaux.

Habeeb ajoute que les gens qui ont perdu leur maisons et leurs enfants n’ont plus rien à perdre. Ils soutiennent de plus en plus la résistance. Lui-même ne la soutenait pas il y a quelques mois, mais maintenant il sait que c’est la seule solution puisque tout le reste a échoué.

« Je prends patience parce que c’est ici ma maison. Je suis Palestinien et je ne quitterai jamais la Palestine. »

Quand Middle East Eye demande à Habeeb - en train de chercher dans la salle de classe peinte en bleu un morceau de carton pour mettre sous sa fille, Sham - ce qu’il dirait aux Israéliens s’il en avait l’occasion, il répond :

« Allah voit tout et c’est lui qui jugera Netanyahou et son armée. » Puis il s’interrompt pour consoler sa fille qui pleure tant elle a chaud et faim.

« Votre premier ministre n’a pas réussi à atteindre ses objectifs, les combattants de la résistance sont toujours en vie. C’est nous, les civils que vous tuez, nous et nos enfants. »

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* Mohammed Omer est un journaliste palestino-néerlandais renommé, basé à Gaza.

Du même auteur :

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28 juillet 2014 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/news/e...
Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet


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