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Le problème palestinien d’Obama

mardi 1er juillet 2008 - 07h:06

Hamid Dabashi

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Dans son discours du 4 juin prononcé devant l ’American Israeli Public Affairs Committee (AIPAC), le candidat du Parti démocrate, Barack Obama, a trahi les espoirs que nous avions placés en lui, écrit Hamid Dabashi.

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Barack Obama en campagne électorale pour la nomination comme candidat du parti Démocrate

Le soir du mardi 3 juin 2008 restera dans l’histoire comme un des moments les plus galvanisants de la culture politique étasunienne, modifiant les normes de son contexte racial au-delà de tout ce que l’on pouvait imaginer et dont on ne pouvait qu’avoir rêvé dans un moment d’euphorie mythique près d’un demi siècle après que le Révérend Martin Luther King Jr eut lancé son prophétique : « J’ai un rêve ».

L’attente historique était si dense cette soirée-là que CNN et MSNBC joutaient dans la bonne humeur pour être les premiers à annoncer que le Sénateur Barack Obama était le candidat présomptif du Parti démocrate. Les spectateurs assistaient à l’histoire en direct.
[...]
Même Wolf Blitzer de CNN, vieux routier de l’AIPAC a dû s’avouer vaincu dans son soutien à Golda Clinton Meir et a laissé les événements déferler à mesure que le décompte des délégués se rapprochait toujours davantage de la désignation d’Obama comme candidat du Parti démocrate (« il lui en reste à gagner 12, 11, 8 ... ») ; pendant ce temps, même Keith Olberman de MSNBC, à la langue affilée, n’arrivait pas à suivre la dimension énorme de l’événement.

Il a fallu que ce soit Tim Russert (1958-2008), le talentueux journaliste étasunien d’une intégrité inégalée - mort brusquement d’une crise cardiaque peu après la fin des primaires - qui rappelât à tous l’importance de l’événement auquel nous assistions.

Un certain Barack Hussein Obama, Afro-Américain de la première génération, né d’un père africain musulman et d’une mère étasunienne blanche et chrétienne, militant dans la communauté noire et ayant eu, dans sa jeunesse, Malcolm X comme héros et actuellement comme pasteur, Jeremiah Wright, théologien de la libération et visionnaire prophétique, avait réussi à battre une des machines politiques les plus puissantes et les plus virulentes du nom de code « Clinton », pour devenir le candidat présomptif du parti démocrate aux prochaines élections à la présidence des États-Unis.

Les vieilles générations d’Afro-Américains n’arrivaient pas y croire, tandis que la jeune génération d’idéalistes étasuniens de toutes les races et des deux sexes était euphorique. Tous ceux qui pouvaient assister à cet important événement étaient heureux...tellement heureux et émerveillés. Il fallut déplacer le repas du soir dans l’attente du discours d’Hillary Clinton concédant la victoire à Obama (ce qu’elle refusa de faire et ne fit que quelques jours plus tard) ; les tâches ménagères du soir, le bain des enfants et leur mise au lit, ont dû être réorganisés en conséquence ; leurs devoirs expédiés en vitesse, la vaisselle laissée dans l’évier, le volume de la télévision augmenté d’un cran, les caméras et les caméscopes branchés.

Les parents ont pris des photos et filmé leurs jeunes enfants devant le poste de télévision, pour la postérité. « Ici, c’est vous quand Barack Obama a été désigné comme candidat présomptif du Parti démocrate pour les élections présidentielles de 2008 » — chuchotaient les mères à l’oreille de leurs enfants, et leur voix allait se répercuter des décennies plus tard ; quant aux pères, ils retenaient leurs larmes et essayaient de garder une distance critique. La fierté - oui, même la fierté- était possible dans ce qui était toujours l’Amérique de George W. Bush. [...] Il y avait des raisons rassurantes d’être Américain.

[...]

Barack s’est montré à la hauteur et a parlé avec une éloquence qu’il avait à peu près perdue les dernières semaines, sous le poids pesant d’une campagne épuisante. « Amérique » a-t-il rugi d’une voix syncopée rappelant la cadence du saxo de John Coltrane et les certitudes sonores de Billie Holiday : « ceci est notre moment. Ceci est notre tour. Notre tour de tourner la page des politiques du passé. Notre tour d’apporter une nouvelle énergie et de nouvelles idées pour relever les défis qui nous confrontent. Notre tour d’offrir une nouvelle direction au pays que nous aimons ».

Et tout le monde de le croire, même le pèlerin de la paix le plus épuisé par la guerre et désespéré de voir ce que ce pays fait au monde ; tout le monde l’a cru - à ce moment, tout le monde l’a cru - et voulait tellement le croire. « La route sera difficile », a-t-il assuré, « La route sera longue. Je fais face à ce défi avec une humilité profonde pleinement conscient de mes limites. Mais je dois aussi y faire face avec une foi illimitée dans les capacités du peuple étasunien. Parce que si nous sommes prêts à travailler, à nous battre pour y arriver et que nous y croyons, je suis absolument certain que dans les générations futures, nous pourrons regarder en arrière et dire à nos enfants que c’est à ce moment-ci que nous avons commencé à fournir des soins au malades et un bon travail à ceux qui n’en avaient pas. C’est à ce moment-ci que les océans ont commencé à ralentir leur montée et que notre planète a commencé à guérir. C’est à ce moment-ci que nous avons mis fin à une guerre et donné la sécurité à notre nation et rétabli notre image du dernier espoir, du meilleur espoir sur terre. Ce fut ce à ce moment-là que nous nous sommes unis pour reconstituer cette grande nation de manière qu’elle reflète toujours ce que nous avons de mieux ainsi que nos idéaux les plus élevés ».

Et nous étions tous prêts à le croire - nous, les gens ordinaires, les hommes et les femmes, les s ?urs et les frères, les pères et les mères, les époux et les épouses, les amants et les compagnons, les noirs et les blancs, les juifs et les gentils, les chrétiens et les païens, les musulmans et les incroyants, les Américains de souche et ceux qui étaient naturalisés, les immigrés, anciens et nouveaux (les légaux et les illégaux), nous étions tous là et nous l’avons tous cru. C’était notre privilège et son fardeau, un billet à ordre qu’il avait signé, scellé et qu’il nous avait remis.

Le lendemain de cette nuit historique les journaux et les gens jubilaient à New York ; le mercredi 4 juin 2008 était une superbe journée de printemps. Un titre en première page disait HISTOIRE au-dessus d’une belle photo d’Obama ; un autre journal titrait DESTINÉE au-dessus d’une autre photo tout aussi belle. Le New York Times était moins exubérant ; Hilary Clinton avait réussi à diminuer la taille de la photo de Barack Obama ainsi que celle du texte proclamant sa victoire. Celui-ci disait : « Après une bataille féroce, Obama revendique sa nomination » : Quels mots ignobles pour faire entrer une ville dans l’histoire !
[...]

Même si vous aviez entendu ce mardi soir qu’Obama allait prendre la parole devant l’AIPAC le lendemain, vous aviez réussi à bloquer la nouvelle en une amnésie délibérée, peut-être en une tentative inconsciente et désespérée de savourer ce moment historique sans vérifier si c’était vrai - les délusions sont les chemins de l’espoir. Toutefois, le mercredi après-midi, même un aveuglement délibéré ne pouvait vous empêcher de voir la photo d’Obama sous le sigle de l’AIPAC flottant ostensiblement sur le podium depuis lequel il a encore une fois pris la parole devant une autre réunion de l’American Israeli Political Action Committee. Il vous fallait savoir par quels mots et quels gestes il avait réussi à détruire jusqu’à la dernière once d’espoir qu’il avait réussi à susciter chez des millions d’êtres humains la veille au soir.

OBAMA COMMENCA SON DISCOURS devant l’AIPAC en tombant immédiatement dans le plus vieux piège que la cabale sioniste étasunienne détient dans son sac à malices - elle avait chargé sa marge de dingues de répandre des rumeurs (par la voie de courriels) contenant des faits et des inventions : Obama est antisémite ; Obama est laxiste vis-à-vis du Hamas. Le pasteur d’Obama est pro-Palestinien. La femme d’Obama va faire problème. Obama était un ami d’Edward Said et surtout ! - chose horrible à dire - Obama est musulman (être musulman est une accusation aux États-Unis d’Israël. C’est comme être juif dans l’Allemagne d’Hitler. Ceux qui sont ainsi accusés doivent se défendre, Obama les a défendus, s’est défendu contre l’« accusation » d’être musulman.

Confrontés à ces « accusations », les gens doivent en remettre et c’est ce qu’Obama a fait pour prouver qu’il était « un ami d’Israël » ; donc il a de plus pris la décision, là, sur place, de proclamer que Jérusalem était « la capitale éternelle d’Israël » : « Tout accord avec le peuple palestinien » a dit le maintenant candidat présomptif du Parti démocrate à son auditoire AIPAC (qui l’a bruyamment applaudi) « doit préserver l’identité d’Israël en tant qu’Etat juif, doté de frontières sûres, reconnues et défendables ». Puis il s’est élancé vers le grand prix et a déclaré « Jérusalem restera la capitale d’Israël, et elle doit rester entière ».

Ses auditeurs étaient consternés, ceux pour qui cela comptait ; alors, qu’était devenu : « C’est notre tour. Notre tour de tourner la page des politiques du passé » ? Et qu’était devenu « le moment où nous avons mis fin à la guerre, mis notre nation en sécurité et restauré notre image en tant que dernier espoir, meilleur espoir sur la Terre » ? Vous tenez ce langage le mardi soir et le mercredi matin vous donnez Jérusalem à une bande de colons européens et à la meute de leurs partisans milliardaires américains ?

Bien sûr qu’il n’appartient pas à Obama de donner Jérusalem à quiconque et surtout pas à une garnison militaire qui a volé la terre d’autrui à la pointe du fusil et qui a forcé ses habitants vers l’exil et les camps de réfugiés. Comme le reste de la Palestine, Jérusalem appartient aux Palestiniens - juifs, chrétiens et musulmans, et aux agnostiques de tout poil qu’ils accueillent chez eux. Le problème du discours du Sénateur Obama ne concerne donc pas ses largesses non justifiées et gratuites ni la promesse qu’il ne peut pas tenir. L’origine de ce problème et du nôtre, nous qui avions placé nos espoirs en lui (comme il nous disait de le faire) ce mardi soir, venait d’ailleurs.

Poursuivant ses offres mirifiques au gang sioniste de milliardaires qu’il estime indispensable pour sa campagne présidentielle, Barack Obama a ajouté qu’il démarrerait ses relations avec ses amis israéliens « en assurant à Israël un avantage militaire qualitatif. Je ferai en sorte qu’Israël puisse se défendre contre tout menace - de Gaza à Téhéran. La coopération en matière de défense entre les Etats-Unis et Israël est un modèle de succès et doit être approfondie. En tant que Président, je mettrai en application un Mémorandum d’Accord prévoyant une aide de 30 milliards de dollars à Israël pendant la prochaine décennie - des investissements dans la sécurité d’Israël qui ne seront liés à aucune autre nation... Et je défendrai toujours le droit d’Israël à se défendre aux Nations Unies et autour du monde ». Là, faisons une pause et demandons nous ce qu’il a pu faire de toutes ses promesses - ces belles paroles, creuses à l’évidence- que le bon Sénateur de l’Illinois a répétées à l’envi depuis le début de sa campagne en 2007.

Ce que signifie cette largesse additionnelle - pas moins de 30 milliards de dollars en aide militaire - c’est qu’Obama continuera à exacerber la transmutation du rêve sioniste d’un pays juif en une forteresse militaire qui aide et encourage le projet impérial des Etats-Unis dans la région. Pour comprendre ce simple fait, nous devons renverser le cliché de la conspiration antisémite selon laquelle « les juifs contrôlent la politique étrangère étasunienne » et voir que c’est l’inverse qui est vrai : que c’est l’impérialisme américain (gravé dans l’ADN de la culture politique de ce pays et auquel Obama compte donner maintenant un nouveau visage) qui exploite les craintes parfaitement légitime nées de l’holocauste des juifs dans le monde pour maintenir Israël comme une partie majeure de sa machinerie militaire gargantuesque.

Des sionistes étasuniens peuvent se leurrer en s’imaginant qu’ « Israël a des relations privilégiées avec l’Amérique » - ou que leurs intérêts commerciaux peuvent y trouver leur compte (la « guerre contre la terreur » est un business très lucratif). Mais point n’est besoin d’une relation « spéciale » pour contribuer à transformer un rêve mal conçu en une base militaire énorme pour le caprice d’un empire incompétent. Ceux qui paient le prix de cette hallucination périlleuse sont les Palestiniens et les parents israéliens, quotidiennement, depuis soixante ans, et certainement pas les sionistes étasuniens qui vivent dans le mirage des beaux quartiers de la fantaisie étasunienne. Pour eux, pour les sionistes étasuniens, Israël n’est pas une réalité terrorisante, une source de désespoir, de mort et de destruction pour des êtres humains vivants - tout autant israéliens que palestiniens - depuis quelque soixante ans maintenant. Pour eux, Israël est une exégèse dyslexique de la bible, une plaidoirie exogène, une bonne affaire commerciale, une délusion dangereuse, un État juif d’apartheid qu’ils refusent simplement de voir comme le miroir d’une république islamique, d’un empire chrétien et du fondamentalisme hindou.

Autre chose concernant ces trente milliards de dollars que Barack Obama - Monsieur Changement, Monsieur Espoir - promet à Israël pour l’aider à garder son avantage militaire. Trente milliards ? En quoi diffère-t-il de l’Amérique de George W. Bush ? Et que sont devenus tous ces discours éloquents sur les soins de santé universels, l’enseignement public, des études universitaires abordables et la reconstruction de l’infrastructure de ce pays dilapidé ? L’AIPAC n’a même pas laissé 24 heures à ce pays pour se sentir soulagé de la Nakba qui l’afflige depuis que des sionistes fanatiques l’ont pris pour cible et ont investi des sommes importantes pour protéger leur état raciste d’apartheid - état d’apartheid qu’une résolution des Nations unies a reconnu comme tel, à l’instar de personnes comme le Mahatma Gandhi, Nelson Mandela, l’Archevêque Desmond Tutu, le pasteur même d’Obama, le Révérend Wright, son propre prédécesseur démocrate, Jimmy Carter, et tous les êtres humains convenables du globe.

Trente milliards pour qu’Israël garde son avantage militaire de Goliath, c’est trente milliards de moins pour permettre l’instauration des soins de santé universels, trente milliards de moins pour l’enseignement public, la formation à l’emploi de mères célibataires, des repas scolaires pour des enfants affamés souffrant de malnutrition, la prévention de catastrophes comme Katrina, la recherche sur d’autres sources d’énergie ; trente milliards de moins pour sauver la planète des délusions dangereuses d’un capitalisme prédateur, pour aider plus de 35 millions d’Américains qui vivent sous le seuil de pauvreté, voire des millions de plus qui arrivent à peine à se maintenir au-dessus de ce seuil, et puis s’il reste quelque chose, pour combler la myriade d’autres manques mortels dans le tissu moral de ce pays.

Trente milliards pour l’arsenal additionnel d’un avant-poste de barbarie militaire étasunienne et Barack Obama, portant à la boutonnière un triste pin réunissant les drapeaux étatsunien et israélien, alors qu’il ne portait même pas de pin avec le drapeau des USA, s’imagine qu’il est dans la tradition de W.E.B. Du Bois et de Malcolm X ?

LE DISCOURS D’OBAMA DEVANT L’AIPAC ne doit pas être pris pour argent comptant, mais comme le symptôme d’une rare maladie psychopathologique. Ce que ce discours confirme avant tout est de façon extraordinaire les membres de l’AIPAC et les électeurs sionistes que l’association représente ont un terrible besoin d’entendre des gens puissants, ou qui sont sur le point de le devenir, déclarer qu’ils sont des « amis d’Israël ». Très curieux pour une organisation et la colonisation qu’elle représente, vu qu’elles s’imaginent ensemble tellement puissantes.

Dans son discours devant le même organisme, la Sénateur Clinton a prononcé le mot « ami » huit fois, variations sur le thème « soyons clairs, je sais que le Sénateur Obama sera un bon ami pour Israël ». Dans le discours du Sénateur McCain devant le même AIPAC, le mot « ami » est revenu six fois, toujours des variations sur le thème « le peuple d’Israël... aura toujours un ami et un allié dans les États-Unis d’Amérique ». Entre-temps, le Sénateur Obama qui ne voulait pas demeurer en reste a utilisé le mot « ami » cinq fois, chaque fois sur le thème « je veux que vous sachiez qu’aujourd’hui je parlerai avec mon c ?ur en tant que véritable ami d’Israël ». Quant au Premier Ministre israélien Olmert, s’adressant encore une fois à la même session de l’AIPAC, les a tous battus en plaçant le mot « ami » pas moins de 14 fois, chaque fois sur le thème des liens traditionnels d’amitié entre Israël et l’Amérique qui continueront d’être alimentés et renforcés ».

Pour une colonie assise sur plus de 150 têtes nucléaires (selon le Président Jimmy Carter), Israël est très conscient de sa propre faiblesse morale et de son illégitimité politique et il doit avoir un besoin urgent et insatiable d’amis puissants, qui lui assureront et le rassureront qu’ils sont son ami et qu’ils le protègeront. Il y a-t-il sur la planète un quelconque État légitime qui a besoin d’être protégé par des amis occupant des postes aussi importants ? L’État juif d’apartheid a besoin des assurances automatiques de ses « amis » uniquement parce qu’il sait très bien que depuis sa création il fonctionne illégitimement. Soixante années d’ « indépendance » ? Indépendance par rapport à qui ? Aux Britanniques ? Les Britanniques ont inventé ce cauchemar colonial. Depuis quand peut-on appeler « indépendance » le vol de la terre d’autrui ?

Le problème palestinien de Barack Obama n’est pas le problème des Palestiniens. Ceux-ci ont lutté pour leur droit inaliénable de résister à l’occupation coloniale de leur patrie depuis plus de soixante ans et ils continueront d’avoir le soutien et la sympathie de tous les êtres humains corrects sur terre. Le problème palestinien d’Obama met au jour les détails de sa propre dépravation morale et de sa couardise politique ; il a succombé au cliché le plus vieux, le plus raciste et le plus antisémite sur terre : à savoir que vous ne pouvez pas gagner une nomination ou une élection présidentielle aux États-Unis « sans les voix juives » et cette lacune fatale détruit tout ce qu’il a pu dire au sujet du « changement dans lequel nous pouvons croire » à ses jeunes auditoires sincères et confiants. Il a déjà trahi cette confiance.

Pour citer la formule célèbre de W. E. B. Dubois « le problème du Vingtième Siècle est celui de la frontière de la couleur ». Eh bien, ce n’est pas vrai depuis Collin Powell, Condoleezza Rice et maintenant Barack Obama. L’impérialisme (tout comme le capitalisme qu’il cherche à servir) est daltonien et ne fait pas de distinction entre les sexes. Si Hillary Clinton, Barack Obama, John McCain, George W. Bush servent ses intérêts, ils sont les bienvenus.

Que signifie exactement pour Barack Obama le choix judicieux de la couleur de son père (mais non de sa religion) et de la religion de sa mère (mais non de sa race) et comment s’appelle-t-il « Afro-Américain » ?
[...]

Avec un seul discours obséquieux devant l’AIPAC Barack Obama a rompu tout lien avec la noble tradition (de W.E.B. De Bois et Malcolm X) pour appartenir à ce que Frantz Fanon avait cliniquement diagnostiqué des « Peaux noires, masques blancs » et pour qui Malcolm X avait une épithète plus juste, mais moins flatteuse.
[...]

Le problème avec le discours de Barack Obama devant l’AIPAC ne concerne pas simplement un aspect de la politique étrangère étasunienne qui nous affectera s’il devient le prochain président des États-Unis, car la Palestine n’est pas simplement une plaie coloniale ouverte. La Palestine est aussi une métaphore pour les gros vols perpétrés par le colonialisme européen et l’impérialisme américain d’un bout à l’autre du monde. La situation de la Palestine a un caractère global et le fait que son peuple est écrasé a des répercussions qui vont bien au-delà de la question.

Obama est absolument ce que la politique étasunienne pouvait produire de meilleur et c’est précisément pour cette raison, tout compte fait, que les sionistes étasuniens voudraient le voir battu par McCain (avec de préférence comme colistier le Sénateur Joe Lieberman, attaché militaire israélien). Avec Obama, un dialogue reste possible, même s’il a vendu son âme, car il en avait une. Ce n’est pas le cas de McCain (et ce n’aurait pas été le cas avec Hillary Clinton). Dans Obama s’implique, s’investit, espère ce que l’Amérique a de meilleur et s’il devait commencer à faire pleuvoir des bombes dans le monde, ou à les donner à ses amis israéliens pour qu’ils le fassent pour son compte, ce ne serait plus le country club dégénéré de George W. Bush et Cie qui serait impliqué. Ce serait ce que l’Amérique a de meilleur.

Obama n’est pas George W. Bush. Il n’est pas le cauchemar de la politique étasunienne. Obama est son rêve et ce beau rêve héberge une lamentable réalité : la crainte d’Obama et de ce qu’il serait capable de déclencher dans ce pays. Acculé par l’AIPAC et la cabale sioniste étasunienne, il refuse de voir et n’ose pas comprendre qu’en fait des millions d’Américains, jeunes, progressistes, engagés et idéalistes - parmi lesquels on trouve beaucoup d’Américains juifs jeunes, idéalistes et progressistes - sont dans son camp et qu’il n’a pas besoin de se montrer un tel sycophante devant une bande d’individus banaux simplement parce qu’ils ont réussi à projeter une fausse image de pouvoir écrasant.

Ces gens ne sont pas puissants. Nous, le peuple, sommes puissants. Faites le compte des millions de dollars qu’Obama a reçu grâce à nos dons de 25 dollars à sa campagne. Aucun milliardaire sioniste ne peut faire aussi bien et puis demandez lui de rester fidèle à l’espoir et à l’euphorie qu’il a apportées à ce pays. L’AIPAC ramène Obama au plus petit dénominateur commun et nous, le peuple, le portons à nos plus hautes aspirations. Obama est censé appartenir (et il appartient) à une espèce différente ; il écrira un nouveau chapitre dans la politique étasunienne. Mais il courra à sa perte s’il ne croit pas véritablement à sa version du mardi soir et permet à celle du mercredi matin de défaire ses promesses. Voici ce qu’il a dit et nous le peuple, voulons qu’il respecte ces paroles :

« La route sera longue. Je fais face à ce défi avec une humilité profonde, pleinement conscient de mes limites. Mais je dois aussi y faire face avec une foi illimitée dans les capacités du peuple étasunien. Parce que si nous sommes prêts à travailler, à nous battre pour y arriver et que nous y croyons, je suis absolument certain que dans les générations futures, nous pourrons regarder en arrière et dire à nos enfants que c’est à ce moment-ci que nous avons commencé à fournir des soins au malades et un bon travail à ceux qui n’en avaient pas. C’est à ce moment-ci que les océans ont commencé à ralentir leur montée et que notre planète a commencé à guérir. C’est à ce moment-ci que nous avons mis fin à une guerre et donné la sécurité à notre nation et rétabli notre image du dernier espoir, du meilleur espoir sur terre. Ce fut ce à ce moment-là que nous nous sommes unis pour reconstituer cette grande nation de manière qu’elle reflète toujours ce que nous avons de mieux ainsi que nos idéaux les plus élevés ».

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Hamid Dabashi

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26 juin 2008 - L’original de cet article peut être consulté ici :
http://weekly.ahram.org.eg/2008/903...
Traduction de l’anglais : amg


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