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Grève des Palestiniens d’Israël pour protester contre les assassinats commis par la police

mercredi 28 janvier 2015 - 21h:24

Patrick O. Strickland

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Mort dimanche soir par une inhalation excessive de gaz lacrymogène, Sami Ziadna est le cinquantième citoyen Palestinien d’Israël tué par la police israélienne depuis octobre 2000.

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Funérailles de Sami Jaar, assassiné la semaine dernière par la police israélienne - Photo : ActiveStills/Oren Ziv

Avec la propagation du mouvement de protestation à travers les communautés Palestiniennes de l’actuel Israël, treize manifestants non armés ont été tués par balles par des officiers de police dans la Galilée du nord. Depuis, les citoyens Palestiniens d’Israël sont soumis à une brutalité israélienne permanente.

Les Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne sont estimés à 1,7 million. Néanmoins, des dizaines de lois discriminatoires répriment et étouffent leur expression politique et limitent leur accès aux ressources de l’État, notamment la propriété terrienne et l’éducation.

Originaire de la ville de Rahat, au sud de Naqab (le Néguev), Ziadna a été tué lors des funérailles de Sami Jaar, un Bédouin Palestinien de 22 ans, originaire de la même ville. Il a été assassiné mercredi dernier par la police israélienne lors d’un accrochage avec des jeunes de la localité.

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Nuages de gaz lacrymogènes sur le cimetière de Rahat lors d’affrontements entre la police et les habitants le 18 janvier. Les affrontements ont éclaté pendant les funérailles de Sami Jaar, assassiné la semaine précédente par la police - Photo : ActiveStills/Oren Ziv

Jeudi dernier, les Palestiniens de l’actuel Israël ont entamé une grève générale à l’échelle nationale. Les manifestations se sont poursuivies dans des villes comme Rahat, Beir al-Sabe (Beersheba), Haïfa, Nazareth, Tel Aviv et ailleurs. Une grève générale de trois jours a interrompu les affaires courantes au Naqab.

« Tout compte fait, la grève a été une grande réussite, » estime Nadim Nashif, directeur de Baladna ; un groupe de défense palestinien basé à Haïfa. « À travers toute la Galilée, et bien que nous soyons géographiquement éloignés du Néguev, le sentiment de solidarité a été suffisamment fort et puissant pour que les gens réagissent en fermant leurs commerces et en refusant d’envoyer leurs enfants à l’école, » explique-t-il à The Electronic Intifada.

Transmettre un message

Les gens s’y sont réellement engagés, notamment les jeunes et les enfants d’âge scolaire, » poursuit Nashif qui ajoute que les grèves et les manifestations ont clairement « transmis un message aux Israéliens. »

Pendant ce temps, les médias israéliens étaient « occupés à diaboliser les Bédouins Palestiniens dans le sud, c’est-à-dire dans le Néguev. L’image qu’Israël veut véhiculer est celle de Palestiniens qui s’attaquent à la police et ce, dans une tentative de faire passer la police israélienne pour la vraie victime, » ajoute-t-il.

A Haïfa, des dizaines de manifestants sont, depuis dimanche, sortis dans la ville et ont marché pendant trois nuits consécutives. Malgré le déploiement d’un important dispositif sécuritaire et policier dans la journée du mardi, environ cent personnes ont brandi le drapeau palestinien et ont descendu la rue Ben Gourion, le pôle touristique de la ville.

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La police israélienne arrêtent un jeune Palestinien lors d’affrontements après les funérailles de Sami Ziadna dans la ville de Rahat le 19 janvier - Photo : ActiveStills/Oren Ziv

Ils ont crié, en arabe « Nous vengerons le martyr avec notre âme et notre sang. » D’autres ont scandé « Du Néguev à Haïfa, nous résistons à la police. »

Ailleurs, à l’Université Hébraïque de Jérusalem, des étudiants Palestiniens ont tenu des manifestations le lundi et le mardi. Au fur et à mesure que les manifestants se rassemblaient mardi en face de la cafétéria du campus, des employés ont accroché sur l’immeuble des dizaines de drapeaux israéliens.

« Il est clair qu’ils ont agi de la sorte en réponse aux protestations précédentes, » estime Farah Bayadsi, avocate et militante des droits de l’homme basée à Jérusalem.

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Talal al-Krenawi, le maire de la ville bédouine de Rahat, expose le 19 Janvier les munitions tirées par la police israélienne lors des affrontements de la veille - Photo : ActiveStills/Oren Ziv

Pour Majd Hamdan, secrétaire de la branche étudiante du parti politique Balad à l’Université Hébraïque, le groupe qui a organisé la manifestation dans le campus, « il était de notre devoir de sortir et protester au nom des martyrs de Naqab. En notre qualité d’organisation estudiantine, nous avons également tenu des grèves dans les universités israéliennes. »

« Pour le moment, nous n’avons enregistré aucune arrestation. Toutefois, la présence de la police pour nous intimider a été très visible. En tant que mouvement étudiant, nous sommes censés jouer un rôle important dans la lutte contre l’injustice et la brutalité de la police, » souligne Hamdan.

Le sang Arabe est précieux

D’après Arabs48 - une publication en langue arabe - lorsqu’une dizaine d’étudiants ont, mercredi dernier, protesté au sein de l’Université Ben Gourion de Beersheba, la police a répondu par la détention et l’interrogation de trois des manifestants.

A l’Université Tel Aviv, environ deux cents étudiants Palestiniens ont protesté, mardi après-midi, contre la violence pratiquée par la police.

« Les policiers étaient très nombreux à intervenir, » confie Mohamed Osama Eghbariya, militant étudiant. « Nous sommes venus pour faire part de notre refus et exprimer notre opposition aux actes monstrueux par lesquels la police israélienne tue les Palestiniens. »

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Funérailles de Sami Ziadna, dans la ville bédouine de Rahat le 19 janvier. Ziadna est décédé après avoir inhalé des gaz lacrymogènes lors de l’enterrement d’un jeune palestinien assassiné par la police israélienne - Photo : ActiveStills/Oren Ziv

Mercredi soir, une dizaine d’étudiants Palestiniens et des militants de gauche se sont rassemblés devant l’Université Tel Aviv pour une veillée aux chandelles. Eghbariya a expliqué à The Electronic Intifada : « Nous avons la ferme intention de poursuivre nos actions directes et de protester dans le campus au cours de la semaine prochaine. Nous voulons continuer de résister à l’injustice jusqu’à ce que la violence policière cesse une bonne fois pour toutes. »

Et de poursuivre : « L’oppression de la police n’a pas ralenti au fil des dernières années, bien au contraire, elle ne cesse de s’accentuer. »

Côté israélien, et bien que la police prétende que le Mahash, l’organisme gouvernemental chargé d’examiner les réclamations contre les abus de la police, est en train d’enquêter sur les derniers meurtres dans le Naqab, la majorité écrasante de citoyens savent qu’il ne faut pas espérer que justice soit faite aux familles des victimes.

Dans un rapport sur la violence exercée par la police, publié par Adalah en septembre 2014, il est clairement souligné que « le Mahash continue d’offrir une large immunité à la police qui est pointée du doigt, et protège les responsables des mesures disciplinaires censées punir leurs actes de brutalité, de violence et de répression, » y compris les meurtres.

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La police israélienne traitent un manifestant blessé après avoir été renversé par une voiture de police le 20 janvier lors d’affrontements dans la ville bédouine de Rahat, suite à une manifestation condamnant l’assassinat de deux habitants par la police israélienne dans la dernière semaine - Photo : ActiveStills/Oren Ziv

Et justement, Adalah a découvert que des 11.282 plaintes contre les abus de la police, introduites entre 2011 et 2013, le Mahash a classé 93% des cas « avec ou sans investigation. » Plus alarmant encore, seulement 3.3% de décisions de mesures disciplinaires contre des officiers de police ont été prises, et un faible taux de 2.7% ont fait l’objet de poursuites.

Le rapport d’Adalah conclut : « Ceci garantit l’impunité des actions des policiers et constitue un facteur qui permet aux forces de police de recourir à la violence contre les citoyens Israéliens, plus particulièrement contre les citoyens Palestiniens. »

De retour à Jérusalem, l’étudiant militant Majd Hamdan a affirmé que les manifestations se poursuivraient tant que la police continuera de traiter la vie des Palestiniens avec mépris. Nous devons protester pour leur montrer que le sang arabe est d’autant plus précieux. »

22 janvier 2015 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
http://electronicintifada.net/conte...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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