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Netanyahu ne se décollera pas de l’extrême droite

mercredi 25 février 2009 - 11h:31

Vincent Fortin - Al-Ahram/hebdo

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Israël. Le premier ministre désigné peine à rassembler des alliés modérés. Un jeu d’échecs dont l’issue pourrait compromettre l’avancée du processus de paix en Palestine.

Benyamin netanyahu a été chargé vendredi 20 février de former le nouveau gouvernement israélien. Shimon Pérès l’a nommé premier ministre tout en sachant que la coalition potentielle de Netanyahu ne comprendra ni les centristes de Kadima, ni les Travaillistes. Vaincu de peu aux élections législatives du 10 février, le leader du Likoud (droite libérale) dispose néanmoins d’une courte majorité de 65 sièges sur 120 à la Knesset (Parlement), grâce aux factions religieuses et nationalistes. Par voie de conséquence, le gouvernement Netanyahu, qui a tout au plus un mois et demi pour se former, risque d’être marqué très à droite. L’actuelle ministre des Affaires étrangères et chef du parti Kadima, Tzipi Livni, a d’ores et déjà déclaré qu’elle ne participerait pas à « un gouvernement sans vision politique ». Assurée de la majorité relative à l’Assemblée, avec 28 députés, elle préfère le confort de l’opposition. Son parti semble la suivre. « Nous ne serons pas la cinquième roue d’un carrosse qui n’ira nulle part », a déclaré le parlementaire Tzahi Hanegbi.

Le nouveau visage du gouvernement israélien est d’autant plus problématique que Benyamin Netanyahu a bâti son programme électoral sur l’avortement de l’offensive israélienne à Gaza. Les récents tirs de roquettes, depuis le Liban et Gaza, ont alimenté une fièvre sécuritaire au sein d’une opinion publique frustrée. Déjà au pouvoir entre 1996 et 1999, Netanyahu s’est clairement posé en adversaire d’une solution à deux Etats. Il avait d’ailleurs bloqué les Accords d’Oslo en 1993. Il rejette également le retrait des colons de Cisjordanie et la partition de Jérusalem, deux efforts jugés indispensables par de nombreux observateurs pour espérer une pacification de la région. En face, Tzipi Livni, sans apporter de réponses claires, ne voit pas de futur pour une terre palestinienne sans Etat. Entre les deux écoles, un gouffre. Et Netanyahu semble avoir choisi son côté, celui de l’extrême droite. Le troisième groupe parlementaire, Israël Beiteinou, dispose de 15 sièges à la Knesset. Il est dirigé par un juif d’origine moldave, Avigdor Lieberman, pour qui « le conflit israélo-palestinien n’est pas une priorité ». C’est hélas de cette faction que dépend désormais le nouveau Premier ministre.

Lui-même paraît conscient de la précarité de sa position. Ce sont ces mêmes acteurs extrémistes qui avaient précipité la chute de son gouvernement en 1999, par surenchère conservatrice. Netanyahu a donc multiplié les appels au Kadima de Livni et aux Travaillistes d’Ehud Barak, sans succès. Dans ces conditions, les analystes ne prédisent pas de grand avenir au prochain gouvernement. Malgré sa position dure, Lieberman est loin d’être apprécié dans son milieu : suspecté de blanchiment d’argent et favorable à un judaïsme modernisé, il risque de ne pas mobiliser les autres partis d’extrême droite. Le regain d’extrême droite en Israël pourra donc être de courte durée, pour de simples raisons de blocages politiques.

Une diplomatie redoutée

Le retour de Netanyahu ne laisse pas d’inquiéter ailleurs dans le monde, et d’abord en Egypte, où il a laissé au président Hosni Moubarak un piètre souvenir. Ce dernier, après avoir tenté quelques médiations, s’était montré de plus en plus « exaspéré » par son homologue. « Aucun progrès ne vient », avait-il déclaré à l’époque, fustigeant le manque de conciliations. Le mandat Netanyahu arrive d’ailleurs au mauvais moment pour la médiation égyptienne : le cabinet de sécurité d’Ehud Olmert, premier ministre sortant, vient d’entériner à l’unanimité une disposition qui lie le processus de paix à Gaza avec la libération du caporal Gilad Shalit. Ce dernier est détenu par le Hamas depuis 2006, mais son sort ne devait pas être mêlé aux tractations pour un arrêt prolongé des combats. Cette décision est considérée comme une « insulte aux Egyptiens » par le médiateur israélien lui-même, Amos Gilad. « Je ne comprends pas ce qu’ils tentent de faire. [...] L’Egypte est notre dernier allié dans la région ». On n’aurait pu rêver pire conjoncture pour l’avènement d’un gouvernement nationaliste.

Le seul espoir d’une relance du processus de paix en Palestine dépend désormais de l’Administration Obama. Considérée par ce dernier comme un dossier prioritaire, la formation d’un Etat palestinien n’est pas négociable. Washington s’est déclaré « toujours optimiste » sur les accords de paix. Les deux dirigeants semblent proches sur un plan humain, à en juger les entretiens de Netanyahu avec le président américain. En août dernier, ce dernier avait pointé la similarité de leurs personnalités politiques qui se sont rapprochées du centre pour mieux gouverner. Le leader du Likoud a déjà mis en sourdine ses projets d’un Grand Israël. La négociation par le biais américain peut encore surprendre : Begin, qui a signé les accords de Camp David, était lui-même le fondateur du Likoud.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Fin diplomate, Netanyahu avait déjà noyé les Accords d’Oslo par sa technique de l’inertie. Pire qu’une position dure et frontale, l’attentisme forcené d’Israël pourrait bien retarder le processus de paix ad vitam aeternam, surtout si la possibilité d’une souveraineté palestinienne est rangée au placard du Likoud.

Al-ahram/hebdo - Semaine du 25 février au 3 mars 2009, numéro 755 (Monde)


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