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Les ultra-orthodoxes israéliens exigent le respect de la shmita, année sabbatique pour les cultures
dimanche 16 septembre 2007 - Michel Bôle-Richard - Le Monde
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Le rabbin séfarade Ovadia Yosef devant le Mur des lamentations à Jérusalem, le 24 janvier 1003 (Ph. AFP/O. Cohen)

Le célèbre rabbin séfarade Ovadia Yosef a approuvé, mardi 10 septembre, la vente de 2 millions de dunams de terres (200 000 hectares) à un Arabe d’Abou Gosh, non loin de Jérusalem. Et il n’est pas le seul. Des dizaines de rabbins ont donné leur accord, ou vont le faire, pour que des millions d’hectares de terres juives soient revendus à des Arabes, musulmans, druzes ou chrétiens. Ces ventes, très inhabituelles, sont dues à l’observation rigoureuse des règles de la Torah.

Ce texte sacré, qui conditionne la vie de la communauté juive, impose d’observer tous les sept ans une année sabbatique pendant laquelle les terres doivent être laissées en jachère. Elles doivent se reposer comme le font les humains le septième jour de la semaine. La loi rabbinique est la loi et il convient de la respecter. Cela s’appelle la shmita.

A l’occasion du Nouvel An juif, jeudi 13 septembre, jour où débute la 5 768e année du calendrier hébraïque, la question de l’année sabbatique se pose à nouveau. Jusqu’à présent, les arrangements étaient facilement acceptés. Il suffisait, en fait, de procéder à des ventes fictives de terrains à des non-juifs et le tour était joué. Cela permettait aux juifs de continuer à cultiver leurs champs et surtout d’obtenir le certificat de kashrout nécessaire pour vendre les produits et les consommer en accord avec les préceptes de la religion juive. L’année suivante, les terres étaient restituées aux propriétaires et personne n’y trouvait vraiment rien à redire. Sauf quelques orthodoxes ultras qui estimaient que ces tours de passe-passe ne respectaient pas la lettre des textes.

"Les lois de la Torah"

Cette année 5768, les choses sont différentes. Les orthodoxes juifs, les haredim, font une énorme pression sur le grand rabbinat d’Israël pour que ces petits arrangements cessent et que l’on s’en tienne à la Halakha, le droit rabbinique. "Pas question de contourner les lois de la Torah même si l’on a beaucoup de sympathie pour les difficultés des paysans", explique le rabbin Meir Bergman, chef d’un groupe ultraorthodoxe. Et d’ajouter : "Dieu pourvoira à leurs besoins."

En fait, ces religieux fondamentalistes, dont le poids est de plus en plus important dans les institutions juives, menacent de ne pas acheter les produits qui seraient le fruit d’une violation des textes sacrés. Ce qui mettrait en difficulté de nombreux agriculteurs et ferait augmenter le volume des importations dommageables pour la balance commerciale. Et, paradoxalement, les producteurs arabes qui sont en mesure de tirer avantage de cette année sabbatique en vendant le fruit de leur labeur en Israël seraient, eux aussi, pénalisés.

Comme l’explique le rabbin Jacquot Grunewald : "Auparavant, tout le monde pensait que la Shmita aurait été une catastrophe, aujourd’hui, les haredim pensent que ce n’est plus le cas et qu’Israël peut supporter de respecter la Torah et que les compromis ne sont plus de mise."

Une requête a été déposée devant la Haute Cour de justice afin qu’une solution soit trouvée à cet épineux problème. Cette juridiction a donné une semaine au grand rabbinat pour qu’une décision collective soit prise à l’échelon national afin d’éviter que des rabbins locaux refusent les certificats kashrout en fonction de leur degré d’orthodoxie.

Le difficile dilemme est désormais entre les mains du grand rabbin ashkénaze Yona Metzger et du grand rabbin séfarade Shlomo Amar.


Du même auteur :

- Au sud de Bethléem, le tracé du mur annexe à Israël les colonies du Goush Etzion
- En Cisjordanie, les "colonies sauvages" israéliennes occupent colline après colline

Michel Bôle-Richard, correspondant à Jérusalem - Le Monde, le 14 septembre 2007