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A la rencontre de la famille Dawabsheh
jeudi 27 août 2015 - Naif Zaidani
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"Chaque enfant Palestinien est aussi le mien. Ce n’est donc pas la première fois qu’un crime a été commis contre un de mes enfants », a déclaré Mohammed Dawabsheh alors que la famille attendait le retour de la dépouille de Saad Dawabsheh - Photo : Al Jazeera/Nigel Wilson

C’est dans le centre médical Sheba, unité de soins intensifs, que git Riham Dawabsheh, inconsciente sous sédation. Son fils Ahmed, âgé d’à peine cinq ans, est admis dans l’unité de soins intensifs dans le service de pédiatrie situé dans un immeuble proche de Sheba.

Le destin a voulu que le petit Ahmed devienne l’enfant unique et ce, depuis l’assassinat de son jeune frère, Ali Dawabsheh, dans l’incendie criminel ignoble de leur maison, perpétré par des colons israéliens. L’incendie a également coûté la vie à leur père Saad.

Ainsi, les parents de Riham et sa sœur Reem passent leur journée à faire la navette, une marche de sept minutes, entre les deux bâtiments situés dans l’établissement médical de Tel Hashomer, près de Tel Aviv.

Cette famille meurtrie s’accroche à l’espoir de voir Riham enfin rétablie ; une renaissance qui les comblera et qui compensera son fils qui a survécu car, à l’heure actuelle, elle ignore le triste sort qui a été réservé à son bébé Ali et à son époux Saad.

Parallèlement, la famille se dit choquée par les rumeurs relayées sur les réseaux sociaux et les sites d’informations, faisant état du décès ou du coma de Riham. Pourtant, les appareils qui contrôlent ses signes vitaux sont les seules preuves que Riham est toujours en vie.

Contrairement à elle, son fils Ahmed montre une nette amélioration avec davantage de signes de vie. Toutefois, il n’est plus l’enfant heureux et joyeux qu’il était avant que les flammes n’embrasent sa maison.

Une enfance volée

Les médicaments qui lui sont prescrits maintiennent le petit Ahmed endormi à longueur de journée. Dès qu’il ouvre les yeux, il parle et regarde les programmes de télévision destinés aux enfants. En raison de son état de santé, l’accès à sa chambre est strictement interdit sauf pour les membres de sa famille.

« Alloush, Alloush, crie-t-il parfois dans son sommeil, comme pour appeler son jeune frère Ali, » raconte sa tante Maryam.

« Malheureusement, l’appel d’Ahmed ne sera jamais entendu car le bambin tué lorsqu’une bombe incendiaire s’est abattue sur sa maison ne pourra pas répondre présent. »

Maryam quitte rarement le chevet d’Ahmed. Elle a raconté à al-Araby al-Jadeed que la première chose que le garçon demande en se réveillant est sa mère et pourquoi n’est-elle pas encore venue le voir, ignorant bien évidemment l’état dans lequel elle se trouve.

Par contre, du haut de ses cinq ans, l’enfant sait que son père se trouve désormais « au paradis. »

Et Maryam qui ajoute : « Ahmed n’arrête pas de pleurer et je fais de mon mieux pour le consoler. Vendredi dernier, le jour où les blessures de son père Saad ont eu raison de lui pour l’ajouter à la longue liste des martyrs de la Palestine, Ahmed s’était réveillé en criant ‘Ils nous ont brûlés…éteignez le feu…aidez-moi à sortir.’ »

« La plus dure des situations est lorsqu’Ahmed demande après sa mère. Nous essayons toujours de changer de sujet et le consoler dans l’espoir que Riham reprenne conscience et revienne parmi nous pour combler son unique enfant. Ma plus grosse angoisse et frayeur est sa réaction lorsqu’elle apprendra ce qui est arrivé à son autre fils et à son époux. »

Des jours difficiles

Satira, la maman de Riham, ne peut pas cacher son chagrin et son inquiétude.

« Nous traversons une période vraiment rude et délicate. Impuissants, il ne nous reste plus qu’à prier, mais l’angoisse et l’inquiétude autour de la santé de ma fille et de son fils me rongent le cœur. Je suis vraiment terrifiée. Je me déplace chaque jour entre les deux bâtiments et je prie pour eux. Je ne peux pas supporter l’idée qu’un malheur puisse les toucher. »

Quant au père de Riham, Hussein, il essaie tant bien que mal de dissimuler sa tristesse et son angoisse. Il soupire : « C’était une famille affectueuse et affable. »

« Saad travaillait dans la construction et Riham enseignait les mathématiques. Ils menaient une vie paisible jusqu’au jour où ces terroristes les ont brûlé vifs. »

« Le jour de la tragédie, je me souviens avoir entendu une forte explosion alors que j’étais sur le toit de la maison. J’étais saisi d’une grosse frayeur en voyant les flammes se propager près de la maison de ma fille. J’ai pris ma voiture et j’ai conduit comme un fou vers l’endroit de l’explosion. Tout le monde essayait d’apporter son aide pour éteindre l’incendie. Je n’oublierai jamais cette scène macabre. »

Hussein poursuit : « Riham savait que quelque chose s’était produit car elle était encore consciente à son arrivée à l’hôpital, avant que le sédatif ne fasse effet. »

Cependant, elle ignore les détails de ce qui est arrivé à sa petite famille. Elle a été placée sous des sédatifs très forts et est inconsciente depuis. Les médecins ont opté pour son maintien dans cet état en raison de la gravité de ses brûlures. »

A l’instar du reste de la famille, Hussein est inquiet quant à la réaction qu’aura sa fille en découvrant que son bébé de seulement 18 mois et son époux avaient été lâchement assassinés.

D’après les médecins, Riham est dans un état stable ; une nouvelle qui ne diminue guère la préoccupation de la famille qui continue de prier.

Des visiteurs en sanglots

Plusieurs personnes se sont rendues à l’hôpital pour rencontrer la famille Dawabsheh, en présentant leurs condoléances et en assurant leur soutien à travers la tragédie que la famille traverse.

« Cette tragédie ne concerne pas uniquement la famille Dawabsheh, mais nous touche tous, » affirme Najeh Marouf, l’un des nombreux visiteurs de la famille.

Aussi, un visiteur israélien qui avait vu Hussein Dawabsheh à la télévision, l’avait reconnu à l’hôpital et s’est dirigé vers lui : « Que Dieu punisse les assaillants. Lorsque j’ai vu les images du bébé calciné, j’ai pleuré. Les auteurs de cet abominable crime ne méritent pas de vivre. Dieu ne tolère pas ça. Il ne nous a jamais demandé de tuer et de brûler nos semblables. »

La famille a reçu de très fortes et vives marques de soutien qui ont émotionné Hussein qui confie : « Des gens venus de contrées différentes sont venus à l’hôpital pour demander de nos nouvelles et tenter de nous consoler. Ils sont profondément affectés par la tragédie qui a emporté une partie de ma famille. »

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19 août 2015 – Alaraby – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
http://www.alaraby.co.uk/english/fe...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha