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Des nationalistes arabes se battent aux côtés de la Syrie

samedi 10 mai 2014 - 07h:17

Rana Harbi

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Des centaines de nationalistes arabes du pays* ont formé leur propre milice de volontaires, la Garde Nationale Arabe (GNA), pour combattre en Syrie dans le camp du régime de Bashar al-Assad.

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Membres de la Garde arabe nationaliste en Syrie. (Photo : Arab Nationalist Guard - page Facebook)

« Je regardais la TV et mes yeux sont tombés sur un drapeau étasunien qui flottait au milieu de la foule de l’opposition qui à l’époque tenait la ville de Hama, » a dit Nidal, une jeune nationaliste arabe du Liban qui a rejoint la GNA, à Al-Akhbar.
« Vous vous imaginez l’humiliation et le profond dégoût que j’ai ressenti quand j’ai vu le drapeau [étasunien] flotter en Syrie ! »

Tout en déposant la cendre de sa cigarette dans le cendrier, Nidal cita les célèbres paroles de Gamal Abdel Nasser, le premier leader pan-arabe : « Quand les États-Unis sont contents de moi, cela veut dire que je suis sur la mauvaise route. »

Nasser, le vieil ami de Nidal qui fait lui aussi partie de la GNA et porte un petit drapeau rouge, blanc et noir épinglé sur sa chemise, intervint alors :

« En 2013 les États-Unis ont brutalement annoncé leur intention d’attaquer la Syrie, » dit Nasser. « A ce moment-là j’ai compris que nous, en tant que jeunes Arabes appartenant au Mouvement Nationaliste Arabe (MNA), nous ne pouvions pas rester neutres devant ce combat dont l’enjeu était la survie de la Syrie ou alors la partition non seulement de la Syrie mais de la nation arabe. »

La GNA a été créée en mai 2013 - à la suite de plusieurs frappes israélienne en Syrie - par Abu A’ed, un citoyen libanais de la ville de Jabal Amal au sud du Liban. Abu A’ed et plusieurs de ses camarades du Camp de la Jeunesse Nationaliste Arabe (CJNA) ont décidé de créer la NGA pour préserver le concept et l’idée du pan-Arabisme que l’ingérence occidentale en Syrie était en train de détruire.

Abu A’ed, qui doit avoir la trentaine, fait profil bas pour ne pas être arrêté par les autorités libanaises qui l’ont déjà détenu et questionné plusieurs fois à propos de ses activités en Syrie. Le manque de preuve les a forcés à le relâcher à chaque fois. Il a autrefois combattu en Irak contre l’invasion étasunienne, mais il passe désormais la plus grande partie de son temps en Syrie.

La milice est composée de membres, anciens et actuels, du CJNA, un camp de jeunesse qui regroupe des Arabes de plusieurs régions et mouvements pan-arabes et qui a été créé en 1990 pour faire revivre le concept du nationaliste arabe. Aujourd’hui, les membres du Camp se réunissent annuellement dans des pays différents pour discuter de questions sociales et politiques.

Le CJNA est un rejeton du Mouvement Nationaliste Arabe (MNA) dont l’origine remonte aux années 1940 et qui était dirigé par l’intellectuel marxiste palestinien, George Habash. Dans les années 1950 son groupe s’est allié avec l’intellectuel syrien, Constantin Zureiq, et ensemble ils ont formé le MNA dont l’idéologie pan-arabe rejetait l’impérialisme et le Sionisme et prônait la formation d’une seule nation arabe, de l’Atlantique à la mer d’Oman, dans laquelle tous les Arabes seraient réunis au lieu de vivre sous la domination d’extrémistes sectaires, religieux ou ethniques.

Ce mouvement a profondément influencé les partis pan-arabes qui se sont ensuite créés dans la région.

« En mai 2013, la GNA, en collaboration avec l’armée syrienne, a mis en place des camps militaires sur le mont Qasioun, » a expliqué le frère d’Abu A’ed. « Et c’est comme cela que nous sommes entrés dans la lutte. »

La GNA se compose actuellement de quatre bataillons qui portent tous des nom de leaders morts au combat : Wadih Haddad, un combattant nationaliste arabe palestinien du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) qui a organisé des détournements d’avions dans les années 1960-70 ; Mohammed Brahmi, un homme politique tunisien laïque qui a fondé le Mouvement du Peuple Arabe Nationaliste et Socialiste après le renversement du dictateur Ben Ali pendant la Révolution Tunisienne et qui a été ensuite assassiné par les Islamistes en juillet 2013 ; Haidar al-Amali, un penseur et homme politique nationaliste arabe moderne connu d’origine libanaise, qui a été blessé dans la guerre israélienne de 2006 et qui est mort de ses blessures ; et Jules Jammal, un officier de la marine syrienne qui a coulé un navire français pendant la guerre du canal de Suez fin 1956.

Selon les combattants de la milice, le nombre de recrues, surtout en provenance d’Égypte et de Palestine, a augmenté notablement après les menaces étasuniennes de bombarder la Syrie en septembre 2013.

Les combattants de la GNA coopèrent étroitement avec l’armée syrienne et les Forces de Défense Nationale (FDN), et ils opèrent dans plusieurs régions de Syrie dont les gouvernorats de Damas, Daraa, Homs et Alep. Tandis que les FDN ne sont constituées que de milices syriennes, les combattants de la GNA viennent de plusieurs pays arabes comme la Palestine, le Liban, la Tunisie, l’Irak, l’Égypte, le Yémen et la Syrie.

L’armée syrienne assure l’entretien des combattants ainsi que leur entraînement au combat et à l’usage des armes dans la GNA ou dans des camps militaires syriens de Damas. Les combattants doivent aussi suivre des cours sur la nationalisme arabe avant de devenir officiellement des Gardes.

Pour le moment, la GNA comporte 1000 Gardes plus tous les volontaires dont le nombre fluctue en fonction de l’endroit ou de l’aptitude au combat. Neuf combattants de la GNA ont été tués jusqu’ici et plus de 40 volontaires ont perdu la vie.

La majorité des combattants ont entre 18 et 30 ans et quelques uns 16 et 17 ans. Les anciens officiers des armées irakiennes et égyptiennes, et les membres des groupes palestiniens ont la cinquantaine et leur rôle est d’entraîner les plus jeunes et de coopérer avec l’armée syrienne dans l’élaboration des tactiques militaires plutôt que de se battre sur le terrain.

La GNA n’existe que depuis un an, mais beaucoup de ses membres se sont battus auparavant en Libye, Palestine et Irak.

« En tant que nationalistes arabes, nous nous battons pour la survie d’Assad, pour la survie de la nation arabe, » dit Nidal. « Tout comme nous nous sommes battus en Libye contre l’OTAN dans les Forces de Défense Arabes, et en Irak contre l’invasion étasunienne, et à Gaza contre les forces d’occupation israéliennes avec les Brigades de la résistance Arabe et bien sûr le FPLP. »

Toutefois, selon les membres de la GNA, leur présence en Libye et en Irak a eu une influence limitée à cause du manque d’armes et de fonds.

« L’armée syrienne nous a accueillis, nous a fourni des armes et nous a entraînés, » ajoute Nasser. « En Irak et en Libye, ni le régime, ni l’armée n’avaient les moyens de le faire. »

Jusqu’ici la GNA a participé aux batailles de Hatita al-Turkoman, Barza, Mazaraa al-Qasimiya, al-Bayyada, al-Sbeneh al-Kubra et des banlieues de Shebaa dans la province de Damas.

Elle a aussi joué un rôle dans le Ghouta occidental et oriental et dans l’offensive qui a eu lieu dans la région de al-Qalamoun. Ses membres ont aussi combattu à Saidnaya, dans la région de Quneitra, Tal al-Jabyeh, à Tal al-Hara et dans le village de al-Dawayeh al-Saghira.

Les combattants étrangers

Beaucoup de gens qualifient la crise syrienne de guerre civile, mais la présence de combattants étrangers venus de tous les coins du monde dans les deux camps montre qu’il s’agit d’un conflit mondial et non local, un conflit entre des forces internationales aux intérêts et aux idéologies divergents. Dr Jamal, un officier en chef de 36 ans dans l’armée égyptienne, se qualifie lui-même, selon ces compagnons de lutte, comme « d’abord un Arabe, ensuite un Arabe et enfin un Égyptien ».

Dr Jamal a quitté l’armée égyptienne en juin 2013 après que les Frères Musulmans affiliés au Président Mohammed Morsi aient exprimé leur soutien à l’opposition syrienne et réclamé l’intervention internationale dans la crise. Plus tard il a décidé de rejoindre la GNA.

Pour les Égyptiens nationalistes, Bashar al-Assad et le parti Baath sont confrontés à une guerre similaire à la guerre du canal de Suez contre Abdel Nasser.

Ahmed Osman, connu sous le nom de Abu Bakr al-Masri, a été le premier combattant égyptien de la GNA à tomber au combat. Selon la rubrique nécrologique de la GNA, Abu Bakr, qui était dans le bataillon Jules Jammal, est tombé dans la bataille pour « libérer Qarra du Wahhabisme dans la province de Al-Qalamoun » en octobre 2013 ; « il a tenu sa promesse à la nation arabe et à son peuple et a rejoint ceux qui ont eu l’honneur et la fierté de défendre l’unité et la dignité de la République Arabe Syrienne. »

Fidaa al-Iraqi, la plus jeune recrue de la GNA qui a 16 ans et vient d’Irak, est actuellement soigné à Damas après avoir été blessé dans la bataille de Tel al-Ahmar, une colline stratégique de la province rurale de Quneitra.

En plus des Irakiens, Égyptiens et Yéménites, de nombreux Libanais ont aussi rejoint les rangs de la GNA.

« Nous nous sommes battus avec mais aussi contre des combattants libanais sur le front en Syrie » a dit Arabi, un combattant de 25 ans qui est revenu au Liban après avoir été blessé dans une bataille à Daraa, à Al-Akhbar. « Nous nous sommes battus aux côtés du Hezbollah et du parti Nationaliste Social Syrien (PNSS) contre des combattants libanais de différentes provinces du Liban. »

Selon Arabi, des centaines de combattants libanais [qui se battent avec l’opposition syrienne] se considèrent d’abord et avant tout comme des Musulmans plutôt que comme des Libanais ou des Arabes et c’est pourquoi ils ont choisi le camp de l’opposition.

« L’opposition syrienne est désormais dominée principalement par des combattants islamistes et des djihadistes étrangers liés à al-Qaeda qui se sont toujours opposés aux nationalistes arabes et ont depuis longtemps abandonné la cause palestinienne, » a ajouté Arabi. « Abdel Nasser les a combattu par le passé et nous les combattons aujourd’hui. »

La GNA croit que l’Occident, qui manipule les extrémistes islamistes du monde arabe, a orchestré les Printemps Arabes pour atomiser le monde arabe, exploiter ses ressources, coloniser sa population et affaiblir ses armées pour les empêcher de se battre contre Israël.

Pour l’opinion arabe, l’opposition syrienne actuelle a trahi la cause palestinienne en coopérant avec Israël et les États-Unis pour renverser Assad.

« Le mardi 18 février 2014, Benjamin Netanyahou a rendu visite à des rebelles syriens soignés dans des hôpitaux israéliens et l’opposition syrienne lui a exprimé sa profonde gratitude, » a dit Arabi.

« Des soldats de l’armée syrienne sont morts dans des tunnels en amenant des armes de contrebande à la bande de Gaza, » a-t-il ajouté.

Les combattantes

Tout comme la nouvelle force paramilitaire syrienne appelée les Lionnes de la Défense Nationale qui comporte plus de 500 combattantes, la GNA a recruté environ 70 combattantes de 19 à 35 ans venant de différentes provinces de Syrie, pour garder les checkpoints et assurer la sécurité à divers endroits.

Dalal, une étudiante de 22 ans de Raqqa, vêtue d’un treillis et armée d’une Kalashnikov, est une de ces combattantes.

« Quand le conflit syrien a éclaté en 2011, les nationalistes arabes se sont divisés, » dit Dalal à Al-Akhbar. « Est-ce que c’était une vraie révolution ou le fruit d’un complot occidental ? »

A cette époque, Dalal faisait partie des premiers soutiens de l’opposition et elle souhaitait ardemment renverser Assad.

« J’avais tort », ajoute Dalal. « Je ne regrette pas de m’être opposée au régime, après tout le régime avait beaucoup de torts, mais je regrette d’avoir soutenu la révolution. »

Selon Dalal, les seigneurs de la guerre et les extrémistes islamistes ont généré beaucoup d’amertume dans la population en multipliant les pillages et en semant la terreur dans les endroits qu’ils contrôlaient.

« Aussitôt après avoir pris Raqqa, les supporters d’al-Qaeda ont imposé une interprétation très dure de la loi islamique. La loi de la Shari’a a été établie et des châtiments sommaires ont été infligés, » a expliqué Dalal. « Les femmes ont dû se couvrir la tête et renoncer au maquillage, à la musique, à la photo, aux cigarettes et même à l’éducation. »

Quand un homme a eu la tête coupée, Dalal, s’est rendu compte qu’elle ne pouvait en supporter davantage.

« Des centaines de personnes dont des enfants entouraient un otage enchaîné en chantant ’Dieu est grand’ pendant que le bourreau, un étranger à la barbe rousse vêtu d’une courte robe beige, se préparait. Puis le bourreau s’est penché et a commencé à couper doucement la tête du prisonnier avec un petit couteau mal aiguisé. »

Ulcérée par la multiplication des mauvais traitements infligées aux Syriens en général et aux Syriennes en particulier, et motivée par son idéal nationaliste, Dalal a décidé de prendre les armes et se rejoindre la GNA.

« Je ne voulais pas rejoindre les Lionnes de la Défense Nationale, » s’est exclamée Dalal. « Je ne suis pas une ’lionne,’ Je suis une nationaliste arabe. »

Note : * le Liban

De la même auteure :

- Le féminisme en Islam : combattre la théologie par la théologie - 7 mai 2014

5 mai 2014 - Al-Akhbar - Vous pouvez consulter l’original à :
http://english.al-akhbar.com/node/19649
Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet


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