DERNIERE MISE A JOUR : mercredi 29 juin 2016 - 07h:54

Les Israéliens se plaisent à vivre dans une bulle de déni

samedi 1er mars 2014 - 07h:42

Jonathan Cook

Imprimer Imprimer la page

Bookmark and Share


JPEG - 24.4 ko
Le premier ministre a rendu hommage à la chancelière en la qualifiant « d’amie d’Israël ». « Elle a pris à de nombreuses reprises position contre le boycott et les tentatives de boycott contre Israël, ce qui mérite notre reconnaissance »

La visite de 24 heures de la Chancelière allemande Angela Merkel en Israël est survenue alors que les relations entre les deux pays touchaient le fond du fond. Selon un rapport du magazine der Spiegel la semaine dernière, Mme Merkel et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou se sont laissé aller à des engueulades téléphoniques à propos du processus de paix en cours.

En dépit de leurs sourires aux caméras pendant cette visite, la tension en coulisses avait atteint un sommet au début du mois en raison d’un incident diplomatique, quand Martin Schulz, Président du Parlement européen et lui-même allemand, avait prononcé un discours devant le Parlement israélien.

Scène sans précédent, un groupe de législateurs israéliens a interrompu M. Schulz, le traitant de menteur, avant de quitter les lieux, sous la houlette du Ministre de l’Economie Naftali Bennett. Au lieu de présenter des excuses, M. Netanyahou était alors intervenu pour fustiger.M. Schulz, l’accusant d’être désinformé.

Dans son discours M. Schulz, qui tout comme Mme Merkel est considéré comme un ami proche d’Israël, s’était opposé avec véhémence aux appels en faveur du boycott d’Israël par l’Europe. Alors, comment a-t-il pu déclencher une telle levée de boucliers ?

La principale offense commise par M.Schulz fut de poser une question : est-il vrai, comme il l’avait entendu dire lors de rencontres en Cisjordanie, que les Israéliens ont accès à quatre fois plus d’eau que les Palestiniens ?

Il avait ensuite suscité le comble de l’ire parlementaire en suggérant avec tous les ménagements possibles que le blocus israélien de Gaza empêchait le développement économique de l’enclave.

Cette déclaration n’aurait pas dû susciter la moindre controverse. En effet, les chiffres fournis pas des instances indépendantes comme la Banque Mondiale montrent qu’Israël, qui a la haute main sur les fournitures d’eau locales, alloue par tête 4,4 fois plus d’eau à sa propre population qu’aux Palestiniens.

De même, il serait difficile d’imaginer que le fait d’avoir pendant tant d’années refusé marchandises et matériaux à Gaza, tout en bloquant ses exportations, n’a pas ravagé son économie. Le taux de chômage, par exemple, est passé de 6 %à 38,5 % à la suite de la décision israélienne d’empêcher le transfert de matériaux de construction au secteur privé de Gaza.

Mais il est rare que les Israéliens entendent parler de ces faits par leurs politiciens ou par les médias. Et peu d’entre eux sont disposés à écouter lorsqu’une voix singulière comme celle de M. Schulz se fait entendre.

Les Israéliens ont grandi dans la satisfaction que procure une vaste bulle de déni.

M. Netanyahou et ses ministres font les plus grands efforts pour renforcer cette bulle, de même qu’ils ont essayé de soustraire les Israéliens à la réalité qui est qu’ils vivent au Moyen-Orient et non pas en Europe, en construisant de chaque côté des murs — tant physiques que bureaucratiques – destinés à exclure les Palestiniens, les voisins arabes, les travailleurs étrangers et les demandeurs d’asile.

A l’intérieur d’Israël, le gouvernement cherche à faire taire les rares voix critiques qui ont subsisté. L’intimidation a joué à plein la semaine dernière, alors que la Cour suprême examinait la conformité constitutionnelle de la récente « Loi anti-boycott » [*] qui menace de mettre en faillite quiconque appelle au boycott d’Israël ou des colonies.

De manière révélatrice, un juriste du gouvernement défendait sa position en en argumentant qu’Israël ne pouvait en aucun cas accorder une liberté d’expression semblable à celle dont jouissent des pays comme les Etats-Unis.

Pour illustrer ce point, le mois dernier, un tollé de protestations a salué un enseignant d’éducation civique qui avait répondu par la négative lorsque ses élèves lui demandaient s’il pensait que l’armée d’Israël était la plus morale au monde. Des ministres du gouvernement ont mené une campagne pour le faire virer, et son chef d’établissement a déclaré : « Il y a des vaches sacrées que je ne permettrais pas de mener à l’abattoir ».

De la même façon, on a vu la semaine passée un Palestinien de Jérusalem-Est subir un interrogatoire par la police après qu’il eut noté sur Facebook que sa ville était « sous occupation ».

A l’étranger, M. Netanyahou se prête au jeu des tactiques plus familières pour intimider les critiques. Exploitant les sensibilités européennes, il a accusé ceux qui soutiennent le boycott d’être « des antisémites classiques en costume moderne ». Il a justifié cette allégation, comme il l’a toujours fait, par le motif qu’Israël est un point de mire.

Si les Israéliens se sentent visés, c’est uniquement parce qu’ils se sont singulièrement isolés eux-mêmes de la réalité.

Les critiques d’Europe ciblent Israël parce que, contrairement à des pays comme la Corée du Nord ou l’Iran, Israël a réussi à échapper à toute pénalité alors qu’il foule aux pieds les normes internationales depuis des décennies.

L’Iran, qui est seulement soupçonné de développer des armes nucléaires en secret, endure depuis des années des sanctions brutales. Israël, qui depuis la fin des années ’60 dissimule son énorme stock de têtes nucléaires au contrôle international, jouit d’une protection diplomatique absolue.

Contrairement à ce que prétend M. Netanyahou, des tas de pays ont été par les Etats-unis et l’Europe pour des sanctions, qu’elles soient diplomatiques, financières ou, dans le cas de l’Irak, de la Libye et de la Syrie militaires.

Mais l’antipathie envers Israël a des racines encore plus profondes. Non seulement Israël a éludé ses responsabilités, mais il a été généreusement récompensé par les USA et l’UE pour avoir bafoué les conventions internationales dans le traitement qu’il inflige aux Palestiniens.

Sans y prendre garde, la police mondiale auto-proclamée a encouragé les illégalités d’Israël en ignorant systématiquement ses transgressions et en continuant de lui offrir une assistance massive et des traités commerciaux préférentiels.

Loin de traiter Israël injustement, M. Schulz, Mme Merkel et la plupart des autres dirigeants occidentaux l’encouragent régulièrement par une argumentation spéciale en sa faveur.

Ils connaissent les horreurs de l’occupation israélienne mais ils ont peur d’exercer leur pouvoir pour aider à y mettre un terme

La raison pour laquelle la critique populaire à l’encontre d’Israël est en train de galvaniser le mouvement de boycott – ce que M. Netanyahou nomme « délégitimation » - c’est qu’elle offre aux Américains et aux Européens ordinaires une manière de se distancer de la complicité de leurs propres gouvernements avec les crimes d’Israël.

Si M. Netanyahou a refusé d’écouter ceux qui le critiquent de l’étranger, les gouvernements occidentaux n’en ont pas moins été fautifs car ils se sont montrés de plus en plus imperméables à la vague de fond de leurs opinions qui attendent qu’Israël soit contraint à tenir compte du droit international.

Quant à Mme Merkel, ni ses amabilités diplomatiques ni ses engueulades n’ont fait preuve de la moindre efficacité. Il est temps qu’elle et ses collègues occidentaux cessent de parler et passent enfin à l’action contre Israël.

[*] Connue littéralement sous le nom de "loi pour la prévention des dommages causés à l’Etat d’Israël par le boycott", elle a été adoptée par la Knesset en juillet 2011 et vise à punir toute personne ou entité qui appelle à un "boycott économique, culturel ou académique" des implantations israéliennes en Cisjordanie ou ailleurs en Israël.

JPEG - 3.4 ko

* Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

Du même auteur :

- Le système éducatif israélien engendre l’intolérance et le mensonge - 14 janvier 2014
- Comment se fait-il qu’Uri Avnery en sache si peu sur Israël, ou sur l’apartheid ? - 2 novembre 2013
- La droite d’Israël s’attaque aux manuels scolaires - 7 octobre 2013
- Et si on parlait des stocks d’armes chimiques en Israël ? - 20 septembre 2013
- Israël cherche à mettre en opposition Arabes chrétiens et musulmans dans une confrontation cruelle - 29 août 2011
- Des discussions inutiles, mais aussi lourdes de danger - 2 août 2013
- Gros racistes contre petits racistes : comment l’apartheid israélien se joue la comédie - 26 juin 2013
- Le retour à Iqrit - 13 juin 2013
- Obama est venu bénir un gouvernement de colons - 25 mars 2013
- Le voyage d’Obama en Israël, c’est 4 nouvelles années de colonisation - 28 février 2013
- Israël a déclaré la guerre aux enfants de Jérusalem : 1200 arrestations en un an - 30 janvier 2012

25 février 2014 - The National - Vous pouvez consultercet article à :
http://www.thenational.ae/thenation...
Traduction : Info-Palestine.eu - AMM


Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du groupe de publication, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site www.info-palestine.net, ainsi que celui des traducteurs.