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Mises en garde israéliennes contre les mariages avec des non juifs
jeudi 10 septembre 2009 - Jonathan Cook
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Les juifs des Etats-Unis et d’Europe, principales cibles de la campagne, ne viennent pas en Israël par nécessités matérielles mais pour des motifs idéologiques, et pour beaucoup, attirés par la colonisation en Cisjordanie. »




La jeunesse juive américaine « perdue » poussée à venir en Israël

Les annonces de la campagne, se servant de ce que les médias israéliens ont décrit comme une « tactique de peur », visent à faire cesser l’assimilation des jeunes juifs de la diaspora par le mariage mixte en les encouragent à venir en Israël.

La campagne, qui a demandé 800 000 dollars, a été décidée pour réagir à des rapports selon lesquels la moitié des juifs hors d’Israël se mariaient avec des non juifs. Elle n’est que l’une des différentes initiatives prises par l’Etat israélien et des organisations privées pour essayer d’augmenter le nombre de la population juive d’Israël.

D’après l’une de ces communications, passée sur l’un des grands supports d’informations du pays, l’assimilation est une « menace nationale stratégique », et elle met en garde : « Plus de 50% de la jeunesse de la diaspora sont absorbés et perdus pour nous. »

Pour Adam Keller, de Gush Shalom, groupement israélien pour la paix, cela fait référence tant à une crainte générale en Israël que le peuple juif disparaisse un jour par l’assimilation qu’à une inquiétude plus spécifique : s’il veut survivre, Israël doit recruter davantage de juifs pour sa «  guerre démographique » contre les Palestiniens.

La question de l’assimilation a été imposée brutalement au premier plan par une série d’enquêtes sur plusieurs années conduites par l’Institut de Planification d’une politique pour le peuple juif, cercle de réflexion établi à Jérusalem en 2002 et comprenant des officiels de haut niveau, israéliens et de la diaspora.

La recherche de l’Institut a montré qu’Israël est le seul pays au monde avec une importante population juive qui ne régresse pas en nombre. Le déclin ailleurs est attribué tant aux faibles taux de natalité qu’aux mariages mixtes qui se généralisent.

Selon l’Institut, environ la moitié des juifs d’Europe occidentale et des Etats-Unis ont été assimilés par un mariage mixte, et pour ce qui concerne ceux de l’ancienne Union soviétique, le taux monte à 80%.

Israël, dont la population juive de 5,6 millions représente 41% des juifs dans le monde, a fait barrage aux mariages entre ses juifs et les citoyens arabes en refusant de reconnaître ces mariages, à moins qu’ils n’aient lieu à l’étranger.

La campagne de propagande s’adresse en particulier aux juifs des Etats-Unis et du Canada dont les 5,7 millions de juifs de ces deux pays constituent la population juive la plus grande au monde. La plupart appartiennent au courant de la Réforme du judaïsme libéral qui, contrairement aux orthodoxes, ne s’oppose pas au mariage mixte.

Un tiers des juifs de la diaspora sont supposés avoir de la famille en Israël.

Selon les organisateurs de la campagne, plus de 200 Israéliens ont appelé sur une ligne spéciale pour donner les noms de juifs vivant à l’étranger à la suite de la première annonce télévisée parue mercredi. Ils donnaient les adresses mel et Facebook et les comptes Twitter.

Le clip de 30 secondes présente une série de photos de personnes disparues, affichées à des coins de rue, dans des passages souterrains et des cabines téléphoniques, montrant des photos de jeunes juifs avec, en dessous, le mot « Lost » (Perdu-e) en différentes langues. Une voix off dans le clip demande à ceux qui « connaissent un jeune juif vivant à l’étranger » d’appeler sur la ligne spéciale. « Ensemble, nous allons renforcer leur lien avec Israël, pour que nous ne les perdions pas. »

La campagne est appuyée par un programme soutenu par le gouvernement, Masa, qui subventionne des séjours et des stages en Israël, d’au maximum un an, afin de persuader les juifs à immigrer et à devenir des citoyens. Environ 8 000 juifs de la diaspora participent à ce programme chaque année.

Le gouvernement a essayé de développer Masa à côté d’un programme concurrent, Birthright Israel, (droit inné à Israël), qui fait venir près de 20 000 jeunes de la diaspora en Israël tous les ans, pour des voyages de 10 jours sponsorisés, pour rencontrer des soldats israéliens et visiter des sites en Israël et en Cisjordanie mis en valeur comme sites importants pour le peuple juif.

Bien que Birthright soit considéré comme utile pour donner une image positive d’Israël, des responsables craignent qu’il n’ait qu’un impact limité pour attirer ses participants, principalement d’Amérique du Nord, à venir s’installer en Israël. Beaucoup d’entre eux voient ces séjours comme des vacances gratuites.

Les différences de démarche entre les deux programmes ont été soulignées en juillet, quand le directeur de Birthright, Shlomo Lifshittz, démissionna et intégra Masa, après avoir déclaré à la presse israélienne qu’on lui avait interdit d’inciter les participants à Birthright à émigrer vers Israël et à rejeter les mariages mixtes.

En lançant la campagne, le directeur exécutif de Masa, Ayelet Shilo-Tamir, a averti que l’assimilation, dans le monde entier, mettait les juifs «  au bord d’une croissance négative ».

Selon les responsables de Masa, les jeunes juifs qui participent à leurs projets ont renforcé leur identité juive et sont plus susceptibles de devenir des militants, politiquement et socialement, en faveur de tout ce qui concerne Israël.

La campagne a très vite provoqué une vague de discussions sur les sites et blogs juifs, spécialement aux Etats-Unis, certains parlant de «  discorde » et d’insulte à l’égard des enfants juifs nés d’un mariage mixte. Un lien vers la campagne « Lost » de Masa a été retiré de la page d’accueil du site de la campagne, hier, sans doute à cause de ces réactions violentes.

Cependant, la campagne va probablement trouver un écho en Israël où un sondage en 2007 a révélé que 46% des juifs israéliens pensaient que tous les juifs devaient vivre en Israël, car c’était « la seule façon pour Israël et le peuple juif de se renforcer ».

Cette position a été reprise par les dirigeants israéliens, bien que la plupart aient pris garde de ne pas de bouleverser l’équilibre délicat des relations avec les communautés de la diaspora.

L’ancien Premier ministre Ariel Sharon avait été jugé avoir dépassé les bornes en 2004 quand, pendant son séjour en France, il avait pressé les juifs français de partir en Israël parce que la France vivait «  une propagation de l’antisémitisme le plus sauvage ».

Sharon n’avait pas mâché ses mots en disant qu’il voulait qu’un million de juifs immigrent en Israël pour endiguer une « menace démographique » venant de la croissance rapide des populations palestiniennes, tant en Israël que dans les Territoires occupés. La parité numérique entre juifs et Palestiniens vivant dans la région est attendue dans une décennie.

Ce thème a été repris pas ses successeurs, Ehud Olmert et Benjamin Netanyahu.

Il existe une crainte grandissante en Israël du fait des taux d’immigration qui ne cessent de baisser depuis la grande vague du million de juifs arrivés d’Union soviétique dans les années 90. Le nombre des intégrations en Israël pour l’année dernière - 16 500 - est le plus bas depuis les années 80. On croit également qu’il y a une tendance croissante chez les juifs aisés à quitter Israël pour aller vivre à l’étranger, bien que les chiffres ne soient pas publiés.

Mr Keller, de Gush Shalom, dit que peu de juifs aux Etats-Unis ou en Europe, principales cibles de la campagne, viennent en Israël par nécessités matérielles. «  Ils viennent pour des motifs idéologiques, et beaucoup d’entre eux sont des nationalistes de droite qui peuvent être attirés par la colonisation en Cisjordanie. »

Le gouvernement israélien et diverses organisations subventionnent l’immigration des juifs de la diaspora vers Israël.

L’an dernier, l’Agence juive a donné la responsabilité d’installer les nouveaux immigrés à Nefesh B’Nefesh, une organisation privée qui fait la promotion d’une douzaine de colonies de Cisjordanie sur son site web, notamment des communautés jusqu’au-boutiste telles que Kedumim, près de Naplouse, et Efrat, près de Bethléhem.

« La semaine dernière, la télévision israélienne a montré un groupe d’immigrants arrivant en Israël pour se rendre à Efrat, » dit Mr Keller. « On les a montrés accueillis à l’aéroport par une grande foule d’Israéliens applaudissant et agitant des drapeaux en soutien. »


Sur le même sujet :

- Tous les juifs n’apprécient pas la nouvelle campagne israélienne anti-assimilation - Dana Weiler-Polak et Cnaan Lipshiz


Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books).

Le site de Jonathan Cook : http://www.jkcook.net/
son courriel : jcook@thenational.ae

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont été présentés le 4 mars 2009.

Du même auteur :

- De nouvelles règles israéliennes restreignent les déplacements depuis la Cisjordanie
- L’école de l’apartheid israélien
- Israël cible les groupes militant pour les droits humains
- Le substitut à la souveraineté selon Netanyahou
- Israël pour la suppression des noms arabes de lieux

Nazareth, le 7 septembre 2009 - Counterpunch - cet article a d’abord été publié par The National d’Abu Dhabi - traduction : JPP