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Depuis le putsch militaire en Égypte, Israël multiplie les agressions contre les fermiers de Gaza

lundi 16 septembre 2013 - 09h:57

Joe Catron

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L’agriculture dans la « zone tampon » de la bande de Gaza est déjà en temps normal, dangereuse. Les troupes israéliennes envahissent régulièrement les champs avec des chars et des bulldozers, et tirent systématiquement à balles réelles sur les fermiers palestiniens dans cette free-killing zone [zone où l’on peut tuer librement] qui s’étend sur plusieurs centaines de mètres dans le territoire assiégé à partir de la barrière séparant Gaza et Israël.

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En attaquant les agriculteurs à Gaza, Israël continue de violer les termes d’un cessez-le-feu fixé en 2012 - Photo : APA/Eyad Al Baba

Mais selon les agriculteurs de Gaza, l’agression d’Israël contre des civils dans cette zone s’est intensifiée depuis que l’armée égyptienne a destitué le président égyptien élu, Mohamed Morsi et installé un nouveau pouvoir le 3 juillet..

« Après le coup d’État en Égypte, les Israéliens ont commencé à tirer davantage », a déclaré Abu Jamal Abu Taima , un agriculteur de Khuzaa, un village dans la région de Khan Younis au sud de Gaza .

Abu Jamal est le Mukhtar, ou dirigeant élu, de la famille Abu Taima, composée de 3500 réfugiés venus de Bir al-Saba - un lieu rebaptisé Beersheva dans l’Israël d’aujourd’hui - et aujourd’hui dispersée dans les terres agricoles en dehors de Khan Younis.

Lui et deux douzaines d’autres agriculteurs de la famille ont parlé à The Electronic Intifada, pendant et après une réunion tenue dans Khuzaa.

« L’Égypte était le garant du dernier cessez-le-feu [en 2012] », dit-il. « Maintenant, les Israéliens sont libres de faire ce qu’ils veulent. »

« Il y a quelques mois , il n’y avait pas de coups de feu. Maintenant oui. Nous ne sommes pas encore en pleine saison (de récolte), mais ils ont déjà commencé à tirer. »

Le gouvernement de Morsi avait négocié un cessez-le entre Israël et les groupes de la résistance palestinienne, le 21 novembre de l’année dernière, mettant fin à huit jours de frappes israéliennes sur la bande de Gaza et de tirs de représailles venus de groupes de la résistance sur le territoire .

Dans le cadre de l’accord, Israël avait réduit la « zone tampon », imposée en 2005, de 300 mètres à 100 mètres, selon l’unité administrative civile de l’armée israélienne d’occupation [le COGAT].

Pris pour cibles

En mai de cette année, après des mois de déclarations contradictoires au sujet de la taille de la zone entre le COGAT et le porte-parole de l’armée israélienne, il a été dit finalement que la « zone tampon » restait à 300 mètres (IDF : ‘Forbidden zone’ in Gaza three times larger than previously stated +972 Magazine, daté du 12 mai 2013).

Mais les agriculteurs disent que les tirs israéliens se sont étendus à une distance encore plus grande.

« Selon le cessez-le-feu, les agriculteurs devraient pouvoir atteindre presque toutes leurs terres », a déclaré Abu Jamal Abu Taima. « Ces jours-ci , les Israéliens tiraient sur les agriculteurs jusqu’à 500 mètres [de la barrière]. »

Il n’est pas le seul agriculteur qui attribue cette aggravation de la situation à la crise en Égypte.

« Après le coup d’État , les Israéliens ont repoussé les agriculteurs de la région jusqu’à une distance de 500 mètres », a déclaré Abed al-Rasoul Abu Taima. « Toute personne s’approchant de la barrière de séparation sera abattue. »

D’autres agriculteurs disent qu’ils ont été pris pour cible à une distance encore plus éloignée de la barrière.

« Les Israéliens m’ont tiré dessus à 800 mètres », a déclaré Zakaria Abu Taima . « Je me préparais à planter quand ils ont ouvert le feu. Je me suis caché derrière une canalisation en métal, mais les balles passaient au travers. »

Le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR) a documenté les attaques israéliennes : douze tirs et sept incursions - faisant un mort et sept blessés, dont deux enfants - dans la « zone tampon » en juillet et août .

Depuis le début septembre, les forces israéliennes ont mené au moins deux autres incursions dans les terres agricoles.

Beaucoup d’autres attaques, en particulier les fusillades qui n’entraînent pas de décès ou de blessures, ne sont jamais signalés, selon les agriculteurs .

« C’est curieux, maintenant, quand vous parlez de ces incursions limitées », dit Khalil Shaheen, le responsable de l’unité des droits économiques et sociaux du PCHR . « Ce sont le violations qui définissent la zone d’accès restreint. Officiellement, selon le COGAT , la zone est de 300 mètres. Mais de fait, cela dépend des incursions ».

Les attaques israéliennes dans la « zone tampon », en particulier celles allant au-delà de 300 mètres, découragent les agriculteurs de planter des arbres ou de construire des équipements agricoles, comme des pompes ou des puits.

« Ces attaques ne permettent pas aux agriculteurs de planter des arbres ou de construire des infrastructures », a déclaré le Dr Nabil Abu Shammala, directeur de la politique et de la planification au ministère palestinien de l’agriculture et de la pêche. « [Les israéliens] prétendent que c’est pour des raisons de sécurité. »

« Les activités agricoles dans cette région sont confrontées à toutes sortes de risques. Les agriculteurs craignent non seulement les coups de feu, mais aussi la destruction des terres et des infrastructures », a-t-il ajouté .

« Nous avons peur »

Au milieu de cette aggravation générale des attaques israéliennes, la possible destruction de leurs terres inquiète particulièrement les agriculteurs de Gaza.

Le risque de voir les bulldozers israéliens ravager leurs champs a convaincu beaucoup d’agriculteurs de retarder le début de leurs plantations d’automne.

« Nous avons peur de nous rendre sur nos terres parce que, après nous ayons planté, les Israéliens peuvent venir et tout détruire », a expliqué Abdul Azia Mahmoud Abu Taima .

« Il est habituel de voir les bulldozers niveler nos champs chaque semaine », a déclaré Abed el- Aziz Abu Taima. « Personne ne peut les arrêter. »

Lorsqu’on les interroge sur les bulldozers utilisés pour raser leurs champs, les agriculteurs font la description des typiques bulldozers blindés D-9 de la marque Caterpillar.

« Caterpillar est la principale arme de destruction pour les Israéliens dans la ’zone tampon’ », dit Shaheen du PCHR. « Ils n’ont pas changé leur politique d’occupation, en dépit de toutes les informations qui ont été données sur l’utilisation de leurs machines ici. »

« Quand les agriculteurs avaient entendu qu’ils pouvaient accéder à leurs terres jusqu’à 100 mètres [de la barrière], ils ont planté leurs champs. Maintenant, ils ne peuvent plus les atteindre. Ils ont perdu leur récolte. Les bulldozers israéliens ont tout nivelé. »

« Il est très important de montrer ce que Caterpillar est en train de faire ici, et qu’ils savent pertinemment ce qui se passe. »

A présent, les agriculteurs sont confrontés à un retard dans leurs travaux, à cause des dangers accrus et d’un avenir incertain.

« Nous attendons jusqu’à novembre pour commencer les plantations », a déclaré Zakaria Abu Taima. « Normalement, nous aurions déjà dû commencer. »

« Bien sûr, nous allons planter », souligne Abu Jamal Abu Taima. « Mais avant la récolte, les Israéliens peuvent venir et tout détruire avec leurs bulldozers. »

* Joe Catron est un militant américain vivant à Gaza. Il est membre de la campagne américaine pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël. Son blog estjoecatron.wordpress.com et il peut être suivi sur twitter @jncatron

Du même auteur :

- L’ingénieur gazaoui enlevé en Ukraine opte pour la grève de la faim pour protester contre l’isolement cellulaire - 23 septembre 2012
- Gaza se prépare pour la Semaine contre l’Apartheid israélien - 13 mars 2012

12 septembre 2013 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/conte...
Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib


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