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Le système éducatif israélien engendre l’intolérance et le mensonge

mardi 14 janvier 2014 - 06h:45

Jonathan Cook

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Un père israélien amène son enfant à l’école le jour de la rentrée 2009 (Gershon Elinson/Flash 90)

John Kerry a passé la semaine dernière à tâter le terrain avec les Israéliens et les Palestiniens à propos de son accord cadre destiné à combler les lacunes entre les deux parties. Mais les questions qu’il tente de résoudre paraissent de jour en jour plus insolubles.

Alors qu’il était en route pour la région, les ministres "faucons" d’Israël donnaient leur bénédiction à la législation pour l’annexion de la Vallée du Jourdain, une large bande de la Cisjordanie qui sans cela pourrait être la colonne économique de l’Etat palestinien et sa seule porte sur le monde extérieur.

Dimanche dernier alors que M. Kerry s’en allait, le ministre de la Défense Moshe Yaalon arguait que la paix était impossible aussi longtemps que les Palestiniens et leurs livres d’école « incitaient » [à la haine] contre Israël, citant même un « index des provocations palestiniennes ».

L’hyperbole éclipsait deux études israéliennes qui pourraient bien un jour fournir l’étalon à l’aune duquel on jugera un « index des provocations israéliennes » équivalent.

Un sondage d’opinion a révélé que près de deux tiers des juifs israéliens croient que le récit palestinien du conflit – notamment la nakbah, la grande spoliation des Palestiniens en 1948 pour créer Israël – devrait être enseigné à l’école.

Voilà qui va à l’encontre de ce que pense M. Netanyahou lui-même. En 2011 son gouvernement a passé une loi interdisant aux institutions publiques d’offrir une tribune à de telles commémorations.

L’autre étude démontrait que lorsque des étudiants juifs sont exposés à l’arabe parlé dès leur jeune âge, entre 10 et 12 ans, ils considèrent les arabes d’une manière beaucoup moins hostile et stéréotypée. Actuellement, beaucoup d’étudiants juifs n’apprennent jamais l’arabe.

Avec un programme expérimental employant des enseignants de l’importante minorité palestinienne en Israël, l’étude notait que pour la plupart des enfants juifs c’était la première fois qu’ils développaient une relation de proximité avec un arabe. Néanmoins le ministre de l’Education aurait écarté d’un geste les conclusions de l’étude et il négligera de financer le petit programme déjà existant, sans même parler de le développer.

Mais ce n’est pas par omission. Les gouvernements israéliens successifs ont minutieusement orchestré la structure de la société israélienne afin de s’assurer que les citoyens juifs et palestiniens soient maintenus dans des mondes linguistiques, culturels, éducatifs et émotionnels séparés.

Le raisonnement n’est pas difficile à percevoir. La dernière chose que souhaitent les dirigeants israéliens c’est que les citoyens juifs et palestiniens développent des intérêts partagés, forgent des amitiés et agissent en solidarité. Cela commencerait d’éroder la logique même de l’Etat juif, en particulier un état basé sur le besoin supposé des juifs de se défendre d’un monde hostile – Israël se voit lui-même comme « la villa dans la jungle ».

Bref, l’avenir d’un état juif dépend précisément des stéréotypes anti-arabes inculqués aux jeunes esprits israéliens.

C’est pourquoi, alors que depuis 20 ans Israël est de plus en plus poussé à faire la paix, ce n’est sans doute pas une coïncidence si la séparation entre juifs et Palestiniens a été profondément ancrée.

Aujourd’hui, beaucoup de juifs israéliens rencontrent rarement un Palestinien, surtout cisjordanien ou gazaoui. Il est bien facile d’oublier qu’avant les accords d’Oslo de 1993, beaucoup de juifs israéliens s’aventuraient régulièrement dans les zones palestiniennes, pour faire des achats, aller manger ou faire réparer leur voiture. A cette époque les Palestiniens étaient « ostensibles » dans les communautés israéliennes, même si ce n’était que comme maçons ou serveurs. C’était sans doute une relation très inéquitable, voire coloniale, mais grâce à elle les Israéliens avaient du mal à diaboliser leurs voisins.

De tels contacts sont à présent des souvenirs lointains. Et c’est exactement ainsi que les dirigeants comme M. Netanyahou veulent maintenir les choses.

La politique intérieure d’Israël suit la même direction. Ces dernières semaines, le gouvernement a tout fait pour élever le seuil électoral en un effort à peine dissimulé pour débarrasser le parlement de partis arabes. La législation a également relancé les taxes destinées à faire sombrer les organisations de défense des droits de l’homme, celles qui sont la voix des Palestiniens en Israël et dans les Territoires occupés.

Le week-end, Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires Etrangères, soutenait qu’un accord de paix devait inclure la disparition de centaines de milliers de citoyens palestiniens grâce au transfert de leurs domiciles vers un état palestinien futur mais très circonscrit.

Quand il se plaint que les citoyens palestiniens sont considérés par les dirigeants israéliens comme de simples « pièces de jeu d’échecs », le législateur palestinien Ahmed Tibi touche le cœur du problème. Il est facile de déshumaniser ceux qu’on connaît mal et dont on ne se soucie guère.

La politique de séparation d’Israël – et ses justifications par la sécurité – requiert non seulement que juifs et Palestiniens soient maintenus séparés, mais que les Palestiniens soient confinés dans une série de ghettos, que ce soit en Cisjordanie, à Jérusalem, à Gaza ou en Israël.

Ces divisions causent une infinité de souffrances. Une étude récente à Gaza, le plus isolé de ces ghettos, a découvert qu’un tiers des Palestiniens y étaient séparés physiquement d’un de leurs proches parents. Les restrictions imposées par Israël obligent les Palestiniens à renoncer à des mariages, à connaître le sort de parents au loin, à rater des cours et à perdre l’occasion de se faire soigner.

La priorité donnée à la sécurité israélienne sur la liberté des Palestiniens était LE point faible du processus d’Oslo, et le même ordre du jour fallacieux pollue les pourparlers de paix actuels.

Dans un commentaire pour le quotidien Haaretz la semaine dernière, Gadi Shamni, un éminent général, expose en long et en large les nombreuses raisons militaires – tout à fait séparées des raisons politiques – pour lesquelles Israël ne pourrait jamais risquer d’autoriser les Palestiniens à avoir un état viable. Selon les meilleures évaluations de l’armée, argue-t-il, Israël aurait besoin de contrôler les frontières d’un tel état et la majorité de son territoire, y compris la Vallée du Jourdain, pendant une période allant « de 40 ans à éternellement ».

La réalité, c’est qu’aucun arrangement sur terre ne peut garantir de protection pour ceux qui sont dans la villa, avec les bêtes qui rôdent dehors. Soit il est temps d’abandonner la villa, soit il faut commencer à regarder la jungle comme une forêt à explorer.

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* Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

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7 janvier 2014 - The National – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.thenational.ae/thenation...
Traduction : Info-Palestine.eu - AMM


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