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Un ultime acte de résistance ?
mardi 14 décembre 2010 - Lamis Andoni - Al Jazeera
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Abbas [à g.] et Fayyad lors d’une visite papale en Palestine occupée. On imagine effectivement mal Abbas et ses acolytes renonçant aux multiples (petits et grands ?) privilèges concédés par l’occupant israélien.

Dans diverses interviews et déclarations, ainsi que dans des réunions privées, Mahmoud Abbas, le président palestinien [de l’Autorité de Ramallah - N.d.T], a fait savoir qu’il présidait une autorité sans autorité et que l’existence même de l’Autorité palestinienne [AP] a rendu l’occupation israélienne « la moins coûteuse qu’elle ne l’a jamais été [pour les Israéliens] ».

Abbas est tout simplement arrivé à la même conclusion que de nombreux Palestiniens depuis longtemps : les négociations, dans les conditions actuelles, ne conduiront pas à la fin de l’occupation israélienne, sans parler de la création d’un Etat palestinien indépendant.

Dans une récente interview à la télévision d’Etat palestinienne, Abbas a averti que si tous les efforts pour établir un Etat palestinien échouaient, il dissoudrait l’Autorité palestinienne et demanderait à Israël d’assumer la responsabilité de l’occupation. Ses menaces ne sont ni une man ?uvre ni une stratégie clairement planifiée. Elles sont plutôt une expression de désespoir et un reflet de l’état d’esprit du peuple palestinien - qui considère l’AP uniquement comme un moyen de faciliter la poursuite de l’occupation israélienne, tout en évitant à celle-ci l’obligation de payer pour ses agissements.

La dissolution de l’Autorité palestinienne signifierait un retour à l’occupation israélienne directe et pourrait être utilisée par Israël comme un prétexte pour une escalade dans son agression contre le peuple palestinien. Mais les Palestiniens ont atteint un point de rupture. Dix-sept ans de pourparlers n’ont interrompu ni le vol des terres par Israël, ni le déplacement forcé des Palestiniens.

Une bataille de volontés

L’idée de dissoudre l’Autorité palestinienne a de nombreux adeptes - tant à l’intérieur des territoires palestiniens que parmi la diaspora palestinienne. Mais cela ne doit pas être un saut dans l’inconnu : les Palestiniens doivent être préparés aux conséquences d’une telle décision et celle-ci doit être prise dans le cadre d’une stratégie de résistance clairement définie.

Ni Abbas, ni même ses adversaires, n’ont cependant indiqué qu’ils étaient en train de développer une telle stratégie - car tandis qu’Abbas exprimait son désespoir, le Hamas montrait un degré élevé de flexibilité à l’égard d’éventuels résultats de négociations israélo-palestiniennes, actuellement au point mort. Dans un discours prononcé la semaine dernière, Ismail Haniyeh, le Premier ministre du Hamas, a déclaré que son mouvement était prêt à accepter les résultats d’un référendum si les négociations parvenaient à un compromis historique qui comprenait la création d’un Etat palestinien dans les territoires occupés pendant la guerre de 1967.

Ce n’est pas la première fois que le Hamas manifestait sa volonté d’accepter une solution à deux Etats, mais le moment choisi - alors que les négociations sont effectivement gelées et il qu’il n’y a aucune perspective de reprise - est surprenant. La déclaration d’Haniyeh suggère que les deux directions politiques, à Ramallah et à Gaza, n’ont aucune idée de comment reprendre l’initiative nécessaire pour extraire le peuple palestinien de la stagnation qui est la sienne aujourd’hui.

Abbas a évoqué quelques possibilités. Tout d’abord, il a suggéré de se tourner vers le Conseil de sécurité des Nations unies pour une reconnaissance d’un Etat palestinien. Ceci est principalement destiné à affirmer le statut « d’occupés » des territoires palestiniens et à bloquer l’annexion par Israël des colonies juives. Deuxièmement, il a fait allusion à la remise aux Nations Unies de la responsabilité des territoires palestiniens. Mais ces deux options seraient certainement bloquées par un veto américain au Conseil de sécurité.

Mais toute autre option que choisiraient les Palestiniens ne pourra aboutir sans d’abord le rétablissement de l’unité nationale et la mobilisation de la résistance populaire. Une sérieuse bataille des volontés s’ensuivra, et les Palestiniens doivent y être préparés.

Une bataille pour la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien doit être fondée sur une vision claire et sur une préparation à affronter les actions israéliennes. Le soutien international seul ne mènera pas à la création d’un Etat palestinien. Indépendamment du fait que les Palestiniens optent pour une solution à un ou à deux Etat(s), ils ne pourront éviter une bataille pour mettre fin à l’occupation sous laquelle ils vivent actuellement.

L’AP est-elle prête ?

Les options dont parle Abbas placerait l’AP face-à-face avec l’occupation israélienne, de sorte que la question demeure : est-ce que l’AP est prête à cela ? La réponse semble être non.

L’Autorité palestinienne ne peut pas être prise au sérieux tant qu’elle cédera aux exigences israéliennes. Israël continue d’empêcher la circulation des biens et des personnes, conduit des raids et des arrestations en Cisjordanie et dans Jérusalem-Est, frappe la bande de Gaza. Ainsi, un préalable à toute avancée significative du côté palestinien doit être l’arrêt immédiat de la coordination sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne.

La justification donnée par Abbas pour une telle coordination est que si les Palestiniens « se comportent bien » Israël ne pourra avancer aucun prétexte pour poursuivre l’occupation. Mais le seul résultat à ce jour a été l’affaiblissement de la résistance palestinienne, tandis qu’Israël a eu les mains libres pour lancer des incursions militaires dans les territoires palestiniens, confisquer plus de terres et tuer plus de personnes.

La prochaine étape pour le Hamas et l’Autorité palestinienne doit être une véritable unité (sans cela, la dissolution de l’Autorité palestinienne pourrait se traduire par une lutte de pouvoir très destructrice) fondée par un accord commun sur une alternative à des négociations aujourd’hui disparues. La dissolution de l’Autorité palestinienne doit être une élément très important dans ce plan, mais seulement après qu’une stratégie politique et économique ait été formulée.

L’Autorité palestinienne verse actuellement les salaires de 150 000 personnes. Par conséquent une dissolution [de l’AP] aurait un impact énorme sur l’économie. Avant que l’AP n’ait été créée, l’Organisation de Libération de la Palestine [OLP] finançait une aide aux Palestiniens pour qu’ils puissent résister aux conséquences économiques de l’occupation. Un plan similaire, impliquant tous les Palestiniens, doit maintenant être mis au point - en supposant que les Etats arabes, comme cela est prévisible, ne fourniront pas le soutien financier nécessaire aux Palestiniens.

Il est bien sûr facile pour les Palestiniens en exil, disposant d’un travail, d’appeler à la dissolution immédiate de l’Autorité palestinienne. Mais cet appel est aussi très compréhensible, car Israël ne sera soumis à aucune pression pour mettre fin à son occupation aussi longtemps que cette occupation sera bon marché ou même sans frais pour l’occupant. Mais si les dirigeants palestiniens doivent proposer une nouvelle stratégie de résistance, tous les Palestiniens doivent être prêts à assumer leur responsabilité. Il incombe maintenant à l’Autorité palestinienne d’entamer ce processus et la seule façon de le faire est de mettre fin à toute coordination et coopération avec Israël.

* Lamis Andoni est une analyste et une commentatrice des questions du Moyen-Orient et de la Palestine.

Du même auteur :

- Que va penser le monde arabe de ses dirigeants ? - 3 décembre 2010
- Israël veut sous-traiter l’occupation de Gaza à l’Union Européenne - 9 août 2010
- Calme précaire à Gaza et temps des soupçons - 21 mars 2008
- Les Palestiniens aspirent à l’unité - 18 janvier 2008
- Financer l’occupation - 19 décembre 2007

7 décembre 2010 - Al Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/indept...
Traduction : Naguib