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Qu’est-ce qui retarde les élections palestiniennes ?

vendredi 29 janvier 2016 - 15h:24

Ahmad Melhem

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Le Fatah et le Hamas s’accusent mutuellement d’empêcher le processus électoral tout en se disant disposés à collaborer.

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Azzam al-Ahmad (C), chef du Fatah, et Mousa Abou Marzouk (G), membre du Bureau politique du Hamas, à une conférene de presse au Caire, le 27 avril 2011 - Photo : REUTERS/Asmaa Waguih

RAMALLAH, Cisjordanie — La Commission électorale centrale basée à Ramallah va lancer en février prochain un recensement électronique pour mettre à jour le registre annuel des électeurs, bien qu’il n’y ait guère d’espoir pour que des élections présidentielles et législatives se tiennent en Palestine à bref délai.

Le 8 janvier dernier Mousa Abou Marzouk, un membre du Bureau politique du Hamas, annonçait « que le mouvement était disposé à procéder aux élections présidentielles et législatives ainsi qu’aux élections du Conseil National de l’Organisation de la Palestine et ce dès que possible », renvoynt la balle dans le camp du Président Mahmoud Abbas.

C’était une approche destinée à montrer que le Hamas n’est pas celui qui perturbe les élections et qu’Abbas devrait auparavant publier le décret présidentiel qui organise les élections.

Après que le gouvernement de consensus national, formé par l’Accord du Camp de Réfugiés d’Al-Shati, fut intronisé devant le Président à Ramallah, le 2 juin 2014, Abbas avait ordonné à la Commission électorale centrale de se préparer aux élections présidentielles et législatives dans six mois, soit le 2 décembre.

Mais divers obstacles ont empêché le gouvernement de faire aboutir les préparatifs.

Azzam al-Ahmad, leader du Fatah en charge des pourparlers de réconciliation avec le Hamas, a déclaré à al-Monitor : « Aucune date n’avait été précisée pour les élections et il n’est pas nécessaire d’en parler maintenant. Quand le Hamas se montrera impliqué dans l’accord de réconciliation, alors seulement nous discuterons du reste. Nous ne pouvons pas parler des élections avant que le Hamas ait permis au gouvernement de consensus national d’exercer son autorité dans la bande de Gaza, que le mouvement contrôle ».

Le 30 décembre Abbas appelait à la formation d’un gouvernement d’unité nationale -un gouvernement formé de membres de différentes factions, contrairement au gouvernement de consensus national qui était constitué de parties indépendantes aux termes de l’Accord du Camp de la Plage.

Mais le 6 janvier, à l’occasion de la célébration du Noël orthodoxe au palais présidentiel à Bethléem, Abbas déclarait dans un discours en s’adressant au Hamas : « Si vous voulez un gouvernement, nous acceptons de le former avec vous et avec toutes autres factions, et vous savez quel prix nous le paierons, mais nous irons immédiatement aux élections ».

Ahmad dit « Ce n’est pas la première fois que le président appelle à un gouvernement d’unité nationale et à des élections. J’ai répété cet appel à Abou Marzouk et je l’ai invité soit à permettre au gouvernement de consensus d’exercer ses fonctions à Gaza, soit de former un gouvernement d’unité nationale dont les membres seraient responsables de Gaza et de Cisjordanie et prépareraient les élections. Mais le Hamas n’a pas donné son accord ».

Dans une interview accordée au Monitor, le secrétaire général du Conseil révolutionnaire du Fatah, Amin Maqboul, dit que l’annonce d’Abou Marzouk sur la bonne volonté de son mouvement pour la tenue d’élections n’était « pas sérieuse ».
Maqboul ajoute : « Si le Hamas était honnête, il aurait entrepris les premières démarches pour organiser des élections, comme former un gouvernement d’unité nationale ou permettre l’action du gouvernement de réconciliation à Gaza. Le Hamas n’est pas sérieux et ne souhaite pas tenir d’élections ».

Jamil Mezher, un membre du Bureau politique du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), a dit au Monitor que les appels des deux mouvements « participent des chamailleries et des prises de posture l’un contre l’autre, car organiser des élections exige un certain nombre de démarches telles que s’accorder sur une stratégie nationale dans le cadre d’un examen politique global, une réforme au sein de l’OLP afin de le reconstruire, et la formation d’un gouvernement d’unité pour paver la voie vers les élections ».

Il ajoutait : « Tenir des élections nécessite une réelle volonté politique et la décision de mettre fin à la division avant toute chose. Donc, parler d’élections avant même tout cela, c’est une sorte de tromperie ».

Le directeur général du Centre palestinien de recherches politiques et d’études stratégiques, l’écrivain Hani al-Masri, partage le point de vue de Mesher : « Ni le Hamas, ni le Fatah ni le président Abbas ne sont sérieux à propos de la tenue d’élections. Chaque fois qu’un parti les évoque, ce n’est qu’un sujet de dispute et de manœuvres, rien de plus ».

Les dernières élections présidentielles se sont tenues en 2006, avec la victoire-surprise du Hamas qui avait remporté 76 sièges sur 132.

« Le Fatah n’est pas prêt pour les élections, et le Hamas ne veut pas des élections parce qu’il craint un score moins brillant qu’aux dernières élections, ou parce qu’il redoute qu’on ne lui permette pas de gouverner en cas de victoire, si bien que les deux mouvements sont en désaccord, c’est tout » ajoute Masri.

Quand on lui demande quel parti sera décisif en matière d’élections, Masri dit : « La décision d’organiser des élections n’est pas une décision palestinienne ; c’est une décision israélo- américano-internationale. Israël n’acceptera l’organisation d’élections que si celles-ci débouchent sur un programme politique basé sur les Accords d’Oslo, tandis que les états arabes et la communauté internationale ne veulent pas entendre parler d’élections que le président Abbas – dont la popularité est en baisse ces derniers temps – pourrait perdre ».

Les résultats d’un sondage mené par « Arab World for Research and Development » publiés le 5 novembre 2015 indiquaient que 83 % des Palestiniens soutenaient la tenue d’élections législatives et présidentielles. Mais la popularité d’Abbas a baissé, puisque le sondage montrait que seuls 32 % voteraient pour lui. Un autre sondage mené par le même groupe le 27 juillet 2015 indiquait 38 % des votes en faveur d’Abbas.

D’un autre sondage encore, mené par le Centre palestinien de recherches politiques et d’études stratégiques le 14 décembre 2015, il ressortait que 65 % souhaitaient la démission d’Abbas, par crainte qu’il ne perde contre le candidat du Hamas si des élections avaient lieu.

Pour que des élections puissent se tenir, il faut qu’un décret présidentiel soit publié trois mois avant la date fixée afin que la Commission électorale centrale puisse entamer ses préparatifs.

Quant à la raison qui empêche Abbas de publier un décret électoral – liée ou non à sa baisse de popularité ou au fait que le Fatah n’a pas tenu sa Septième Conférence – Maqboul dit qu’Abbas en a publié un en 2014 après la formation du gouvernement de consensus. Mais les obstacles mis par le Hamas devant le gouvernement ont empêché les préparatifs et dès lors « publier des décrets sans les appliquer n’est pas souhaitable ».

« Le Fatah va se préparer à organiser des élections dès qu’elles seront reprogrammées et qu’il aura confiance en sa popularité et en ses électeurs » dit Maqboul. « Le Fatah insiste pour que le président Abbas soit son candidat dans toute élection à venir. Cependant, s’il souhaitait ne pas concourir, les instances du mouvement entameraient des recherches et trouveraient une solution adéquate ».

Jusqu’à présent aucun autre nom possiblel n’a été évoqué.

D’ailleurs Masri croit que « certains dans l’Autorité palestinienne souhaitent que la situation demeure telle qu’elle est et ne veulent donc pas que des élections aient lieu, car ils tiennent aux positions qu’ils ont acquises suite à la division. En outre, le Fatah manque d’unité et n’a pas de mécanisme clair de transfert de la direction du mouvement, de l’AP et de l’OLP au cas où le président Abbas décidait vraiment de ne plus être candidat à aucune de ces fonctions ».

Aussi longtemps qu’un gouvernement d’unité – que d’aucuns considèrent comme le premier pas vers la tenue d’élections – n’est pas formé, les urnes resteront hors de portée des Palestiniens.

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* Ahmed Melhem est journaliste et photographe, basé à Ramallah. Il travaille également pour Al-Watan News

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22 janvier 2016 - al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - AMM


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