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Les Palestiniens réfugiés au Liban : La réparation d’une vieille injustice
mardi 29 juin 2010 - Ramzy Baroud
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Pourquoi faut-il que les Palestiniens au Liban soient humiliés, leur seule faute étant d’avoir été chassés de leur patrie ?

Ce qui est regrettable cependant c’est que le fait d’accorder des droits civils élémentaires à 400 000 Palestiniens - 62 ans après leur expulsion de leur pays d’origine et la publication de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme - puisse faire l’objet d’un "débat". Il est tout aussi regrettable que plusieurs factions politiques "chrétiennes" libanaises soient violemment hostiles au fait d’accorder des droits aux Palestiniens.

La plupart des réfugiés palestiniens au Liban sont des réfugiés de la seconde ou troisième génération. Les camps misérables sont la seule résidence qu’ils aient jamais connue. En Palestine, leur vraie patrie, leurs villages furent détruits, leurs champs furent brûlés et leur culture éradiquée. L’effort pour effacer toute trace de l’identité arabe palestinienne se poursuit sans répit en Israël et est même accentué par le gouvernement de droite du Premier Ministre Benjamin Natanyahu et son Ministre des Affaires Etrangères Avigdor Lieberman qui dans beaucoup de cercles politiques est considéré comme un "fasciste".

Mais ce que 62 ans de dépossession, de massacres et d’épreuves ignorées n’ont pas réussi à détruire - à savoir le souvenir et le sentiment d’appartenance- ne sera pas supprimé par quelques politiciens de droite et quelques lois parlementaires de la Knesset israélienne, comme celle qui interdit aux Palestiniens de commémorer la Nakba (la Catastrophe de 1947-48).

Le débat en cours au Parlement libanais est toutefois d’une autre nature. Le Liban s’efforce aujourd’hui de résoudre beaucoup de problèmes politiques en suspens. En dépit des guerre israéliennes dévastatrices, le peuple libanais reprend confiance en lui. Cela est dû en grande partie au succès de la résistance militaire libanaise contre Israël. Dans ce pays, la loi et l’ordre sont en train de remplacer progressivement le chaos et le tumulte, et on voit se manifester des signes prometteurs d’indépendance politique après des dizaines d’années de complète dépendance politique et de guerres civiles par procuration.

Cependant il y en a qui veulent que la société libanaise reste divisée en camps sectaires, comme elle l’a été pendant des générations. Car ces divisions garantissent leur maintien à la tête de clans horriblement sectaires qui depuis longtemps dégradent l’image du pays, permettant ainsi à des étrangers, et notamment à Israël, de manipuler cette fragile structure pour leur profit personnel.

Le refus d’accorder des droits aux réfugiés palestiniens est un vieux sujet qui refait surface chaque fois que quelqu’un a besoin d’un stratagème pour servir des intérêt particuliers. Mais cette fois cela semble différent. Le Liban a besoin d’avancer. Refuser de voir que 400 000 personnes vivent misérablement et sans espoir de changement dans des camps de réfugiés éparpillés, entourés de charniers et de barrages militaires n’est pas facteur de progrès politique et social.

Evidemment ceux qui craignent l’avènement d’un Liban moderne et unifié par une identité commune -une identité qui ne serait pas l’otage d’allégeances sectaires ou d’affiliations tribales- souhaitent que les Palestiniens demeurent d’éternelles victimes. La bonne nouvelle est que cette loi est soutenue par des représentants politiques et des partis libanais normalement rivaux comme le Premier Ministre libanais du Mouvement pour l’Avenir, le Hisbollah et le Amal.

La loi proposée par le Parti Socialiste Progressif (PSP) le 15 juin "supprimerait l’interdiction faite aux Palestiniens de devenir propriétaires et de bénéficier d’avantages sociaux et assouplirait la réglementation qui leur interdit quasiment de travailler" selon l’organisme Human Rights Watch. Selon Nadin Houry, son directeur à Beyrouth :"le Liban a ostracisé les réfugiés palestiniens trop longtemps (et le) parlement devrait saisir l’opportunité de tourner la page et de mettre fin à la discrimination contre les Palestiniens".

C’est une réelle opportunité, en effet. Mais les élus du Mouvement Patriotique Libre, de la Phalange et des Forces Libanaises y sont férocement opposés. Sami Gemayel, un représentant officiel de la Phalange, a, par exemple, essayé de retarder la loi, comptant peut-être sur l’essoufflement du mouvement d’opinion, pourtant important, qui ne tolère plus que les droits humains de base soient déniés aux Palestiniens. "Une situation qui a provoqué tant de problèmes pendant plus de 60 ans ne peut être traitée en trois jours" a-t-il dit au journal Lebanese Daily Star. Et bien sur il n’a pas pu s’empêcher de recourir au même mantra usé, à savoir que "l’intégration des Palestiniens dans la société libanaise saperait leur droit au retour et satisferait l’exigence israélienne".

Pas un Libanais ne peut croire une seule seconde qu’un membre officiel de la Phalange -dont le parti a collaboré avec les forces israéliennes pendant l’été de 1982 pour orchestrer et perpétrer le massacre de milliers de réfugiés palestiniens sans défenses dans les camps de réfugiés de Sabra et Shatilla- se soucie vraiment du sentiment d’appartenance des Palestiniens, ni de leur identité, ni de leur droit au retour. Il est clair que cette loi risquerait d’encourager les réfugiés à réclamer une totale intégration dans la société libanaise, ce qui saperait les fondations de la société sectaire que cet officiel de la Phalange veut maintenir à tout prix.

Mais pourquoi les réfugiés palestiniens devraient-ils vivre dans l’humiliation alors qu’ils ne sont en rien responsables de la situation ? Pourquoi devraient-ils avoir à choisir entre souffrir de mesures draconiennes ou perdre leur droit au retour ? C’est comme si on ne cessait de punir les victimes pour "avoir permis" qu’on fasse d’elles des victimes. Le fait est que les réfugiés palestiniens du Liban, comme les réfugiés palestiniens d’ailleurs, sont très clairs en ce qui concerne leur droit au retour et leur adhésion à ce droit. Il n’est pas nécessaire de les mettre à l’amende ou en prison quand ils ajoutent une chambre à leurs taudis dans les camps de réfugiés ; il n’est pas nécessaire de les traiter comme des citoyens de dixième classe pour qu’ils se souviennent de leur amour pour la Palestine, du nom de leurs villages détruits et de leurs ancêtres.

Il est presque comique que M. Gemayel considère comme impossible de trouver, en trois jours, le moyen d’octroyer les droits humains élémentaires aux réfugiés palestiniens, alors que les miliciens de la Phalange n’ont eu aucune difficulté à assassiner, en 36 ou 48 heures, des milliers de civils innocents à Sabra et Shatila le 16 septembre 1982.

Les survivants de ces camps et les autres Palestiniens n’ont aucun désir d’entraver la volonté des "partis chrétiens" de maintenir "un équilibre" démographique et sectaire au Liban. Leur patrie est la Palestine et ils sont pressés d’y retourner. Mais en attendant, il n’y a aucun besoin de leur dénier les droits élémentaires ni de les humilier. On peut seulement espérer que la nouvelle évolution de la politique libanaise sera plus puissante que ceux qui souhaitent que le pays reste divisé en factions sectaires et otage éternel de son passé colonial.

Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international syndiqué et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com.

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24 juin 2010 - Communiqué par l’auteur - Traduction : Dominique Muselet