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Les journaux américains passent sous silence la brutalité israélienne

samedi 21 novembre 2015 - 06h:35

Greg Shupak

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Les grands journaux états-uniens qui forment l’opinion publique mentent par omission à leurs lecteurs.

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La brutalité israélienne contre les Palestiniens n’est pas considérée comme digne d’intérêt par les journaux américains - Photo : APA/Mohammed Asad

Les contenus éditoriaux permettent aux journaux de formuler leur position collective sur les questions d’actualité et, dans le cas de publications majeures, ils ont un poids certain. De tels articles jouent un rôle important dans la formation de l’opinion publique, et doivent par conséquent faire l’objet d’une attention particulière.

Des éditoriaux gravement faussés sur le soulèvement actuel en Palestine ont fait leur apparition dans The Boston Globe, le Los Angeles Times, The New York Times et The Washington Post.

Entre autre, ils mettent en avant les préoccupations d’Israël et marginalisent celles des Palestiniens.

Le Globe, par exemple, s’inquiète que « le sentiment croissant de désespoir au sein de la jeunesse palestinienne va continuer de menacer l’avenir d’Israël. » De toute évidence, le journal ne considère pas « le désespoir de la jeunesse palestinienne, » ou ses causes, comme des problèmes urgents à part entière. En revanche, il les considère comme préoccupants s’ils nuisent à Israël.

De la même, façon, l’éditorial du Los Angeles Times du 20 octobre commence par cette phrase, « Depuis des semaines, les Israéliens sont terrorisés par des attaques terriblement aléatoires. »

Le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, OCHA rapporte qu’au cours des 19 jours qui ont précédé cet éditorial, 43 Palestiniens furent tués et 5100 blessés, comparés aux sept Israéliens qui furent mortellement frappés et 70 blessés. Mais le principal journal d’une grande ville états-unienne ne se soucie pas de savoir si ces Palestiniens se sentaient « terrorisés. »

Pour The New York Times, « Israël a le droit absolu de défendre ses citoyens, et le devoir de le faire. » Pourtant, rien dans son éditorial du 15 octobre ne suggère que les Palestiniens ont un droit similaire.

Le type de recours dont disposent les Palestiniens confrontés aux multiples formes de violence quotidienne a une si faible priorité pour le journal qu’il n’est pas abordé dans cet éditorial. Par cette omission, le journal laisse à penser que ce que les Palestiniens devraient faire, c’est se soumettre à la brutalité israélienne comme celle manifestée les jours précédant la parution de l’éditorial.

Au sommaire de cette brutalité, les forces israéliennes tuant neuf civils palestiniens à Gaza, dont un enfant ; l’aviation israélienne tirant des missiles prétendument sur un site d’entraînement militaire au sud de Gaza City tuant une femme de 26 ans enceinte et sa petite fille de trois ans ; huit agressions de Palestiniens par des colons israéliens entre le 6 et le 12 octobre et 29 la semaine précédente.

Attribution de la responsabilité

Pendant ce temps, les quatre premiers paragraphes de l’éditorial du Washington Post sont consacrés à qualifier et à attribuer la responsabilité de la récente violence. Sept des phrases de ces paragraphes portent sur comment arrêter la violence perpétrée par des Palestiniens contre des Israéliens.

Parmi les trois qui critiquent Israël, l’une le fait parce que l’assassinat extrajudiciaire de mineurs palestiniens est « contreproductif », et une autre parce que la violence d’état israélienne jouerait en faveur des « dirigeants palestiniens. »

Le message envoyé par le Post est que la violence palestinienne est injuste et il faut y mettre un terme immédiatement, alors qu’Israël devrait éviter de tuer de jeunes Palestiniens lorsque cela risquerait d’endommager ses relations publiques, ce qui pourrait constituer une entrave à ses objectifs.

Par ailleurs, aucun des éditoriaux ne fournit à ses lecteurs le contexte nécessaire à la compréhension de ce qui s’est récemment produit entre les Israéliens et les Palestiniens.

Pour comprendre les évènements de cet automne, il est nécessaire d’avoir une idée des causes sous-jacentes sur le long terme. L’expansion sans fin des implantations exclusivement juives en Cisjordanie occupée est un des facteurs qui restent occultés dans les éditoriaux.

Il y a maintenant au moins 600 000 colons israéliens en Cisjordanie, Jérusalem-Est comprise. La construction et l’expansion des implantations israéliennes violent le droit international ; la Quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante d’importer sa population civile dans un territoire qu’elle occupe.

Ces éditoriaux ne font pas davantage état des démolitions par Israël d’habitations palestiniennes. En 2014, cette pratique a déplacé 1 177 Palestiniens en Cisjordanie, Jérusalem-Est comprise. Plus de 500 personnes ont été déplacées jusqu’ici cette année.

L’Amérique source d’apaisement ?

Les démolitions sont une part importante de la dynamique en jeu, pourtant les éditoriaux omettent d’en informer leurs lecteurs.

Israël a réagi à la protestation palestinienne en essayant de l’écraser et en ayant recours à des tactiques comme l’arrestation arbitraire de mineurs, la détention de militants sans chef-d’ accusation ou pistes, et l’arrestation de membres de la famille des militants.

La prolifération des colonies illégales, la démolition des habitations et la répression violente de la dissidence sont des caractéristiques de la vie quotidienne des Palestiniens au centre des tensions actuelles en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. Passer tout cela sous silence revient à un mensonge par omission de la part de ces journaux qui ont un vaste lectorat.

Une autre faiblesse que partagent ces éditoriaux, ce sont les remèdes qu’ils préconisent. Ces journaux en appellent à de nouvelles négociations entre Israël et l’Autorité Palestinienne comme moyen de parvenir à une solution.

Cette proposition est irrémédiablement faussée.

Le mandat de Mahmoud Abbas à la présidence de l’AP n’a pas de légitimité démocratique et il ne peut prétendre légitimement représenter le peuple palestinien. Le Post le sait ; il écrit qu’Abbas « est devenu non-représentatif », et remarque qu’il est toujours en fonction six ans après l’expiration de son mandat électoral.

Dans le paragraphe suivant, le journal suggère que les États-Unis et d’autres gouvernements devraient essayer de faire cesser la violence actuelle à l’aide « d’interventions apaisantes. »

Des arguments similaires sont avancés par le Globe et le Los Angeles Times. C’est une position absurde parce que, en qualité de sponsor d’Israël, les États-Unis sont partie prenante du conflit et ne sont en aucun cas un arbitre neutre.

La classe dirigeante américaine et son industrie d’armement ont des intérêts en jeu dans le régime d’occupation d’Israël et son apartheid, et soutiennent ce régime depuis des décennies. Il n’y a aucune raison de penser que cette politique a changé de façon significative.

Ce traitement du soulèvement de l’automne n’est que l’exemple le plus récent de la longue et triste chronique de la couverture médiatique de la Palestine aux États-Unis, et il démontre que les organes de presse états-uniens ne sont pas de simples sources d’information. Au contraire, ce sont des membres actifs de l’élite au pouvoir du pays.

En trompant leurs lecteurs, ces journaux contribuent à perpétuer le consentement qu’apporte le public américain au soutien déterminant du gouvernement états-unien à l’oppression des Palestiniens.

* Gregory Shupak est écrivain et militant. Il enseigne l’étude des médias à l’université de Guelph, au Canada.

Du même auteur :

- Le rapport de l’ONU sur Gaza : imparfait mais néanmoins très important - 6 juillet 2015
- Quand la mort de civils horrifie le New York Times ! - 18 décembre 2014

16 novembre 2015 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/cont...
Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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