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La répression israélienne en Palestine s’aggrave
lundi 8 mars 2010 - Une interview de Mazin Qumsiyeh
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Enlèvement de jeunes Palestiniens par les troupes israéliennes dans les Territoires Occupés, lors d’une des nombreuses rafles exécutées en général la nuit où très tôt à l’aube - Photo : Ma’anImages

Lorsque sa famille a ouvert la porte, ils ont demandé à voir Mazin Qumsiyeh (*). On leur a dit que Mazin était déjà parti aux États-Unis. Il répond ici aux questions de Silvia Cattori.

Sylvia Cattori : Nous avons appris qu’Israël accentue sa répression contre les manifestations non-violentes. Pouvez-vous nous décrire le contexte de cette situation ?

Mazin Qumsiyeh  : La résistance civile non-violente en Palestine, contre le projet colonial sioniste, s’est développée depuis plus de 120 ans. Elle s’est accentuée sous l’occupation britannique entre 1917 et 1947. Mais elle a pris une tournure beaucoup plus aigüe sous l’occupation sioniste directe, de 1948 à nos jours. Les événements les plus visibles ont été médiatisés, par exemple pendant le soulèvement de 1987 à 1991, lorsque des manifestants pacifiques se sont trouvé confrontés à des politiques de répression brutales, des tirs, des démolitions de maisons etc. Avec la fin effective de la résistance armée en 2006, lorsque le Hamas est entré dans le processus politique en rejoignant les autres principales factions, la seule forme de résistance qui ait subsisté, capable de menacer l’occupation sans fin, a été la résistance civile, ou populaire. Les autorités israéliennes ont donc renforcé la pression sur toutes les formes de résistance civile. Ils ont arrêté des dizaines de militants de premier plan, harcelé et battu les autres, et dans plusieurs cas, blessé ou tué des manifestants pacifiques.

Sylvia Cattori : Combien y a-t-il de prisonniers dans les prisons israéliennes ?

Mazin Qumsiyeh  : Il y a plus de 11.000 prisonniers politiques dans les prisons israéliennes. Des centaines d’entre eux sont détenus au titre de la « détention administrative », ce qui signifie des mois et parfois des années sans même voir un juge militaire israélien (aussi injuste que puisse être ce juge).

Sylvia Cattori : Suite à ce qui s’est passé à Beit Sahour et qui a conduit aux récents troubles, la situation à Beit Sahour est maintenant aussi tendue qu’à Bi’lin ?

Mazin Qumsiyeh  : Beit Sahour a une longue et glorieuse histoire de résistance civile qui a débuté en 1919. La ville comprend 70% de chrétiens et 30% de musulmans. Lors du soulèvement de 1987, les habitants de la ville (dans leur ensemble) ont décidé d’utiliser les tactiques de la résistance civile. Cela inclut le refus des cartes d’identité émises par Israël, le refus de payer les impôts, le refus de coopérer etc. La ville a été attaquée à plusieurs reprises depuis la “Shdema”, le camp militaire israélien situé à la lisière de la ville (une zone connue des gens du pays sous le nom de Ush Ghrab).

Le 28 décembre 2000, les habitants de la ville ont invité des internationaux, y compris des Israéliens, à marcher sur le camp. Des centaines d’entre eux sont entrés dans le camp militaire en un acte éclatant de résistance civile. Ce succès a conduit à la fondation de l’ « International Solidarity Movement » à Beit Sahour. L’armée israélienne a quitté le site en avril 2006. Les habitants de la ville ont construit, sur une partie de l’ancien site, un « Parc de la Paix » comprenant une aire de jeu pour les enfants, et les propriétaires fonciers ont pu accéder à leurs terres pour la première fois depuis des décennies et ont commencé à les récupérer pour l’agriculture. Mais des colons extrémistes ont commencé à venir sur le site et à faire pression sur le gouvernement israélien qui a refusé d’approuver la construction d’un hôpital pour enfants sur le site (le financement est disponible pour ce projet). Pour amadouer les colons, l’armée israélienne est de retour à Ush Ghrab.

Un comité populaire a été créé en février 2010, alors que des bulldozers israéliens commençaient à travailler sur le site. Il comprend des représentants de toutes les factions politiques, et des organisations non gouvernementales. Il a organisé, jusqu’ici, des veilles de prières, des investigations juridiques, des protestations, et la mise en valeur des terres. La première veille de prières tenue dans le parc a été confrontée à une brutale attaque israélienne (voir la vidéo sous le lien : http://www.youtube.com/watch?v=4he1vayLrfo). La semaine suivante, une attaque similaire a eu lieu contre les manifestants qui tentaient d’explorer le site (voir la vidéo sous le lien : http://www.youtube.com/watch ?v=s4MDxqrofhU).

Sylvia Cattori : Mais qu’en est-il en ce qui vous concerne ? Nous avons appris que vous étiez aussi personnellement visé. Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé ?

Mazin Qumsiyeh  : À deux reprises, des officiers israéliens présents sur les lieux m’ont averti de ne pas « organiser » des événements. Je ne suis que l’une des nombreuses personnes qui coordonnent les activités et travaillent à former les gens et à s’engager dans d’autres formes de résistance non-violente. Toutes les formes de résistance sont reconnues par le droit international. Mais les gens respectent en particulier notre forme non-violente de résistance et la soutiennent. Je viens de terminer un livre intitulé « Hope and Empowerment : A history of Palestinian Popular Resistance » [« Espoir et prise de pouvoir : Une histoire de la résistance populaire palestinienne »]. De toute évidence, l’armée israélienne n’est pas heureuse à ce sujet. Elle avait durement réprimé la résistance civile, et arrêté plusieurs dizaines de militants à Bi’lin, Ni’lin, Al-Masara, et ailleurs, précisément au cours de l’année dernière. Elle a même tué et blessé d’autres manifestants pacifiques.

L’armée israélienne me cherche. Les soldats sont venus chez moi un jour après que je sois parti en tournée de conférences aux États-Unis. Les soldats lourdement armés et les officiers du renseignement sont venus mardi [2 mars ndt] à 1h30 du matin. Ils ont demandé à me voir et, comme je n’étais évidemment pas là, ils ont laissé une convocation pour le lundi 8 mars. Bien entendu, je ne pourrai pas m’y rendre vu que je suis encore aux États-Unis et que je ne puis changer mon horaire. Je suis sûr qu’ils vont venir me chercher à mon retour.

Sylvia Cattori : Qu’allez-vous faire, maintenant que vous êtes aux Etats-Unis et que vous savez que l’armée israélienne vous cherche ?

Mazin Qumsiyeh  : Je vais rentrer et affronter ce qui arrivera. La vérité et la justice ne sont pas des choses sur lesquelles on doive faire des compromis, quels que soient les injustices et la répression.

Sylvia Cattori : Votre famille est chrétienne et votre ville est en majorité chrétienne. Israël se comporte-t-il avec vous différemment qu’avec les musulmans ?

Mazin Qumsiyeh  : Non. Israël a été créé comme un État par et pour « le peuple juif » à travers le monde. Les indigènes, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, ont été traités de la même manière : avec mépris, par l’oppression, et les tentatives inlassables pour nous éloigner de nos terres.

Sylvia Cattori : Que pensez-vous des problèmes entre le Fatah et le Hamas ?

Mazin Qumsiyeh  : C’est comme des détenus dans une prison qui, parfois élisent ou désignent des gars faciles pour s’accommoder avec les geôliers, et parfois essaient des gars plus durs qui refusent de coopérer avec les geôliers. Les différences entre eux sont englobées par le fait que les deux doivent vivre dans la prison. Je dirais que, malheureusement, nombre des factions palestiniennes y compris le Hamas et le Fatah sont tombées sous le charme des accords d’Oslo avec ses promesses illusoires de « l’autorité » alors qu’il n’ya vraiment qu’une seule autorité à l’ouest du Jourdain : l’État d’Israël. Ce qui aurait dû être fait, et qui est encore réalisable, est de lutter pour l’égalité et la justice à l’image de la lutte menée en Afrique du Sud. Nous ne pouvons pas accepter des Bantoustans avec des illusions pouvoir.

Sylvia Cattori : Quelle aide ou soutien attendez-vous du monde extérieur ?

Mazin Qumsiyeh  : Je pense que, comme c’est arrivé pour l’apartheid en Afrique du Sud, la communauté internationale a un rôle critique à jouer. Le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël (BDS), basé sur l’appel à l’action de la société civile palestinienne, se développe partout (voir : http://bdsmovement.net). Nous demandons instamment à tous de le rejoindre.

Au-delà de ça, il est d’une importance critique de toucher les médias, les politiciens, les chefs religieux, ainsi que les gens ordinaires pour leur faire comprendre ce qui se passe. Cela est particulièrement vrai dans les pays dont le gouvernement permet à cette répression de se poursuivre (par exemple : Israël, les États-Unis, le Canada, l’Australie, les pays européens, les pays arabes ayant des relations d’amitié avec Israël).

Sylvia Cattori : Merci beaucoup.

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Mazin Qumsiyeh

(*) Mazin Qumsiyeh est un militant infatigable pour les droits de l’homme des Palestiniens, qui est retourné dans sa ville natale de Beit Sahour en Cisjordanie occupée et qui enseigne maintenant dans les Universités de Bethléem et de Birzeit. Il a précédemment travaillé dans les facultés des Universités du Tennessee, de Duke et de Yale. Il est maintenant président du « Palestinian Center for Rapprochement Between People » [« Centre palestinien pour le rapprochement entre les gens »] à Beit Sahour, un faubourg de Bethléem. Auteur de « Sharing the Land of Canaan : Human Rights and the Israeli-Palestinian Struggle » [« Partager le Pays de Canaan : Les droits de l’homme et le conflit israélo-palestinien »] (2004), Qumsiyeh est à la fois un militant des droits de l’homme et un scientifique qui a une longue liste de publications sur la génétique à son actif.

Voir son site web :

3 mars 2010 - Ce texte peut être consulté ici :
http://www.silviacattori.net/articl...
Traduit de l’anglais par JPH pour Silviacattori.net