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Amer Bajawi, 14 ans, risque 10 ans de prison !

dimanche 26 juillet 2015 - 07h:49

Charlotte Silver

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Amer Bajawi, 14 ans, détenu dans une prison israélienne depuis près de deux mois, attend son procès.

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De jeunes palestiniens manifestent en solidarité avec leur jeune compatriote Amer Bajawi, âgé de 14 ans et emprisonné en Israël - Photo : ActiveStills/Ahmad Al-Bazz

Le 23 mai, à dix heures du soir, Amer et son ami [Mohamed Atwan, âgé de 16 ans et toujours emprisonné - NdT] se cachaient dans un olivier près de Yabad, son village en Cisjordanie occupée, quand ils ont été repérés et se sont vus ordonnés de descendre par des soldats israéliens.

Les deux ados ont été immédiatement menottés et leurs yeux bandés, soupçonnés d’avoir jeté des pierres sur des voitures conduites par des colons israéliens qui rentraient dans une colonie réservée aux seuls juifs, selon une déclaration enregistrée le 1er juin par Defense for Children International-Palestine (DCI-Palestine).

Pendant les six premières heures de détention et d’interrogation, Amer n’a pu utiliser les toilettes. Ses poignets menottés, on l’a fait s’asseoir par terre dans une jeep militaire pendant qu’on le menait dans trois différents centres de détention.

Finalement, il a été incarcéré dans la section des mineurs de la prison de Megiddo, en Israël.

Amer restera à Megiddo jusqu’à son audition le 28 juillet. Il a déjà admis qu’il avait jeté des pierres.

S’il est reconnu coupable –une forte possibilité- il risque jusqu’à 10 ans derrière les barreaux.

Le système de justice militaire qui traite le cas d’Amer a subi des réformes ces dernières années, mais les réformes n’ont pris place qu’au cas par cas et il est douteux qu’elles lui laisseront un répit.

Maltraitances « institutionnalisées »

Elles ont été introduites après que le Fonds UNICEF de l’ONU pour les enfants ait diffusé un rapport en 2013 affirmant qu’Israël est le seul pays qui juge les mineurs dans des tribunaux militaires lesquels, « par définition, ne donnent pas les garanties nécessaires pour assurer le respect de leurs droits ».

Le rapport conclut aussi que la maltraitance des enfants dans les centres de détention militaires est « généralisée, systématique et institutionnalisée »
La condamnation du protecteur mondial des droits des enfants a incité le gouvernement israélien à s’engager à coopérer avec l’UNICEF pour mettre en œuvre des réformes immédiates.

Moins d’un mois après la publication du rapport de l’UNICEF, la période pendant laquelle un enfant pouvait être détenu sans être présenté devant un juge a été réduite de quatre jours à une durée de 24 à 48 heures, selon l’âge du mineur. En l’espace de deux ans, dix nouveaux ordres et règlements militaires ont été imposés, censés protéger les droits des enfants prisonniers.

Les réformes ont pris place dans l’appréhension, exprimée par les militaires israéliens, que le rapport de l’UNICEF puisse endommager l’image qu’a le public de son occupation de la Cisjordanie.

Suite à une demande en accord avec la liberté d’information, l’Association pour les Droits civiques en Israël a obtenu une « feuille de rapport » destinée aux soldats, fin 2014. Le document montre que les rapports concernant le traitement des mineurs en Cisjordanie « pourraient vraiment nuire à la légitimité d’Israël et de ses actes dans la région »

Mais Gerard Horton, un avocat auprès de la Military Court Watch (Organe de surveillance de la justice militaire), un groupe qui surveille le traitement des enfants par l’occupant, a déclaré à The Electronic Intifada que « Réelles (en intention) ou pas, les réformes semblent avoir eu généralement peu d’effet pour juguler les maltraitances.

En février cette année, l’UNICEF a examiné la mise en chantier des réformes et constaté que le niveau d’amélioration était minimal. En avril, la Military Court Watch a publié sa propre évaluation de ces réformes et conclu que les progrès réalisés étaient encore moins significatifs.

Entre temps, DCI-Palestine n’a observé aucune amélioration dans le traitement des enfants.

Jamais informés de leurs droits

Parmi les soi-disant réformes figurait la cessation des arrestations nocturnes, une utilisation exceptionnelle des bandeaux d’yeux et un avis aux parents les informant des droits et procédures à suivre.

De plus, les interrogations sont censées être enregistrées, mais les délits de « sécurité » tels que le jet de pierres, sont dispensés de cette exigence.

Selon DCI-Palestine, Amer Bajawi n’a jamais été informé de ses droits, n’a pu avoir accès à un avocat et ses parents n’ont appris que le lendemain où se trouvait leur enfant.

Des observateurs des Droits de l’Homme soulignent depuis longtemps que le régime militaire israélien qui contrôle les Palestiniens de Cisjordanie depuis 1967, inflige nombre de ses flagrantes et nombreuses maltraitances aux enfants.

Systématiquement, les enfants palestiniens sont soumis à des arrestations nocturnes, des interrogations sans la présence des parents ou de conseillers juridiques, à des fouilles au corps et à des harcèlements physiques.

En juin, Ban Ki-moon, le secrétaire-général de l’ONU, a publié son rapport annuel sur les enfants et les conflits armés. Il affirme, qu’en moyenne, 188 enfants palestiniens entre 14 et 17 ans sont détenus chaque mois dans les prisons militaires israéliennes –un chiffre parmi les plus élevés de tous les pays mentionnés.

Le rapport a aussi enregistré que les enfants étaient « soumis à de mauvais traitements, tels que tabassages, coups de bâton, bandage des yeux ».

Au début de l’année, l’Administration civile israélienne – la section de l’armée chargée de l’occupation de la Cisjordanie - a publié un ordre qui, apparemment, prévoit l’application du code pénal civil aux Palestiniens.

Les juifs israéliens qui habitent des colonies en Cisjordanie ont toujours été assujettis au droit civil israélien.

« En ce qui concerne les Palestiniens, ils ont moins de droits et peuvent être interrogés de nuit ; ce processus est différent du droit civil des colons israéliens » a déclaré Bashar Jamal de DCI-Palestine à The Electronic Intifada.

Bien que le code ait été censé entrer en vigueur le 1er juin, les Palestiniens –qui en théorie, en seraient les plus affectés – n’en connaissent toujours pas grand-chose. Le code doit encore être traduit en arabe et il reste peu clair quant aux changements précis qu’il doit apporter.

Le traitement d’Amer Bajawi montre bien pourquoi les Palestiniens ont raison de se méfier des réformes israéliennes.

* Charlotte Silver est journaliste indépendante à San Francisco. Elle a travaillé en Cisjordanie en Palestine.

De Charlotte Silver :

- Crimes de guerre : Israël s’en tire à bon compte ! - 22 juin 2015
- Résistance non-populaire : Khader Adnan dans une seconde grève de la faim depuis le 6 mai - 14 juin 2015
- Des centaines de migrants - beaucoup venant de Gaza - assassinés en mer par des trafiquants - 19 septembre 2014
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- Une Autorité palestinienne silencieuse alors qu’Israël consolide son monopole sur le carburant - 13 mai 2012

22 juillet 2015 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/cont...
Traduction : Info-Palestine.eu - Jean Cartier


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