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Le monde débat de la Syrie tandis que l’ignominie continue en Palestine, dans un silence absolu

samedi 26 décembre 2015 - 12h:26

Ben Morris

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L’occupation de la Palestine ne suscite qu’une attention médiatique occidentale sporadique, [ ...] quand les transgressions de l’agresseur israélien, infiniment plus puissant, deviennent ouvertement disproportionnées que c’en est écœurant.

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Forces israéliennes d’occupation à Jérusalem - Difficile de croire que ces zombies surarmés et décérébrés soient des "victimes"

Alors que la notion orwellienne, prophétique, de guerre perpétuelle se concrétise en Syrie et en Irak, et que l’attention de la planète est détournée, on peut le comprendre, vers le scénario apocalyptique qui s’y déroule, la nation de Palestine opprimée et oubliée poursuit son chemin tant bien que mal, frappée de la malédiction d’une omerta médiatique.

Hébron, à environ 30 km au sud de Jérusalem, vit de fait sous un régime d’apartheid depuis des années. Il arrive souvent que les colons –sous la protection de l’armée israélienne et donc à l’abri des poursuites –lancent des pierres sur les enfants palestiniens et entrent par effraction dans les maisons des gens.

D’après le blog de Charlotte Silver, une nouvelle directive militaire a été publiée le 30 octobre « interdisant aux résidents palestiniens de sexe masculin, âgés de 15 à 25 ans, de franchir tout poste de contrôle militaire situé tout autour des colonies juives d’Hébron » [1]. Les volets des boutiques appartenant à des Palestiniens sur Shuhada street, une grande artère de la ville et autrefois son marché principal, ont été condamnés par l’IDF depuis le massacre de 29 Palestiniens par un colon en 1994. Toute la rue a été fermée aux Palestiniens en 2000.

Des manifestations pour la réouverture de la rue à l’initiative de Youth against settlements, [La jeunesse contre les colonies] petit groupe local de militants, ont lieu chaque semaine. Le mois dernier, des colons de la ville d’Hébron en Cisjordanie occupée ont fait une descente dans leurs bureaux, exigeant de l’armée israélienne qu’elle mette fin à leurs opérations.

Yehuda Shaul, ancien soldat de l’IDF, a écrit le mois dernier : ‘ La politique de sécurité d’Israël à Hébron … repose sur « le principe de séparation, » qui en pratique signifie restreindre la liberté de mouvement des Palestiniens dans la ville’. [2] Cette restriction de la liberté de mouvement s’accompagne depuis longtemps de la destruction de terres palestiniennes ; par exemple stopthewall.org a rapporté l’an dernier que des colons brûlaient et passaient au bulldozers des terres agricoles palestiniennes autour d’Hébron, près de la colonie Ali Zahav. [3]

En plus d’assurer la protection des colons responsables de la violence, Shaul a confirmé que les militaires eux-mêmes avaient pour instruction d’employer des tactiques d’intimidation. ‘ Je sortais souvent en mission pour « faire sentir notre présence, » ce qui voulait dire faire des descentes dans les maisons et perquisitionner au milieu de la nuit, ou organiser des patrouilles violentes dans toute la ville … à toute heure du jour ou de la nuit, des soldats peuvent pénétrer chez eux (les Palestiniens) et fouiller leurs biens.’ [4]

L’assassinat en septembre par l’IDF d’une jeune Palestinienne de dix-huit ans, Hadeel al-Hashlamoun (qu’Amnesty International a qualifié « d’exécution extrajudiciaire’ [5]), est le reflet macabre de la violence policière qui a donné naissance au mouvement Black Lives Matter [Les vies noires comptent] aux Etats-Unis, et démontre la volonté de l’armée d’utiliser la force meurtrière.

Cette approche soutenue par l’état fait horriblement penser à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Dans son livre Refusal, Transition, and Post-Apartheid Law, Karin van Marle décrit quelques unes des tactiques employées par le National Party pour gouverner en Afrique du Sud :

‘... l’état devait utiliser les tactiques de la ségrégation forcée maintenant devenues familières : une descente nocturne, l’arrestation des adultes de la communauté au motif d’intrusion en zone interdite et la démolition de leur habitation au bulldozer…’ [6]

Il y a clairement des preuves palpables de ces méthodes à Hébron. Et pourtant, ici elles passent inaperçues.

* * *

L’aspect sanguinaire, marque de fabrique de Daech, si présent dans la conscience occidentale est mis en scène par un service de propagande puissant et prudent, et de plus, est bêtement fétichisé par des médias réceptifs qui donnent dans le sensationnel, et qui sont toujours prêts à servir de porte-voix en faisant de la barbarie du groupe un spectacle pornographique. Ceci exerce une attirance macabre sur les instincts primaires d’un public déshumanisé, en soufflant constamment sur les braises de l’indignation, et entretient à son tour la logique en faveur d’une campagne sans fin de bombardements.

Incontestablement, conformes à la violence soutenue par l’état à l’âge de la mondialisation, les violations et les injustices perpétrées à la fois par les colons israéliens – agissant, de fait, en mandataires de l’expansionnisme de l’état – et par l’IDF n’ont pas le panache artistique des terroristes brutaux et débridés. Elles sont sans conteste moins théâtralisées, et ainsi ne font pas appel aussi viscéralement au cerveau bestial et primaire de l’Occidental éternellement distrait et aux facultés intellectuelles figées.

Ainsi l’occupation de la Palestine ne suscite qu’une attention médiatique occidentale sporadique, comme lors de la situation abominable à Gaza durant l’été 2014.

Toutefois, les propos faiblards de désapprobation ne sont énoncés que timidement par nos médias, quand les transgressions de l’agresseur israélien, infiniment plus puissant, deviennent ouvertement disproportionnées que c’en est écœurant. L’angoisse des Palestiniens d’Hébron, par exemple, est purement et simplement ignorée, car la situation en Cisjordanie est vue par le monde extérieur comme étant relativement tolérable et harmonieuse comparée à celle de Gaza ;
Ici un simulacre de légalité et d’impartialité camoufle les atrocités de manière plus convaincante.

Il y a peut-être un autre facteur, ‘la lassitude palestinienne’ – la longévité du combat laisse à penser que la crise est en fin de compte insoluble, et génère de l’apathie dans les cercles étrangers. Pourtant la déclaration du Cabinet la semaine dernière selon laquelle la guerre pour éliminer Daech peut ‘prendre jusqu’à deux ans’ [7] ne présage rien de bon quant à l’occupation.

Tant que l’impasse entre Assad, Daech, la Russie et l’Occident perdure sans qu’elle ne laisse apparaître la moindre brèche, le problème de la négation des droits des Palestiniens de plus en plus isolés et assiégés et de l’usurpation de leur terre par les colons israéliens est voué à être écarté car considéré comme un nœud si inextricable qu’il ne vaut pas la peine d’être défait.

Hébron sert de microcosme pour la violence, l’humiliation, et les sévices quotidiens auxquels le peuple palestinien est soumis dans toute la Cisjordanie et partout dans les territoires occupés. Mais à part les expressions d’embarras occasionnelles, le monde est globalement indifférent à la souffrance élégiaque de la Palestine. Maintenant, avec l’apparition des horreurs commises par Daech et les gesticulations géopolitiques qui ont accompagné la lutte engagée par le groupe avec Assad, les eaux du Moyen-Orient sont devenues encore plus troubles.

Elles sont devenues si troubles, en fait, que les racines du problème de la région sont de plus en plus difficiles à discerner.

Notes :

[1] https://electronicintifada.net/blog...
[2] http://972mag.com/the-only-way-to-e...
[3] http://www.stopthewall.org/2014/05/...
[4] Voir 1
[5] https://www.amnesty.org/en/document...
[6] Refusal, Transition and Post-Apartheid Law Karin van Marle p.47
[7] http://www.theguardian.com/world/20...

17 décembre - CounterPunch - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.counterpunch.org/2015/12...
Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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