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Gaza : la situation environnementale est d’une urgence majeure

lundi 11 mai 2009 - 07h:14

Erin Cunningham - The Electronic Intifada

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D’innombrables vergers de la Bande de Gaza ont à présent disparu, des fermes entières ont été rasées. Les vestiges de milliers de maisons détruites dégagent de l’amiante toxique, tandis que des infrastructures délabrées déversent des eaux usées non traitées dans la Méditerranée.

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Eaux usées et pollution dans Khan Younis - Photo : ICRC

Dans l’enclave de Gaza assiégée, une crise environnementale déjà très aiguë a encore été aggravée par la guerre récente.

Au cours des trois semaines de l’assaut sous nom de code Plomb Durci, Israël a ciblé pratiquement tous les aspects de l’infrastructure du territoire côtier. Maisons, commerces, usines, réseau énergétique, systèmes d’épuration et usines de traitement des eaux, tout a été réduit à des amas de décombres à travers la Bande de Gaza.

Selon une évaluation préliminaire des dommages environnementaux et structurels réalisée par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’attaque israélienne a non seulement aggravé les risques existants à Gaza, mais en a créé de nouveaux en contaminant aussi bien les terres que les environnements urbains et en laissant dans son sillage des quantités inouïes de déchets.

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) annonçait le mois dernier qu’il enverrait en mai une équipe d’experts de l’après-conflit dans l’enclave pour le suivi des questions qui menacent le plus la population de Gaza.

Avant la guerre, l’infrastructure de Gaza dépérissait suite à trois années de sanctions puis à 18 mois de blocus israélo-égyptien, lequel interdit l’importation de tous biens, saufs « essentiels », dans l’enclave de Gaza.

Beaucoup de zones dans Gaza, en particulier les vastes camps de réfugiés, étaient privées de systèmes d’épuration des eaux usées. Quand ils existaient, ils fonctionnaient souvent grâce à des groupes électrogènes ou sur l’électricité rationnée. L’interdiction des matériaux requis pour leur entretien, notamment le ciment, l’acier et les tuyaux, les a laissés dans un état de délabrement avancé.

Un rapport publié par le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU (OCHA) dix jours avant le lancement de l’opération Plomb durci déclarait qu’au moins 80% de l’eau fournie à Gaza « ne satisfait pas aux normes de l’OMS pour l’eau potable ».

« Une grande partie de l’entretien nécessaire est rendue impossible par le manque de tuyauterie, de pièces de rechange et de matériaux de construction. La dégradation du système qui en découle est un risque majeur pour la santé publique » dit le rapport.

Les restrictions sur les matériaux et les marchandises ont laissé 70% des terres agricoles de Gaza sans irrigation, selon l’Organisation pour l’Alimentation t l’Agriculture (FAO), tandis que les autorités locales étaient contraintes de déverser chaque jour environ 70 millions de litres d’eaux usées non traitées dans la mer. Le manque d’essence rend la collecte des ordures peu fréquente dans le meilleur des cas.

Au cours de l’assaut, les bombes israéliennes ont touché les systèmes déjà fragilisés d’épuration et de traitement des eaux, provoquant le mélange d’eau potable et d’eaux usées dans les zones les plus peuplées de Gaza.

Des obus tirés par des tanks ont touché la plus grande usine de traitement des eaux de Gaza City, envoyant des torrents d’eaux usées directement dans le voisinage, les fermes et la mer.

40% des réservoirs d’eau des toits à Khan Younis ont été endommagés ou détruits, et quatre puits entièrement détruits à Gaza City, Beit Hanoun et Jabaliya, selon le groupe chargé des eaux, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH), qui dépend de l’OCHA.

« Après la guerre, l’impact majeur a été ressenti dans les zones du nord de Gaza, où la plupart des réseaux d’eau ont été détruits » dit Najla Shawa, directrice de l’information de WASH à Gaza. « A Khan Younis aussi, seuls 30% du gouvernorat sont desservis par un réseau d’eaux usées ».

A présent ce sont dix millions de litres d’eaux usées de plus qu’avant la guerre qui sont déversés dans la Méditerranée chaque jour, selon WASH, menaçant la vie marine côtière et les pêcheries de Gaza.

Les missiles israéliens ont aussi ciblé des usines dans des zones urbaines résidentielles et rurales, dégageant des produits chimiques potentiellement toxiques dans l’air et dans le sol. Les amas de décombres qui continuent de marquer le paysage de Gaza contiendraient de grandes quantités d’amiante, une fibre minérale cancérigène beaucoup utilisée dans la construction.

« Les déchets de construction engendrés par les dernières hostilités contiennent des matériaux à risque comme l’amiante » a dit par téléphone à IPS un représentant de la section « gestion post-conflit et désastres » du PNUE à Genève. « De hauts niveaux d’exposition à l’amiante ont été corrélés au cancer du poumon ».

Plus de 20.000 bâtiments et 5.000 maisons ont été détruits, selon les autorités locales. Quelque 600.000 tonnes de déchets doivent à présent être évacuées à la suite du siège, une bonne partie des débris ayant été arasée dans le sol par les tanks israéliens.

Le sol de Gaza sera également affecté dans le long terme par l’usage qu’a fait Israël d’obus au phosphore blanc pendant la guerre, dit Sameera Rifai, représentante de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature dans les Territoires Palestiniens Occupés.

« Le sol des terres agricoles est maintenant pollué par les armes utilisées par les Israéliens, en particulier le phosphore blanc » a déclaré Mme Rifai à IPS.

Le phosphore blanc, un agent chimique incendiaire, peut demeurer non modifié dans les sédiments du sol dans les corps des poisson pendant de nombreuses années, selon l’Agence US pour les substances toxiques et les maladies.

En février des échantillons de sol gazaoui ont été testés positifs selon les examens effectués à l’Université Techniques d’Istamboul en Turquie.

La guerre a encore dégradé la capacité de collecte des ordures des municipalités, dit Basil Yasin, activiste environnemental palestinien et chercheur pour les Amis de la Terre Moyen-Orient. Les ordures et déchets de construction continuent de border les rues de Gaza, et les trois principales décharges sont combles, rapporte l’ONU.

Toutefois, aussi longtemps que le blocus est en place, et que Gaza est privé des matériaux nécessaires la reconstruction, les environnementalistes doutent de pouvoir faire grand-chose pour répondre aux problèmes environnementaux croissants de l’enclave.

« C’est une crise permanente, pas seulement cette dernière guerre, qui empêche constamment les Palestiniens de développer des projets durables » dit Mme Shawa à IPS. « Cela concerne surtout le manque d’accès aux matériaux, qui empêche la construction de réseaux d’eau et d’usines d’épuration ».

« Ces deux derniers mois, seuls deux ou trois conteneurs de tuyaux pour l’eau ont été autorisés par les Israéliens à entrer dans Gaza » dit-elle.

Mme Shawa ajoute que la dite « zone-tampon » qu’Israël a créée unilatéralement dans Gaza empêche l’évaluation et le nettoyage environnemental dans la période de l’après-conflit.

« Les gens n’ont tout simplement pas accès aux zones est et nord où se situent la plupart des usines d’épuration » dit-elle. « Les autorités municipales sont incapables d’atteindre certaines zones pour tester les niveaux de pollution de l’eau ou du sol ».

Le PNUE dit que la stabilité environnementale ne pourra pas être établie aussi longtemps que les frontières resteront fermées » selon Mme Rifai. : « Aucun progrès significatif en termes d’environnement ne peut être fait aussi longtemps que les frontières restent fermées ».

« Si nous voulons développer Gaza et maintenir ses ressources naturelles, il faut que la fermeture cesse et qu’il y ait une libre circulation des gens et des matériaux » ajoute Mme Rifai. « Sans cela, c’est inutile ».

5 mais 2009 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction de l’anglais : Marie Meert


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