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Comment l’Europe courtise l’industrie d’armement israélienne

vendredi 7 décembre 2012 - 11h:26

David Cronin - Investig’Action

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Haneen était âgée de 10 mois, Omar 11, Ibrahim 1 an. Pour avoir commis le crime de vivre reclus dans Gaza, ces enfants ont été tués à l’aide de missiles israéliens dits ‘à précision guidée’.

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Quelques jours avant leur mort, la Commission européenne parrainait "la 2nde conférence internationale sur la sécurité intérieure" tenue à Tel-Aviv.




Quelques jours avant leur mort, la Commission européenne parrainait "la 2nde conférence internationale sur la sécurité intérieure" tenue à Tel-Aviv.

Lors de ce qui ressemblait plus à un bazar qu’à un lieu d’échange, l’évènement a fait la part belle aux sociétés israéliennes leaders en matière d’armement et leur a permis d’exposer leur arsenal. Lors de l’allocution de clôture, le président Israélien, Shimon Peres, a profité de cette auguste occasion qui lui était donnée, pour se vanter, tel un trafiquant d’armes pour adolescents, d’être "impliqué dans la création des entreprises israéliennes de défense". Puis Peres d’ajouter qu’il était "ravi de voir les innovations en matière de développements technologiques leaders dans le domaine de la sécurité intérieure’ et enfin d’exprimer la fierté qui était la sienne d’être à la tête ‘d’une nation riche en créativité, sagesse, courage et culot".

A ma connaissance, l’implication de l’Union européenne à ce salon est passée inaperçue dans les médias. Ce qui est en soit très déconcertant. Cela dénote que la Commission peut soutenir des firmes qui tirent profit de bombardements sur des enfants palestiniens sans que personne ne sourcille.

Les responsables qui ont donné leur aval à la participation de l’UE au salon de Tel-Aviv ne peuvent nier le lien avec la dernière offensive sur Gaza. Toutes les deux ont fourni là l’occasion pour l’industrie de l’armement de promouvoir ses produits : dans le premier cas dans une salle de conférence, dans le second sur le "champ de bataille". Defense News, un magazine bien connu des vendeurs d’armes, a rapporté que Rafael, la société publique d’armement israélienne, "a lancé des opérations urgentes et intenses" pour pouvoir répondre à une demande en forte hausse pour l’acquisition de l’Iron Dome, un système "intercepteur" de missiles qui est récemment venu compléter l’arsenal israélien.

Ce n’est pas non plus un cas isolé. Les institutions européennes sont régulièrement représentées lors de salons ou l’industrie israélienne de l’armement a la possibilité de mettre en avant ses dernières "innovations en matière de développements technologiques", selon les termes employés par Peres. En septembre dernier par exemple, l’Agence de Défense européenne a offert son aide à l’ILA – un salon aéronautique proche de Berlin - au cours duquel la susnommée Rafael tenait un stand. En juin, plusieurs firmes israéliennes prirent part à Eurosatory, un salon de l’armement organisé à Paris ; des délégations de l’UE et de l’OTAN étaient également présentes.

Fricoter avec ceux qui tirent profit de la guerre n’est en soi pas répréhensible. Mais octroyer des subventions à ces mêmes profiteurs revient à cautionner le non-respect des droits de l’homme dont dépend leur résultat de bas de page. Israël prend actuellement part à 800 projets de recherches scientifiques subventionnés par l’Union européenne, pour un montant total évalué à 4,3 milliards d’euros. Israël lorgne déjà sur une part encore plus grande de Horizon 2020, le prochain pactole mis à disposition par l’Union.

Il est intéressant de noter que, plus tôt dans le mois, le salon de Tel-Aviv mettait l’accent sur la manière dont les équipements de surveillance pouvaient être utilisés lors d’évènements sportifs majeurs comme les Jeux olympiques. Lorsque Londres a accueilli les Jeux au cours de l’été, l’UE a financé les tests d’un nouveau système de sécurité menés à l’aéroport d’Heathrow. Elbit, un fabricant de drones largement utilisés ces derniers temps pour survoler le territoire gazaoui, constituait l’un des "partenaires" de ces tests.

Il y a comme une ironie sordide de la part de l’UE derrière cette recherche de conseils auprès d’Israël pour rendre nos aéroports plus sûrs. En 2001, Israël détruisit le seul aéroport de Gaza. Il avait été construit avec 9,5 millions d’euros d’aides de l’UE. Chris Patten, alors en charge des Relations extérieures au sein de la Commission européenne, refusa de poursuivre Israël pour ces faits. Il essaya de justifier son inaction en prétendant qu’une fois les chèques remis à l’Autorité palestinienne, l’Union européenne n’en n’était plus la propriétaire.

L’an dernier, à la même époque, la Commission publia une liste de 82 bâtiments détruits par Israël et financés à l’aide de subventions de l’UE. Les responsables ont évalué le préjudice subi par l’Union européenne à 30 millions d’euros. Et pourtant, la bureaucratie bruxelloise n’engagera aucune action en justice qui rendrait Israël responsable ; lorsque Israël lança la dernière offensive majeure contre Gaza en 2008 et 2009, l’UE débloqua des fonds d’urgence pour réparer les dommages causés par Israël à l’aide de composants et d’armes européens et américains. Il y a fort à parier que le schéma se reproduira très prochainement.

Pour quelles raisons l’UE est-elle si encline à supporter la machine de guerre israélienne ? Un indice réside dans le "plan d’actions" en faveur "de la compétitivité de l’industrie de la sécurité" publié en Juillet dernier par Antonio Tajani, commissaire européen pour l’entreprise. On peut y lire que le marché de la sécurité représenta en 2011 plus de 100 milliards d’euros - soit dix fois plus qu’en 2001.

Les responsables bruxellois savent qu’Israël est le sixième exportateur en matière de biens de "sécurité". Coopérer avec Israël est donc nécessaire, disent-ils, pour permettre à l’Europe de développer sa propre industrie de la "sécurité". Cirer les pompes du gouvernement de Benjamin Netanyahu leur permet d’espérer que les firmes européennes pourront signer de juteux contrats. A titre d’exemple, l’italienne Finmeccanica a arraché au cours de cette année, un accord d’un milliard de dollars pour la livraison à Israël d’avions d’entrainement.

Et lorsque l’Europe vient à manquer d’armes, elle fait appel à Israël. L’agence en charge du contrôle aux frontières, Frontex, caresse le doux rêve de commander des drones israéliens pour contrôler les demandeurs d’asile. On rapporte que le Danemark a fait l’acquisition de bombes israéliennes après qu’elle ait épuisé son stock lors de sa participation à la guerre menée par l’OTAN contre la Lybie.

Le mois prochain, l’Union européenne recevra très officiellement le Prix Nobel de la Paix à Oslo. On nous vantera les engagements de l’Union européenne en faveur des Droits de l’Homme & d’autres "valeurs". Le spectacle ne manquera pas d’être nauséeux. Le soutien indéfectible de l’Union européenne à l’égard d’Israël prouve que ces "valeurs" qui sont vraiment chéries peuvent être quantifiés en termes monétaires. Au nom de quoi l’Union européenne ne continuerait-elle pas à aider ceux qui gagnent à mettre Haneen, Omar & Ibrahim dans de petits cercueils ?


* David Cronin est l’auteur de Europe’s Alliance With Israel : Aiding the Occupation (Pluto Press, 2011). Il a notamment écrit pour The Guardian, The Wall Street Journal Europe, European Voice, the Inter Press Service, The Irish Times et The Sunday Tribune. Militant politique, il a essayé de procéder à l’arrestation citoyenne de Tony Blair et d’Avigdor Lieberman pour crimes contre l’humanité.

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6 décembre 2012 - Michel Collon - Traduit de l’anglais par Mustapha B. pour Investig’Action - Source : New Europe


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