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Gaza : malgré sa force militaire et sa cruauté, l’État sioniste n’a rempli aucun de ses objectifs

mercredi 28 novembre 2012 - 15h:54

Abdel Bari Atwan

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La guerre des derniers sept jours sera enregistrée dans l’histoire du conflit israélo-arabe comme le plus grand échec militaire israélien. Aucun de ses objectifs de guerre n’a été atteint : en fait, c’est tout le contraire qui s’est produit, et la résistance palestinienne dans la Bande de Gaza s’est retrouvée en première position, militairement et politiquement.

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Enterrement a Gaza le 19 novembre 2012, des neuf membres de la famille Dallu, tous massacrs dans leur maison par les forces israliennes d’occupation israéliennes le jour précédent Photo : Ali Ali/EPA

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est arrivé au pouvoir sur la base de deux promesses : premièrement, qu’il n’entrerait jamais en pourparlers avec le Hamas et le Jihad Islamique et, deuxièmement, qu’il écraserait Gaza et l’effacerait de la carte.

Khaled Mishaal du mouvement Hamas et le Dr. Ramadan Abdullah Shallah du mouvement du Jihad Islamique étaient au coeur des négociations avec Israël et la médiation égyptienne, contrôlant chaque mot dans l’accord proposé pour une trêve, et le gouvernement du Hamas dans la Bande de Gaza restera en place, et sortira renforcé de cette guerre.

C’est la première fois depuis que le conflit a commencé qu’un gouvernement israélien a prié pour obtenir un accord de cessez-le-feu et donné aux efforts diplomatiques une occasion de trouver une sortie pacifique à la crise. Israël n’a jamais attribué le moindre crédit à la diplomatie et a toujours préféré employer la force afin d’imposer une réalité sur le terrain, ensuite pérennisée par des pactes politiques.

Le dernier épisode où Netanyahu a éructé une litanie de menaces creuses, s’est conclu de façon désastreuse pour lui. Il ne sera plus jamais pris au sérieux quand il parlera de bombarder les installations nucléaires en Iran, ou de détruire les capacités militaires du Hezbollah [résistance libanaise] au sud du Liban. L’homme s’est avéré être un poltron, incapable de conduire une guerre contre ses ennemis, et bien plus qu’un lâche dans son incapacité de consolider n’importe quel genre de Traité de paix : un homme uniquement bon pour fanfaronner, incapable de faire réellement quelque chose.

Netanyahu acceptera probablement l’accord de trêve sans pouvoir imposer toutes ses conditions à l’autre partie parce qu’il ne veut pas engager une invasion au sol - même partielle - terrifié qu’il est à l’idée des surprises qui l’attendent, après avoir été durement secoué de voir la résistance palestinienne envoyer des roquettes jusqu’à Tel Aviv.

Si la fusée Fajr-5 - qui coûte à peine 5000 dollars – est capable de pénétrer le Dôme de Fer dont chaque missile coûte plus de 50 000 dollars, cela démontre la faiblesse d’un système qui a coûté des milliards de dollars, tandis que c’est le frère de la fusée Fajr-5, le missile antichar Cornet, qui a empêché Netanyahu et son ministre Ehud Barak de commettre la folie d’envahir la Bande de Gaza.

Nous écrivons ces mots avant que les articles de l’accord de trêve aient été publiés, et certains de ceux-ci bénéficieront certainement à Israël. C’est normal et prévu. D’autres articles, plus importants, bénéficieront à la résistance, renforçant d’abord ses moyens militaires et en second lieu, sa légitimité politique.

La Bande de Gaza a payé un lourd tribut pour ces deux accomplissements, et c’est douloureux à tous les niveaux. Les martyrs et les blessés sont nos proches et nos enfants, mais c’est une guerre qui leur a été imposée par un ennemi arrogant et terroriste, le tout au milieu d’une honteuse passivité arabe.

Les gouvernements arabes - et nous disons que ceci avec un terrible goût d’amertume dans la bouche – ne font que les guerres américaines et n’arment que ceux que Hillary Clinton souhaite armer et soutenir. La résistance palestinienne n’appartient certainement pas à cette catégorie, et la guerre contre Gaza est une guerre israélo-américaine contre un peuple honorable et assiégé, laissé mourir de faim, exposant au grand jour la soumission des dirigeants arabes au gouvernement des États-Unis.

Les habitants de Gaza peuvent être fiers d’être restés fermes et de n’avoir pas imploré n’importe quel dirigeant arabe de les sauver, contrecarrant les plans du gouvernement de Netanyahu tels qu’exprimés par son adjoint Eli Yishai qui s’est montré digne des Nazis en menaçant de renvoyer Gaza au Moyen Âge.

Nous ressentons tristesse et douleur en devant inscrire l’ex-Président palestinien Mahmoud Abbas et son Autorité dans la colonne des « perdants » dans cette guerre. Abbas n’a pas su se lever dans ce moment historique, et n’a pris aucune mesure un tant soit peu courageuse pour racheter toutes ses prises de position précédentes qui ont eu pour seul résultat de le mener à plus d’humiliation et d’affaiblissement.

Même la collaboration sécuritaire [avec les Israéliens], qui était la carte la plus forte en sa possession, a été détruite par cette guerre quand les fusées de la résistance - que lui et ses forces de sécurité ont toujours voulu empêcher d’être acheminées jusque dans les villes de la Cisjordanie sous occupation - ont atteint le coeur de la ville de Jérusalem occupée. Nous ne serions pas étonnés qu’elles soient la prochaine fois plus précises.

Il est triste de constater que le Président Abbas a été marginalisé dans cette guerre, comme il a été également totalement marginalisé dans les négociations pour y mettre un terme, et il n’était pas au Caire quand les négociations ont eu lieu. Nous devons, cependant, porter à son crédit son appel pour un sommet arabe et une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité.
Le Président Abbas peut renverser les rôles et récupérer son statut, s’il tournait seulement le dos aux 20 dernières années que son Autorité Palestinienne a gaspillées dans des négociations absurdes. Il devrait s’activer à la réconciliation politique [entre le Fatah et le Hams] et renforcer l’unité nationale sur la base de la résistance.

Le peuple palestinien en Cisjordanie occupé était tout simplement merveilleux dans son soulèvement pour manifester sa solidarité avec les habitants de Gaza, quand des milliers de eux se sont dirigés vers les barrages militaires et les colonis juives pour engager de violents affrontements avec l’occupant, défiant les forces de sécurité de l’Autorité [de Abbas] et d’Israël.

Le peuple palestinien a perdu 170 martyrs contre cinq ou six Israéliens dans cette guerre, ce qui est un rapport terrifiant et douloureux qui réaffirme le déséquilibre énorme de force en faveur de l’ennemi. Le tournant principal, cependant, se situe dans le progrès qualitatif accompli par la résistance et les énormes dommages infligés au moral de l’occupant israélien.

Ce qui importe n’est pas la possession de fusées qui peuvent atteindre Tel Aviv : les gouvernements Arabes ont des dizaines ou des centaines de milliers de fusées capables de cela. Ce qui importe, cependant, est la volonté de les lancer, sans crainte ni peur, et Dieu sait que la résistance a cette volonté qui manque à tous les dirigeants arabes vivants – car la seule exception est le défunt Président irakien Saddam Hussein.

Quand nous remplissons nos colonnes de « gagnants » et de « perdants », nous ne devons pas oublier l’Iran, qui s’est imposé de lui-même dans la colonne des gagnants lorsque le second dirigeant du Jihad Islamique a déclaré que chaque fusée et chaque munition tirées par son mouvement vers Israël ont été fabriquées en Iran. Celui qui ne remercie pas ses semblables ne remercie pas Dieu, a-t-il dit. Il n’y a aucun doute que ses mots irriteront beaucoup de ceux qui ont essayé de dépeindre l’Iran comme le plus grand ennemi des Arabes et des Musulmans.

Ce sont sept jours glorieux qui ont insufflé la peur dans le cœur des Israéliens, envoyant des centaines de milliers d’entre eux dans des abris à Tel Aviv, Jérusalem, Beershva, Ashkelon, Ashdod et Sderot plusieurs fois par jour pour la première fois depuis le vol de la Palestine. C’est un tournant qui confirme que le compte à rebours pour en finir avec l’humiliation et l’abaissement des Arabes a commencé, et beaucoup plus tôt que prévu.

Le peuple palestinien dans sa totalité, et non seulement à Gaza, sortira changé de cette guerre, et la même chose s’applique aussi bien à l’Israël, accord de trêve ou pas.

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

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20 septembre 2012 - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.abdelbariatwan.com/TwoBl...
Traduction : Info-Palestine.net - al-Mukhtar


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