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Les complices coloniaux des crimes israéliens

lundi 17 février 2014 - 11h:43

Vacy Vlazna

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« L’impérialisme n’est, après tout, qu’une forme de violence géographique », dit Edward.

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Est-ce juste mon imagination, ou voyez-vous aussi une fibre de supériorité coloniale et de racisme qui lie les États-Unis, l’Australie, le Canada et Israël ?

Pensez-y : Tous sont des anciennes colonies britanniques dont le passé est plombé du génocide à l’encontre de leurs populations natives respectives. Tous néanmoins continuent à les traiter comme des citoyens de troisième classe.

Je ne peux m’exprimer pour les États-Unis et le Canada, mais hormis la Realpolitik et le commerce des armes, un fond d’arrogance coloniale vient expliquer ce pourquoi ma « démocratie » australienne « civilisée » est complice de l’impunité israélienne dans ses crimes de guerre et crimes contre l’humanité à l’encontre de générations de familles israéliennes.

Les passés tragiques des indigènes palestiniens et australiens ainsi que les récits de leurs souffrances causées par les atrocités coloniales affichent une forte ressemblance en étant immortalisés par le sang et les grandes injustices.

Tout comme la symbiose sanglante qui existe entre l’Independence Day israélien et la Nakba en Palestine (en commémoration de la déportation et de la dépossession), l’on célèbre ou l’on pleure l’Australia Day ou l’Invasion Day du 26 janvier selon que l’on fasse partie des vainqueurs ou des vaincus.

Les Israéliens, comme les colons britanniques, justifient leur occupation brutale et le vol de masse des territoires par la doctrine de la « terra nullius », celle de la terre vide. Israël se vantait d’être venue faire fleurir le désert, mais la Palestine, des siècles durant, faisait déjà commerce d’olives, d’huile, de coings, de pignons, de figues, de caroube, de coton, de dattes, d’indigo, d’artichauts, de citrons, d’amandes, de menthe et plus encore. En Australie, les Aborigènes parvenaient à maintenir leurs réserves de nourriture à l’aide d’une gestion sophistiquée des terres utilisant le feu.

Cette île, nommée Australie par les colons et envahisseurs britanniques, était le foyer de presque un million d’habitants et d’au moins 200 nations dont les origines remontaient à 60 millénaires auparavant selon leurs croyances spirituelles du « Dreaming », leur vision de la Création.

Les guerres génocidaires et les massacres (fusils contre lances) menés par l’Empire tels qu’à Hawksbury, Nepean Richmond Hill, Risdon Cove, Appin, Bathurst, Port Phillip, Swan River (bataille de Pinjarra), Gravesend, Vinegar Hill, Myall Creek, Kinroy, Rufus R, Long lagoon, Dawson River, Kalkadoon, Cape Grim, The Black War, McKinley River ou West Kimberely (auxquels ont résisté des guerriers comme Pemulwuy, Winradyne, Multuggerah, Yagan, Jandamarra) et la famine accompagnée des maladies occidentales ont décimé la population aborigène dépossédée jusqu’à environ 70 000 représentants en 1920.

Les génocides sanglants ont depuis été remplacés par les génocides culturels, politiquement plus corrects, ou les génocides de l’identité aborigène par la politique de l’assimilation visant à éradiquer l’identité aborigène en détruisant, cruellement et systématiquement, les liens familiaux, de la tribu et des terres ancestrales.

Les natifs australiens ont été marginalisés, regroupés dans des réserves et des missions, se sont vus interdire l’entrée dans les villes « blanches », exploités comme esclaves, interdire leurs langues et rituels sacrés et les enfants de sang mêlé (Stolen Generation, la génération volée) ont été arrachés à leurs parents pour être « resocialisés », à savoir « blanchis. »

L’assimilation est le point sur lequel l’Australie, les Etats-Unis et la Canada diffèrent d’Israël. Pour Israël, l’assimilation des Palestiniens consiste en un anathème. Le but des Sionistes est un Etat purement juif, débarrassé de tous les Palestiniens, d’est en ouest. Ironiquement, posséder l’entièreté de la Palestine historique, territoire du Peuple Elu, est un but poursuivi avec une ferveur idéologique semblable à celle d’Hitler avec sa race supérieure et ses aspirations à la germanisation. Par conséquent, Israël commet un violent génocide étendu dans le temps et pousse inexorablement les Palestiniens au bord de la falaise de l’exil.

Jusqu’au référendum de 1967, les Aborigènes étaient la propriété du gouvernement : « Le droit de se marier avec la personne de son choix, d’être légalement responsable de son propre enfant, de se déplacer librement dans le pays et de socialiser avec des non-Aborigènes n’était qu’un échantillon des droits refusés aux Aborigènes. »

Cela vous rappelle quelque chose ? La politique d’apartheid israélienne a un impact similaire sur les Palestiniens. Israël a voté des lois racistes restreignant sévèrement la liberté de mouvement, divisant les familles, empêchant le mariage et le rapprochement de couples provenant de différentes zones. Au moins un tiers des Gazaouis ont des membres de leur famille en Israël et en Cisjordanie.

La douleur ressentie par de telles séparations forcées, privant les Palestiniens de ces moments de partage que nous chérissons et dont nous jouissons sans limite, est incommensurable. Des grands-parents n’ont jamais vu leurs petits enfants qui ne vivent parfois qu’à 5 kilomètres. Des adultes se voient refuser le droit de visiter un parent mourant et des naissances, des mariages et des enterrements sont assombris par de lourdes absences.

Le Native Title Act de 1993 reconnait finalement que certains natifs australiens « possèdent des droits sur les terres qui leur appartiennent de par leurs lois et pratiques traditionnelles. » Mais alors que l’industrie minière était en pleine expansion sur les territoires aborigènes riches en ressources, le colonialisme corporatiste prit du service en portant atteinte à cet acte historique avec la Northern Territory Intervention.

Cette intervention a été initiée par le gouvernement Howard en 2007 et maintenue par les gouvernements successifs, y compris celui de Kevin Rudd dont on se souvient des excuses historiques présentées à la Stolen Generation [Génération volée] malgré le fait que les natifs étaient encore humiliés par la mise en quarantaine de leurs aides financières et se battaient pour leur survie dans des conditions dignes du tiers-monde.

L’intervention a eu lieu sous le prétexte que « des groupes pédophiles étaient établis dans des réserves aborigènes. Des troupes ont été envoyées, des villes ont été saisies et la législation régissant les droits que les natifs avaient sur elles a été ignorée. Malgré cela, aucune inculpation n’en a résulté et les études ont conclu qu’il n’y avait pas de preuve de quelconques actes pédophiles », reporte Marcus Waters.

Alors que le plan Prawler était discuté au Parlement israélien, la jalousie du gouvernement australien devait être palpable alors que son homologue imaginait pouvoir évincer de leurs terres ancestrales 40 000 Bédouins encombrants empêchant l’expansion des terres israéliennes ou de pouvoir simplement écraser les villages palestiniens pour construire des colonies sionistes.

Connue pour ses yeux revolvers, Julie « Médusa » Bishop, la ministre des affaires étrangères australienne, alors qu’elle prenait la parole au nom de son gouvernement le 15 janvier, a déclaré avec un panache colonialiste non dissimulé « qu’elle voudrait bien qu’on lui explique en quoi leurs actions [d’Israël] étaient illégales aux yeux des lois internationales », remettant ainsi en cause les accusations de crimes de guerre planant sur les colonies israéliennes.

Cela ne fait pas bonne figure venant de la part d’un ministre des affaires étrangères d’un pays siégeant au Conseil de sécurité de l’ONU alors que même le jardinier du Parlement a entendu parler de la Convention de Genève.

Tout comme son ami, l’État renégat d’Israël, l’Australie ne lève même pas le petit doigt pour honorer ses obligations envers les lois internationales.

Elle a renié ses obligations envers la Convention des réfugiés avec sa politique inhumaine à l’encontre des demandeurs d’asile, forçant les bateaux de réfugiés à regagner l’Indonésie, en refusant d’indemniser les personnes ayant fait l’objet d’une détention obligatoire prolongée et en « ignorant pendant environ trois ans les lois internationales contre la discrimination raciale avec sa politique d’intervention dans les communautés natives des États du Nord. »

La liste continue avec la haute mortalité des Aborigènes maintenus en garde à vue, la rupture de l’accord international sur les droits politiques et civils pour le détenu de Guantanamo David Hicks, les allégations comme quoi les services secrets australiens auraient participé aux actes de torture sur Mamdouh Habib lors de sa détention en Égypte, au Pakistan et à Guantanamo et aussi avec les lois anti-gangs du Queensland, déphasées des standards internationaux en matière de procès équitables.

Le cas d’aujourd’hui est l’Australie comparaissant devant une cour de justice internationale pour ses actes d’espionnage sur le Timor-Oriental lors des négociations sur le gaz et le pétrole. Elle aurait tenté d’escroquer la nation la plus pauvre d’Asie.

Le terrorisme colonial, sous couvert d’une démocratie civilisée, n’est pas seulement l’acte des quelques mystérieuses personnes au pouvoir. Ce sont ces personnes pour lesquelles vous et moi votons. Sans nous, ils sont impuissants. Tant que notre conscience morale, notre intelligence et notre compassion ne détermineront pas le bulletin que nous mettons dans l’urne, nous resterons leurs complices.

* Le Dr Vacy Vlazna est Coordinatrice de Justice des Affaires Palestiniennes. Elle était une conseillère en droits de l’homme pour le mouvement GAM (pour un Aceh libre) lors des négociations de paix pour Aceh à Helsinki en février 2005 avant de démissionner par principe. Vacy était aussi coordinatrice du lobby de justice pour le Timor-Oriental et a également travaillé au Timor-Oriental avec l’UNAMET (Intervention des Nations unies au Timor-Oriental) et l’UNTAET (Administration de transition des Nations unies au Timor-Oriental) de 1999 à 2001. Elle a fait don de cet article à PalestineChronicle.com.

De la même auteure :

- Comment Israël fait de l’argent avec du sang - 21 octobre 2013
- Les Anne Franck de Palestine - 10 juillet 2013

27 janvier 2014 - The Palestine Chronicle - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.palestinechronicle.com/c...
Traduction : Info-Palestine.eu - Alexandre C.


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