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Résistance non-populaire : Khader Adnan dans une seconde grève de la faim depuis le 6 mai

dimanche 14 juin 2015 - 08h:07

Charlotte Silver

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La grève de la faim d’Adnan défie la répression de l’Autorité Palestinienne à l’encontre des organisations politiques qu’elle ne contrôle pas - et c’est une des raisons pour lesquelles nous n’en entendons pas parler.

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Gaza - Manifestation de soutien aux prisonniers palestiniens en Israël

Randa Adnan a commencé notre entrevue comme si elle débutait une course, répondant à chaque question de façon complète, parlant rapidement et avec une grande détermination.

Tout en s’occupant de ses enfants - son jeune fils tirant avec force sur son foulard, sa deuxième fille en larmes ayant besoin du réconfort de sa mère - son rythme n’a pas ralenti.

Randa n’a pas beaucoup de temps, nous dit-elle, entre prendre soin de ses cinq enfants en bas âge et assister à des protestations de solidarité avec les prisonniers palestiniens.

Quand j’ai rencontré randa dans sa maison dans son village près de Jénine en Cisjordanie du nord, son époux, le prisonnier politique palestinien Khader Adnan, avait refusé tous les repas de ses geôliers depuis plus qu’un mois et n’avait montré aucun désir d’interrompre sa grève de la faim.

Cette grève, comme celle qu’il avait suivie en 2012, est la façon de protester d’Adnan contre la détention administrative - une pratique qui permet à Israël de renouveler indéfiniment des périodes de six mois d’internement, le prisonnier étant incarcéré sur des accusations tenues secrètes et sans procès.

La détention de Khader avait déjà été renouvelée deux fois avant qu’il ait commencé une grève de la faim illimitée le 6 mai.

Selon le groupe Addameer de défense des droits des prisonniers, le jour après qu’il ait commencé sa grève de la faim les services pénitentiaires israéliens ont tenu une « audition » à l’intérieur de la prison de Hadarim, où Adnan était incarcéré. Il a été alors décidé que sa punition pour refuser la nourriture serait le refus des visites de sa famille, de l’accès à la cantine pour un mois, et sept jours en isolement.

Plus d’un mois après, il est à l’Hôpital d’Assaf Harofeh dans Tzrifin, en Israël (Palestine d’avant 1948), dans une chambre gardée par trois policiers, menotté à son lit d’hôpital.

La semaine dernière, Issa Qaraqe, le ministre palestinien des affaires des prisonniers, a rapporté que la fréquence cardiaque d’Adnan avait chuté et qu’il plongeait par moments dans le coma. D’autres rapportent cependant, qu’il est entièrement conscient et conserve « l’esprit vif ».

Khader a refusé tout le traitement par les médecins israéliens de la prison.

Randa Adnan parle affectueusement de son mari, qui travaille en tant que boulanger dans leur village, utilisant les mêmes mots que d’autres qui ont eu l’occasion de partager un moment avec lui, même ceux avec qui il a des divergences idéologiques.

Khader « est davantage que juste un mari, il est un associé dans la lutte », dit-elle. Beaucoup décrivent Adnan comme sincère, aimable, quelqu’un qui vous écoute avec attention.

Khader, dont la grève précédente de 66 jours avait revigoré le mouvement des prisonniers palestiniens en 2012, a gagné un statut de héros qui a notamment surmonté les divisions politiques palestiniennes.

La grève de la faim de masse des prisonniers qui a suivi celle de Khader a eu comme conséquence la restauration de certains droits pour les prisonniers. La grève avait aussi infléchi l’utilisation par Israël de la détention administrative, une pratique que même l’ex-ministre israélien de la sécurité publique avait admis comme étant surexploitée.

Mais tout ceci a été aboli quand trois adolescents israéliens ont disparu en juin, et Israël a lancé une « chasse au homme » étendue en Cisjordanie, fouillant les maisons et kidnappant des centaines de personnes.

Au moment de la guerre sur Gaza, lancée le 8 juillet, 550 Palestiniens étaient retenus en détention administrative, y compris Khader Adnan qui a été enlevé le même jour qu’Israël a commencé son assaut aérien sur le territoire côtier sous blocus.

Aujourd’hui il y a 422 prisonniers sous le régime de la détention administrative.

Depuis les années 1990, Adnan a été arrêté plusieurs fois par l’occupant israélien pour son affiliation avec le parti politique du Jihad islamique, mais Israël n’est jamais parvenu à établir une accusation formelle contre lui.

Pour lui, dit Randa, simplement le fait d’être libéré sera une victoire, quoiqu’il sache bien qu’Israël peut l’arrêter à nouveau à tout moment.

Bien qu’Adnan soit un porte-parole pour le Jihad islamique en Cisjordanie, son attention est concentrée sur tous les prisonniers.

« Il a vu leur douleur et lui-même n’a cessé de faire des va-et-vient en prison toutes ces 16 dernières années, » explique Randa.

Après qu’il ait été libéré le 17 avril 2012, Adnan a repris son travail dans sa boulangerie, mais il a également continué de consacrer son temps aux prisonniers et à leurs familles. Randa nous dit qu’au cours de ses deux années de liberté, il a rencontré les familles de 500 prisonniers.

Quand il a été libéré en 2012, sa grande popularité a fait qu’il était impossible à l’Autorité Palestinienne (AP) de ne pas approuver et ne pas participer à la célébration de masse de toute la communauté. Mais il n’a pas fallu longtemps avant qu’un tel appui ne s’affaiblisse et soit remplacé par le genre d’intimidation que pratique de plus en plus l’AP contre ses opposants.

L’AP a à plusieurs reprises harcelé Adnan et d’autres membres de Jihad Islamique depuis sa libération 2012. Fin 2013, les forces de sécurité de l’AP l’ont brièvement emprisonné après qu’il ait protesté contre l’arrestation de son cousin.

Juste le mois dernier, le Jihad Islamique a encore accusé l’AP d’intimider ses partisans en Cisjordanie, en convoquant des prisonniers qu’Israël avait libérés sous le prétexte d’enquêtes sur des activités « criminelles ».

Les arrestations par l’AP des membres du Hamas en Cisjordanie ont été en hausse à 36% en 2014 par rapport à l’année précédente, selon le mouvement Hamas.

Un rapport récent de Human Rights Watch a également noté une augmentation des arrestations par les forces de sécurité palestiniennes, des étudiants dont les positions politiques diffèrent de celles de l’Autorité Palestinienne, en particulier après qu’un groupe affilié au Hamas ait remporté les élections étudiantes à l’Université de Birzeit fin avril.

Après le cessez-le-feu conclu entre le Hamas et Israël le 26 août de l’année dernière, la répression de l’AP à l’encontre de ses adversaires politiques a augmenté. Ces deux derniers mois, les forces de sécurité palestiniennes ont, semble-t-il, arrêté 250 membres du mouvement Hamas et du Jihad islamique sous le prétexte douteux « d’empêcher des affrontements ».

L’AP a conduit encore une autre vague d’arrestations à l’encontre de Palestiniens en mars, quand elle a arrêté 50 partisans du Hamas et du Jihad islamiques, sous le prétexte d’empêcher une attaque « terroriste » qui pourrait contribuer à une victoire de l’extrême droite aux élections israéliennes.

Ces arrestations des membres du Hamas et du Jihad Islamique ont été en grande partie conduites dans le Secteur C - les 60% de la Cisjordanie qui sont sous le plein contrôle militaire israélien - ce qui signifie que l’AP a agit sous le contrôle d’Israël.

Un long rapport de l’International Crisis Group a établi en 2010 qu’Israël permet aux forces de sécurité palestiniennes de procéder à des arrestations dans le Secteur C s’il s’agit uniquement de kidnapper des adversaires politiques communs - pas des « criminels ». Israël, par exemple, exigera de l’AP qu’elle réprime des manifestations dans le Secteur C.

La majeure partie des informations sur l’état de santé d’Adnan a été communiquée aux médias par le Club des Prisonniers Palestiniens, qui est un groupe dépendant de l’AP. Mais, selon la famille d’Adnan, Jawad Boulos, un avocat du Club des Prisonniers, a fait pression sur Khader pour qu’il limite sa grève et accepte le traitement des médecins israéliens de la prison.

C’est un fait que la grève de la faim de Khader Adnan, qui entame son deuxième mois de refus de toute nourriture, excepté l’eau et le sel, n’a pas suscité une attention internationale ou même une attention significative en Palestine.

Après avoir parlé avec Randa, j’ai interviewé le père de Khader, Musa Adnan, qui a tourné l’essentiel de sa colère contre l’Autorité Palestinienne.

Musa s’est exprimé beaucoup plus lentement que Randa, ses yeux tournés vers le sol. Il a commencé par une remarque sur l’absence notable de solidarité de la part des Palestiniens pour Khader, contrairement à la grève de la faim de 2012.

Musa croit que c’est la crainte des représailles qui dissuadent les gens de manifester pour son fils : « Celui qui travaille a peur pour son permis, le professeur a peur pour son salaire. Les gens ne veulent plus se rassembler ; ils veulent juste se battre pour le pain et le beurre. »

De qui ont-ils peur ? Musa devient alors très précis dans ses réponses. « Ils ont peur de l’Autorité Palestinienne. »

Et Musa a-t-il lui même peur de parler maintenant ?

« Non, » dit-il. « Je suis à la fin de ma vie. Je suis prêt à défier quiconque aura abandonné mon fils. »

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* Charlotte Silver est une journaliste indépendante basée actuellement à San Francisco. Elle a écrit pour Inter Press Service, Truthout, The Electronic Intifada, Al Ahkbar et de nombreuses autres publications. Elle est diplômée de l’Université de Stanford.

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10 juin 2015 - Al-Araby al-Jadeed - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.alaraby.co.uk/english/fe...
Traduction : Info-Palestine.eu


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