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Il n’y a aucun espoir d’un cessez-le-feu durable à Gaza

dimanche 7 septembre 2014 - 08h:18

Sharif Nashashibi

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Du fait qu’il contourne les problèmes les plus importants, le dernier accord de cessez-le-feu pave la voie d’un nouveau conflit.

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Funérailles le 21 juillet des membres de la famille Abou Jami massacrés la veille lors d’une attaque israélienne sur le quartier Bani Suhaila à Khan Younis, au sud de la bande de Gaza - Photo : ActiveStills/Basel Yazouri

La joie du cessez-le-feu à Gaza risque d’être de courte durée, si l’on en juge par le contenu même de l’accord et les actions et déclarations qui l’ont suivi. Quand on l’analyse, on s’aperçoit qu’il reproduit les erreurs des précédents accords : une formulation vague et le report des pourparlers sur les questions fondamentales.

Ce sont peut-être ces failles qui ont conduit le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou à dire qu’il « n’avait accepté aucune demande du Hamas ». Il est donc étonnant que le mouvement palestinien et ses alliés célèbrent l’accord de cessez-le-feu comme une victoire.

L’Égypte n’est pas mentionnée ni la fin du blocus par Israël, et pourtant ce sont les demandes de loin les plus importantes des Palestiniens pour Gaza. Les deux pays vont sans doute ouvrir des postes frontières, mais pas tous. Il y aura un allègement du blocus, mais on ne sait pas dans quelle mesure. Étant donné les restrictions passées et leur hostilité envers le Hamas, il sera très probablement limité et chaque minuscule allègement sera décrit comme une concession de première importance.

Et il n’y a aucune mention du problème plus large et plus crucial d’un état palestinien. Juste après le cessez-le-feu, le ministre israélien, Ofir Akunis, a réaffirmé clairement la position officielle de son pays. « Aucune nation ne renonce à sa patrie, » et les territoires occupés de Cisjordanie « sont le berceau de la nation juive, » a-t-il déclaré, ajoutant : « Revenir aux frontières de 1967 serait un suicide national. »

Cela fait écho à cette déclaration que Netanyahou a faite en juillet dernier : « Nous n’accepterons jamais un accord qui nous oblige à renoncer au contrôle de la sécurité des territoires situés à l’ouest du Jourdain ». C’est à dire, la Cisjordanie.

« Cette phrase signifie tout simplement que Netanyahou n’acceptera jamais l’instauration d’un état palestinien, » commente David Horovitz, le rédacteur en chef du Times of Israel. Israël sépare complètement Gaza du conflit palestinien dans son ensemble. Aucune trêve ne peut durer dans ces conditions.

Il est prévu que l’Autorité Palestinienne se charge de l’administration des frontières de Gaza à la place du Hamas, et qu’elle coordonne l’effort de reconstruction avec les donateurs internationaux. Mais cela ne pourra se faire que si l’accord de réconciliation palestinienne est pérenne.

C’est un grand si, étant donné l’opposition véhémente d’Israël à cet accord, ses efforts pour le saboter, et la dégradation du climat de confiance et de coopération entre le Hamas et l’AP pendant le récent assaut contre la Cisjordanie, puis contre Gaza. Si le processus de réconciliation s’enraye une fois que l’AP aura pris l’administration de Gaza au Hamas, cela pourrait aboutir à une réédition du conflit ouvert qui les a opposés en 2007, pour la plus grande joie d’Israël.

Il est prévu qu’Israël ramène la zone tampon de Gaza à 100 mètres au lieu des 300 mètres actuels si la trêve se maintient. Même s’ils le font, il restera une zone tampon avec des terres cultivables que les Palestiniens n’auront pas le droit d’exploiter. Sa réduction n’est pas une concession. Israël n’accepterait jamais une zone tampon sur son propre territoire, alors pourquoi le peuple de Gaza devrait-il l’accepter ?

Il est prévu qu’Israël étende la zone de pèche de Gaza à 6 miles marins (9.6 kilomètres) au lieu des 3 (4.8 kilomètres) miles actuels. Cette mesure figurait déjà dans le précédent accord de cessez-le-feu en 2012, mais Israël est revenu dessus quelques mois plus tard.

Avant que le soldat israélien Gilad Shalit ait été pris en otage en 2006, Les Palestiniens avaient le droit de pécher à 12 miles marins des côtes et les accords d’Oslo - signés dans les années 1990 - permettaient aux pécheurs de Gaza de pécher à 20 miles des côtes. En conséquence les 6 miles ne sont en aucun cas une concession - sans compter qu’il n’est pas tolérable qu’Israël décide de ce que les Palestiniens ont le droit de faire dans leurs propres eaux territoriales.

Les questions de long-terme

Comme c’est toujours le cas dans les accords de cessez-le-feu israélo-palestiniens et dans le "processus de paix" israélo-palestinien dans son ensemble, les problèmes les plus importants, sont repoussés à plus tard. Cela laisse tout le temps et les opportunités nécessaires au sabotage de l’accord à coup d’actions et de déclarations diverses.

Au nombre de ces problèmes cruciaux, il y a la libération des prisonniers palestiniens arrêtés en Cisjordanie à la suite de l’enlèvement et du meurtre des trois jeunes colons en juin. L’AP veut aussi qu’Israël libère les prisonniers qu’elle avait accepté de relâcher au début de l’année avant de se rétracter.

Israël n’a pas dit s’il allait les relâcher et comme il a violé une précédente promesse de relâcher des prisonniers pendant des pourparlers avec l’AP, on peut douter qu’il le fasse.

Même si Israël en libérait quelques uns, il les ré-arrêterait sans doute ou il en arrêterait plus qu’il n’en relâcherait, selon son habitude. De plus, il exigerait sûrement une contre partie inacceptable comme la renonciation des Palestiniens à les poursuivre devant la Cour Pénale Internationale.

Israël veut qu’on lui rende les corps et les effets personnels des soldats tués pendant l’agression. Il est déraisonnable de penser que les combattants palestiniens aient pu garder tout cela précieusement - ou même songé à le faire - pendant qu’Israël réduisait Gaza en cendres par d’incessantes attaques aériennes, navales et au sol. Mais cela n’empêchera pas Israël de considérer comme une violation du cessez-le-feu, le fait qu’on ne leur rende pas tout.

Les Palestiniens veulent un port à Gaza, et que l’aéroport - ouvert en 1998 mais fermé depuis 2000 après qu’Israël l’ait bombardé - soit reconstruit. Bien qu’il y ait eu des projets de construire un port à Gaza depuis les accords d’Oslo, Israël s’y est toujours opposé.

En réponse à la déclaration d’Abbas comme quoi il allait demander à la communauté internationale de fixer une date butoir au retrait israélien des territoires palestiniens occupés, Akunis a dit la semaine dernière que les chances d’une telle chose de se produire « étaient comparables à celles qu’Israël accepte que Gaza ait un port et un aéroport. » Autrement dit, il ne faut pas y compter.

Israël veut la démilitarisation totale de Gaza, mais pour le Hamas et le Jihad Islamique il n’en est absolument pas question. « Les armes de la résistance sont sacrées et nous n’accepterons pas qu’elles soient l’objet de discussions », a dit le leader du Hamas, Khaled Meshaal, ajoutant : « Cela n’est pas négociable. » Pourquoi les factions palestiniennes accepteraient-elles de renoncer à leurs armes alors que l’occupation, la colonisation et la dépossession de leur pays ne se relâchent pas ?

Au vu de tous ces problèmes, ce serait déjà formidable d’arriver à la table des négociations. Il est possible que Netanyahou pense que ce n’est pas dans son intérêt de commencer des négociations, que de toutes façons il fera traîner en longueur. Le soutien des Israéliens à sa politique a grimpé pendant l’agression contre Gaza culminant à 82% d’opinions favorables au début de l’invasion terrestre. Depuis qu’il a accepté le cessez-le-feu, sa côte de popularité est redescendue à 38%.

La conclusion que lui-même et ses rivaux politiques peuvent fort bien tirer de tout cela, c’est que, si l’électorat israélien veut la guerre, eh bien il vaut mieux pour leur carrière qu’il la fasse. Dans ces circonstances, il est probable que la mort et la destruction ne tarderont pas à s’abattre de nouveau sur le peuple de Gaza.

* Sharif Hikmat Nashashibi est président et cofondateur de Arab Media Watch, organisme de surveillance indépendant, créé en 2000 pour inciter à des couvertures plus objectives des questions arabes dans les médias britanniques.

Du même auteur :

- Le dilemme que pose la Syrie aux Palestiniens - 30 juillet 2012

1er septembre 2014 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/column...
Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet


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