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Gaza sévèrement touché par une pénurie de nourriture et d’eau conjuguée à un envol des prix

mardi 15 juillet 2014 - 22h:11

Mohammed Omer

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Anticipant des jours toujours plus difficiles, les Gazaouis accumulent le peu de nourriture qu’ils peuvent trouver, alors que les commerçants déplorent le fait que leurs ressources déjà limitées pourrissent sur les étagères.

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À cause des bombardements, la plupart des Gazaouis sont trop effrayés pour sortir de chez eux - Photo : AA

Alors que la guerre contre Gaza se poursuit, divers aspects de la vie quotidienne deviennent profondément affectés. La liberté de circulation est fortement réduite tandis que les produits de consommation courante, dont l’eau, les denrées alimentaires de base et les fruits et légumes frais, se font de moins en moins accessibles et abordables.

« Les rues de Gaza restent la plupart du temps vides et presque tous les magasins sont fermés », a annoncé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies dans un rapport d’urgence publié vendredi.

Oussama al-Jarwsha, un jeune homme de 21 ans visiblement mince, est l’un des tout derniers propriétaires de magasin à être restés ouverts face à l’attaque aérienne israélienne. Son magasin de légumes se trouve dans une rue qui était jusque récemment l’un des endroits les plus animés de la ville de Gaza ; il pourvoit aux besoins d’au moins 30 tours résidentielles, abritant des centaines de familles.

Sur une journée, il vend en moyenne pour plusieurs centaines de shekels de légumes ; toutefois, au cours des derniers jours, son magasin a été pratiquement déserté, malgré le fait que Jarwsha est le seul vendeur de légumes dans la rue.
« Nous sommes en guerre et les gens ont peur de sortir pour aller à l’épicerie », a-t-il expliqué au Middle East Eye.

Abou Fouad, un chauffeur de taxi de 51 ans, est l’un des rares clients courageux à se rendre au magasin de Jarwsha. Mais en tant que père de six enfants, il pense que rester à la maison avec autant de bouches à nourrir n’est tout simplement pas une option.

« Je prends tout ce que je peux, des lentilles, tout ce qui reste, de sorte que nous ayons un repas », affirme-t-il.

Il s’estime également heureux de que ce soit le ramadan, puisque cela signifie qu’il lui faut seulement le nécessaire pour un seul repas de famille. À d’autres périodes de l’année, il aurait besoin de s’approvisionner pour les trois repas habituels. 
« Pour n’importe quel produit, les prix sont maintenant scandaleux, et je ne peux plus accéder aux concombres frais qui sont plantés à quelques centaines de mètres d’ici », a-t-il raconté au Middle East Eye.

Derrière lui se trouvent plusieurs maisons agricoles ; cependant, avec les drones et des avions israéliens, il faut une volonté de fer pour sortir en plein air et aller cueillir ce qui pourrait être juste en face de nous.

Toute la chaîne est affectée

Et ce ne sont pas seulement les consommateurs et les commerçants qui sont touchés, puisque pratiquement l’ensemble de l’industrie et de la chaîne d’approvisionnement agricole a été brisé par la poursuite des hostilités. Des agriculteurs, dont les terres et la production sont bombardées par Israël, aux clients qui hésitent à faire leurs courses, en passant par les dizaines de milliers d’employés du Hamas et de l’Autorité palestinienne qui attendent toujours d’être payés pour plusieurs mois de travail, tout le monde éprouve des difficultés à régler ses factures, acheter de la nourriture et payer le gaz.

Alors que le barrage constant de missiles de croisière F16 israéliens ne faiblit pas, les banques restent fermées.

Pendant les guerres israéliennes, la plupart des banques et des organismes officiels restent fermés, ce qui signifie un arrêt total des activités de la famille. Les économistes à Gaza considèrent cela comme un obstacle délibérément posé pour saboter l’économie et les services publics de Gaza et perturber les habitudes familiales.

« La saison du ramadan et de l’Aïd est déjà en train de mourir ; notre marché repose généralement sur des marchandises saisonnières qui sont nécessaires à la population », explique Maher Tabaa, économiste à Gaza et officier des affaires publiques à la Chambre de commerce palestinienne.

Ce dernier estime que même si les points de passage frontaliers vers Israël et l’Égypte seront bientôt ouverts, beaucoup de denrées périssables telles que les produits laitiers seront périmées au moment où elles arriveront sur les marchés.
Le carburant constitue un autre produit essentiel qui repose sur les transferts bancaires quotidiens. « S’il n’y a pas de transferts, alors il n’y aura pas de carburant », affirme Maher Tabaa. « Si cela doit mener à quelque chose, ce sera à la poursuite de la récession de l’économie palestinienne. »

Un homme d’affaires souhaitant rester anonyme, qui travaille avec des négociants israéliens, a précisé : « Nous ne sommes pas en position avantageuse pour passer commande à des négociants israéliens sans paiement. »

« Sans paiement, nous ne sommes pas approvisionnés, ce qui signifie que ma capacité à importer des produits de base comme le lait est compromise. »
« Les prestataires de services israéliens n’ont que faire des guerres. Ils veulent être payés à l’avance avant de livrer. Si nos réserves de lait pour nos enfants s’épuise dans les prochains jours, ce sera plus qu’une crise », ajoute-t-il.

Une inflation galopante

Après plusieurs jours de bombardements, tous les produits se font désormais rares à Gaza. Les agriculteurs n’osent pas récolter leurs cultures, de peur d’être visés par des missiles israéliens, qui ravagent de grandes étendues de terres agricoles ainsi que des zones résidentielles urbaines.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé que les dommages étaient estimés à environ 2,5 millions de dollars dans le seul secteur agricole de Gaza ; cependant le pire pourrait encore être à venir. En 2012, lorsque Israël a lancé une action à tous points de vue moins considérable que l’actuelle opération « Protective Edge », les dommages sur les terres agricoles de Gaza ont été chiffrés à 20 millions de dollars, selon les Palestinian Agricultural Relief Committees.

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Oussama al-Jarwsha se bat pour garder son magasin ouvert - Photo : MEE/Mohammed Omer

Oussama al-Jarwsha explique que la pénurie a fait grimper les prix en seulement quelques jours, dévastant ainsi la population civile déjà durement touchée par le chômage qui, en février, a grimpé jusque 40 pour cent.

« Même ceux qui ont les moyens trouvent l’augmentation des prix importante », affirme Oussama al-Jarwsha.

« Avant la guerre, sept kilos de pommes de terre coûtaient 10 shekels (2 €). Aujourd’hui, c’est quatre kilos pour le même prix. Avant, je vendais huit kilos d’oignons pour 10 shekels (2 €), contre cinq aujourd’hui, » précise-t-il.

Après avoir subi des coupures d’électricité et après avoir été contraint de fermer pendant quelques jours, les produits sur ses étagères commencent maintenant à se détériorer. Il avait rempli ses stocks avant la crise, mais à cause de la rareté de clients et d’une capacité de réfrigération limitée, sans parler des longues pannes d’électricité longues qui rendent la réfrigération encore plus difficile, ses stocks supplémentaires sont également sur le point de devenir avariés.

Certains de ses clients sont prêts à risquer leur vie pour venir au magasin, mais beaucoup d’entre eux doivent demander un crédit par manque d’argent. Son carnet de dettes est maintenant rempli de noms de clients qui ont promis de le rembourser. Oussama al-Jarwsha estime qu’on lui doit des dizaines de milliers de shekels (plusieurs milliers d’euros) et n’est pas certain de la somme qu’il recevra.

D’autres vendeurs ont cependant adopté une approche différente. Hamza al-Baba, 25 ans, tient une boucherie à Gaza. Il raconte qu’il essaie de tout vendre aussi vite que possible, même si beaucoup de ses clients sont incapables de payer.

« Il vaut mieux vendre la viande maintenant, même à crédit, que la laisser pourrir quand les réfrigérateurs sont éteints », justifie-t-il, tout en expliquant sa peur de travailler et d’ouvrir son magasin.

Tous les commerçants craignent de devenir également la cible des frappes israéliennes, qui ont tué plus de 120 Palestiniens à Gaza depuis lundi et qui ne montrent aucun signe d’essoufflement [près de 200 tués palestiniens à la date du 15 juillet - NdT].

Hamza al-Baba admet toutefois que ses ennuis ont commencé bien avant qu’Israël ait décidé de commencer ses dernières attaques aériennes, tôt lundi dernier. 
« Nous avons été touchés par cette récession. Après tout, peu de personnes achètent encore de la viande : la plupart des gens utilisent du bouillon de volaille à la place », ajoute-t-il.

À Gaza, certains ont pris l’habitude de se promener au crépuscule, une heure à peine avant l’iftar, pour acheter tous les fruits et légumes frais qu’ils peuvent. Bien que les F-16 israéliens visent les transports publics et privés, la plupart de ceux qui ne vivent pas à distance de marche des commerces choisissent toutefois de rester chez eux plutôt que de tenter leur chance.

Hamza al-Baba pense qu’avec cette situation, la plupart des gens utilisent des aliments en conserve et en boîte pour survivre. Les quelques chanceux qui ont de l’argent s’y accrochent et ont recours à l’endettement comme ils peuvent, au cas où la situation vient à empirer et si la punition collective infligée Gaza par Israël s’intensifie encore.

« Des jours plus sombres sont encore devant nous, et ils économisent tout ce qu’ils peuvent pour faire face », décrit-il.

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* Mohammed Omer est un journaliste palestino-néerlandais renommé, basé à Gaza.

Du même auteur :

- Chaque crime israélien renforce le soutien populaire au Hamas - 12 juillet 2014

12 juillet 2014 - Middle East Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/news/f...
Traduction : Info-Palestine.eu - Valentin B.


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