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Gabi Ashkenazi, « le bulldozer »
mardi 23 janvier 2007 - Serge Dumont - Le Soir
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Gabi Ashkenazi

Le bulldozer : c’est ainsi que ses amis surnomment le général de brigade Ashkenasi, 53 ans, nouveau chef d’état-major de l’armée israélienne, qui devrait prendre ses fonctions dans les prochaines semaines. Fils d’un survivant de la shoah et d’une Juive syrienne ayant fui les persécutions antisémites dans son pays, le nouveau patron de l’armée de l’Etat hébreu a passé toute sa jeunes à Hatzor, un village agricole pauvre où ses frères et lui se levaient au milieu de la nuit pour cueillir la production du verger familial.

« C’était un garçon déterminé. Il est grand et il avait de l’ascendant sur les autres gamins de son quartier. C’était déjà un petit chef qui n’hésitait jamais à faire le coup de poing », raconte Elie Tzemakh, un ami d’enfance resté à Hatzor. A l’époque, les jeunes ambitieux qui désiraient s’extraire de leur misère n’avaient pas d’autre choix que de tenter la carrière militaire. Gabi Ashkenazi s’est donc inscrit au pensionnat militaire de Tel Aviv avant d’entrer dans la brigade Golani, la plus prestigieuse de Tsahal.

Volontaire dans les commandos de choc, il participe à la guerre du Kippour (1973) ainsi qu’à une série de coups de main meurtriers contre les bases du Fatah installées au Liban. Le 3 juillet 1976, il prend également part à l’opération Entebbe, un raid aéroporté grâce auquel des otages israéliens retenus par des Palestiniens à l’aéroport ougandais ont été libérés.

« C’est un guerrier et ce n’est pas l’un des plus tendre, reconnaît le général de réserve Zvi Poleg, qui a effectué une partie de sa carrière à ses côtés. A priori, il semble timide et effacé mais il est charismatique. Les hommes qu’il a commandés au Liban le respectaient parce qu’il préférait partager la tambouille sous la tente avec eux plutôt que de parader dans les salons tel-aviviens ».

Gravement blessé à la jambe durant l’opération Litani (la première invasion du Sud-Liban par Israël en 1978), il participe à la première guerre du Liban (1982) avant d’être promu à la tête de la brigade Golani. Il devient ensuite commandant du « front nord » (Liban, Syrie) et se propulse vers l’état-major où on lui confie les missions les plus sensibles. Entre autres, la coordination du retrait israélien au sud-Liban en mai 2000.

En Israël, le « ramatcal » (le chef de l’état-major) est l’un des responsables les plus influent du pays. Il participe régulièrement aux conseils des ministres ainsi qu’aux réunions du cabinet restreint de la sécurité. C’est lui qui établit la liste des Palestiniens à « liquider » et qui fixe les priorités en matière de représailles dans les territoires occupés. Des sujets sur lesquels il lui arrive de s’opposer au Premier ministre ou au ministre de la Défense, lorsque ces derniers hésitent à prendre des décisions susceptibles de faire couler le sang.

Quoiqu’il en soit, le gouvernement ne prend aucune décision ayant trait à la défense sans avoir consulté le « ramatcal » ainsi que le chef de l’Aman, les Renseignements militaires dont les analyses priment d’ailleurs celles du Mossad et du Shabak (la Sûreté générale).

Durant plus d’un an, Dan Haloutz, le « ramatcal » démissionnaire, a négligé les forces terrestres au profit de l’aviation et de la recherche technologique de pointe. En juillet 2006, c’est lui qui a convaincu Ehoud Olmert et Amir Peretz qu’il suffirait, pour briser le Hezbollah, de bombarder le Liban à outrance puis de lancer quelques offensives terrestres dirigées par des officiers confortablement assis devant les écrans plasma de l’état-major.

Gabi Ashkenazi n’a jamais caché son opposition à cette vision « américanisée » de la guerre. A ses yeux, l’aviation et les robots sont importants mais ils ne peuvent pas tout. L’armée doit rester l’émanation du peuple, les blindés sont aussi utiles que les F-16, les coups de main terrestres sont parfois plus efficaces que les bombardements aériens et les officiers doivent prendre la tête de leurs hommes durant l’assaut.

« Le connaissant, je suis certain qu’Ashkenazi va tout réformer en profondeur et de manière systématique, affirme l’ex-général d’origine belge Yossi Peled, fondamentalement cet homme n’est pas un optimiste. Il ne se fait aucune illusion sur le Hezbollah ni sur la volonté de paix affichée par la Syrie. Il pense également qu’un nouveau conflit éclatera à un moment ou à un autre à la frontière nord d’Israël. Comme beaucoup d’entre nous, il croit également qu’une guerre avec l’Iran deviendra inévitable si Téhéran persiste dans sa politique nucléaire. Tout cela le préoccupe beaucoup plus que la situation dans les Territoires palestiniens où les opérations menées par nos soldats ne sont à ses yeux que des missions de simple police. »

Serge Dumont - Le Soir, le 23 janvier 2007

Lire aussi l’analyse de la démission du précédent chef d’état-major Dan Haloutz, par Yagil Lévy (Ha’aretz) : "La critique du public s’affaiblit"