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Alice Walker écrit à la maison d’édition Yediot

dimanche 24 juin 2012 - 07h:01

BDS Italia

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La présente lettre a été publiée avec l’autorisation de l’auteure.

Mesdames et Messieurs les éditeurs de Yediot,

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Alice Walker

J’ai été informée de votre souhait de publier mon livre « La couleur pourpre. »* Je tiens tout d’abord à vous remercier pour l’intérêt que vous portez pour le roman. Toutefois, sachez qu’il m’est impossible de vous signifier mon accord à l’heure actuelle et ce, pour une raison très simple. Vous n’êtes pas sans savoir que l’automne dernier, en Afrique du Sud, le Tribunal Russell sur la Palestine a examiné les agissements israéliens envers les Palestiniens et a estimé qu’Israël est coupable par sa pratique du régime de l’Apartheid ainsi que par la persécution du peuple Palestinien à l’intérieur d’Israël comme dans les territoires Palestiniens occupés.

Je faisais partie du jury et permettez-moi de vous avouer que les témoignages livrés par des Israéliens et des Palestiniens étaient épouvantables et accablants. Sachez, Mesdames, Messieurs, que j’ai grandi dans une période où l’apartheid américain faisait des ravages, mais croyez-moi, celui que pratique Israël est bien pire. En effet, je n’ai pas été la seule à dresser ce constat puisque même les participants sud-africains, notamment Desmond Tutu, avaient estimé que la version israélienne de ces crimes est plus grave que ce qu’ils ont subi sous le régime de la suprématie des Blancs qui ont très longtemps dominé l’Afrique du Sud.

C’est pourquoi, j’ose espérer que le mouvement non-violent de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), auquel j’appartiens, fera écho au sein de la société israélienne et incitera les citoyens à changer la situation actuelle.

A cet égard, je tiens à vous citer un exemple sur l’engagement de « la couleur pourpre » dans la lutte mondiale pour libérer l’humanité de sa tendance autodestructive qui consiste à déshumaniser des populations entières. Mon roman a été adapté au cinéma par Steven Spielberg. Le travail était énorme et chacun de nous était heureux et fier de sa contribution. Quand le réalisateur devait décider de la diffusion du film pour le public sud-africain, je me suis opposée à l’idée car, tout comme Israël, il y avait à l’époque un mouvement de BDS de la société civile qui ambitionnait de changer les politiques d’apartheid de l’Afrique du Sud et, de ce fait, changer le gouvernement.

J’ai agi spontanément. Ce n’était nullement une position difficile à prendre. J’ai l’intime conviction que pour parvenir à un changement social, il n’y a pas mieux que les méthodes pacifiques et non-violentes, même si elles n’apportent pas leurs fruits sur le court-terme. Cependant, je regrette de ne pas avoir eu l’occasion de partager à l’époque notre film avec des personnes comme, à titre d’exemple, Winnie et Nelson Mandela et leurs enfants, ou avec la veuve et les enfants de Steven Biko, le journaliste visionnaire et défenseur de l’intégrité et de la liberté africaine, sauvagement assassiné alors qu’il était en garde à vue.

Nous avons donc décidé d’attendre. Et quelle fut grande notre joie et notre soulagement lorsque le régime d’apartheid a été aboli et Nelson Mandela devenu le premier président de couleur de l’Afrique du Sud.

Et c’est seulement à cet instant que nous leur avions envoyé notre beau film ! J’avoue que jusqu’à maintenant, quand je me retrouve en Afrique du Sud, je garde la tête haute car il n’y a pas de barrières qui bloquent et obstruent l’amour et l’amitié qui existent entre le peuple sud-africain et moi.

Tout cela pour vous dire que je serais très contente que mes livres soient lus par le peuple de votre pays, plus particulièrement par les jeunes et par tous les braves et courageux qui militent pour la justice et la paix (Juifs et Palestiniens) et tous ceux avec lesquels j’ai eu énormément de plaisir de travailler. J’espère du fond du c ?ur que ce jour ne tardera à venir. Mais pour l’instant, nous devons attendre : l’heure n’est pas encore arrivée. Nous devons poursuivre notre engagement sur cette question.

Avec la foi, et grâce aux petits gestes, nous parviendrons à la construction d’un avenir où paix et justice l’emporteront.

Alice Walker


* La Couleur pourpre (The Color Purple) est un roman épistolaire écrit par Alice Walker, publié en 1982. Le roman obtient le Prix Pulitzer de la Fiction et le National Book Award en 1983. Le roman est adapté au cinéma en 1985, La Couleur pourpre de Steven Spielberg. L’histoire se situe principalement dans la campagne géorgienne où on suit la vie d’une femme sur une trentaine d’années à travers tous les déboires de la vie dus à sa position sociale minime dans la société américaine des années 1900 à 1930. [Wikipedia]

** Alice Malsenior Walker, est une écrivaine et une militante féministe américaine, et membre du jury du Tribunal Russell sur la Palestine.

17 juin 2012 - BDS Italia - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.stopagrexcoitalia.org/ne...
Traduction de l’italien : Info-Palestine.net - Niha


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