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Le sionisme : un rêve pour antisémites

mercredi 25 novembre 2009 - 06h:18

John Whitbeck

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Le soutien occidental à Israël ne couvre-t-il pas tout simplement un profond antisémitisme qui préfère maintenir les juifs à distance au Moyen-Orient, interroge John Whitbeck ?

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Colonie juive de Karmei Tzur, Cisjordanie sous occupation - la laideur et la brutalité qui s’expriment dans l’architecture de ces implantations coloniales sont la meilleure preuve du caractère irrémédiablement endogène de l’implantation sioniste en Palestine.

Dans une analyse publiée dans « The Arab News » [Jeddah] le 17 octobre, le journaliste britannique Neil Berry met le doigt sur une réalité rarement mentionnée dans les milieux policés : que le sionisme est et a toujours été un rêve antisémite devenu réalité, en donnant l’espoir que les juifs de son propre pays puissent être incités à partir et à s’établir ailleurs.

Berry écrit : « L’homme d’Etat de l’empire britannique A.J Balfour, qui a donné son nom à la déclaration, était un farouche défenseur de l’acte de 1905 pour les étrangers [Alien Act], qui avait été précisément conçu pour refouler de Grande-Bretagne les juifs qui fuyaient les persécutions dans la Russie tsariste. Il y a un siècle, les juifs immigrés étaient considérés par un grand nombre, à la façon dont le sont les musulmans aujourd’hui, comme des intrus amenant une subversion qui menaçait le mode de vie britannique... Le sionisme et l’antisémitisme sont devenus inextricablement liés. »

Citant un fait mieux connu, et à la grande honte des États occidentaux, Berry poursuit : « Au lendemain du massacre par les nazis d’environ six millions de juifs pendant la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis, l’Australie et le Canada - négligeant les requêtes de pays arabes pour que la question des juifs déplacés soit traitée comme de la responsabilité du monde entier - ont refusé d’assouplir leurs restrictions à l’immigration, s’assurant de ce fait que la grande majorité de ces déplacés iraient en Palestine, quoique beaucoup auraient préféré s’établir ailleurs... C’est avec une grande perspicacité que Herzl avait prévu que l’antisémitisme s’affirmerait comme le plus grand allié du sionisme. »

Les gouvernements occidentaux qui ne sont pas aujourd’hui anti-sémites devraient - plutôt que faire sombrer la justice, la décence humaine et le droit international dans une expérimentation raciste, suprématiste et colonialiste (et s’attirant de ce fait la haine d’une grande partie de l’humanité) - ouvrir leurs portes à tous les juifs israéliens qui pourraient souhaiter construire une nouvelle et meilleure vie pour eux-mêmes et leurs enfants, avec moins d’injustice et moins d’insécurité, en rentrant à leurs pays d’origine ou en émigrant vers d’autres pays de leur choix qui leur offriraient des droits immédiates de résidence, une aide généreuse à un reclassement et un accès rapide à la citoyenneté (s’ils ne l’ont pas déjà).

De telles « lois du retour » seraient profondément philo-sémitiques, pro-juives et — oui — anti-sionistes. Elles refléteraient une reconnaissance morale, éthique et intéressée que le sionisme, comme certaines autres « doctrines » du 20ème siècle qui a par le passé ont capté l’imagination de millions d’individus, était une idée tragiquement mauvaise, pas simplement à cause de tous les innocents saisis en route et piétinés mais également pour ceux qui l’ont adoptée. C’est une vue de l’esprit qui est indéfendable et qui ne mérite aucun soutien, et qui a déjà causé (et qui continuera à causer, si rien n’est fait contre) de graves problèmes pour l’Ouest et pour ses relations avec le reste du monde.

Les États occidentaux aiment recommander « des mesures de mise en confiance » de la part Israéliens, des Palestiniens et d’autres pays Arabes sans jamais rien offrir eux-mêmes. Une initiative multinationale pour résoudre enfin la question les fautes de l’occident contre les juifs en les accueillant pour les reclasser dans les États Occidentaux constituerait une mesure de mise en confiance énormément constructive qui serait presque universellement approuvée et devrait, logiquement, être uniquement mal considérée par les antisémites ou les sionistes, ou les deux à la fois.

Dans le pays qui, jusqu’en 1948, était appelé Palestine, la démocratie et l’égalité des droits dans un Etat unitaire, associés à la liberté de choix (avec des possibilités très intéressantes et généreusement fournies pour une réinstallation) pour ceux qui préféreraient ne pas vivre dans un tel Etat, offriraient un espoir bien plus grand pour la paix au Moyen-Orient que le recyclage cynique et sans fin d’une partition à base de « processus de paix » qui est maintenant largement reconnue comme une fraude et comme une farce et qui, même si elle « réussissait », ne ferait que légitimer , récompenser et perpétuer le nettoyage ethnique, le racisme et l’apartheid. Ce serait tout sauf une recette pour une paix durable, et encore moins une quelconque mesure de la justice.

Si les hommes politiques occidentaux se souciaient plus sur du bien-être et du bonheur des juifs au niveau individuel qu’ils ne le font pour l’argent et l’influence d’une minorité de sionistes riches et puissants (dont la plupart vivent confortablement et en toute sécurité loin du Moyen-Orient), alors la démocratie, l’égalité des droits et la liberté de choix, tous les principes devant auxquels les États occidentaux affichent une dévotion, pourraient réellement s’imposer en « Terre Sainte ». Les hommes politiques étant ce qu’ils sont, la société civile devra prendre l’initiative de délégitimer le sionisme tout en montrant la voie vers un avenir meilleur pour tous les intéressés.

Du même auteur :

- Si le Kosovo peut être indépendant, alors pourquoi pas la Palestine ? - 21 février 2008
- Sionisme : sur « le droit d’Israël d’exister » - 1° janvier 2007

17 novembre 2009 - Al Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2009/971...
Traduction : Nazem


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