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La soumission chronique de Mahmoud Abbas
mercredi 7 octobre 2009 - Amira Hass
Ha’aretz

En un seul coup de téléphone à son représentant à Genève, Mahmoud Abbas a montré son mépris de l’action populaire, et son manque de confiance dans le pouvoir qu’il a accumulé et dans la place des mouvements de masse dans le processus de changement.

Pendant neuf mois, des milliers de personnes - des Palestiniens, leurs sympathisants étrangers et des militants anti-occupation israéliens - en ont bavé pour s’assurer que les suites de l’offensive militaire d’Israël contre Gaza ne seront pas jetées à la poubelle à ordures des nations occupantes obsédées par leurs sentiments de supériorité.

Merci au rapport Goldstone : même en Israël des voix commencent à bégayer que peut-être il faudrait une enquête indépendante sur l’agression. Mais peu après qu’Abbas ait rendu visite jeudi au consul général états-unien, le dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) prenait son téléphone pour donner des instructions à son représentant au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, pour qu’il demande aux autres membres du Conseil de reporter le vote sur l’adoption des conclusions du rapport.

D’après Abbas, son revirement serait dû à une forte pression américaine et à la reprise des négociations de paix. Le porte-parole palestinien s’est quelque peu affolé en donnant différentes versions pour essayer de faire passer ce revirement, expliquant que ce n’était pas une annulation que voulait Abbas mais un report de six mois.

Est-ce que les représentants états-uniens et européens à Genève approuvent l’adoption de ce report de six mois ? Est-ce qu’Israël va, dans les mois à venir, tenir compte du droit international, arrêter les constructions dans les colonies et annoncer des négociations immédiates sur leur démantèlement et la création d’un Etat palestinien sur les Territoires occupés ? Est-ce cela qu’une adoption du rapport aurait mis en danger ? Evidemment non !

Beaucoup d’une folie politique et du manque de perspicacité a été mis à nu avec ce coup de téléphone, à la veille de la célébration par le Hamas de sa victoire après avoir obtenu la libération de 20 prisonnières. C’est précisément ce jour-là qu’Abbas a mis Gaza à la une des journaux, étalant le défaitisme de l’OLP et crachant à la figure des victimes de l’agression ; c’est comme cela qu’ils l’ont ressenti, à Gaza et ailleurs.

Abbas a apporté effectivement la confirmation que le Hamas est la véritable direction nationale, et il a fourni des armes à tous ceux qui prétendent que la voie choisie par le Hamas - celle de la lutte armée - donnait des résultats que les négociations n’arrivaient pas à obtenir.

Ceci n’est pas une bévue isolée, mais une situation qui perdure depuis que la direction de l’OLP a concocté, en collaboration avec les naïfs Norvégiens et les retors avocats israéliens, les Accords d’Oslo. Le mépris et le manque d’intérêt à l’égard de la connaissance et de l’expérience accumulées par les habitants des Territoires occupés dans leur longue lutte populaire ont conduit à des premières erreurs : en ne faisant pas une déclaration explicite disant que l’objectif était de créer un Etat à l’intérieur de frontières définies, en n’insistant pas sur le gel des constructions dans les colonies, en oubliant les prisonniers, en approuvant un arrangement sur la zone C, etc.

Une soumission chronique est toujours expliquée par un désir de « faire des progrès ». Mais pour l’OLP et le Fatah, faire un progrès c’est maintenir l’existence même de l’Autorité palestinienne, une Autorité qui fonctionne aujourd’hui plus que jamais comme un sous-traitant des forces de défenses israéliennes, des services de sécurité du Shin Bet et de l’Administration civile.

C’est une direction qui s’est convaincue que la lutte armée ne pouvait - face à la supériorité militaire israélienne certainement - donner l’indépendance. Et effectivement, les répercussions désastreuses de la Seconde Intifada confirment cette position. C’est une direction qui croit dans la négociation comme voie stratégique pour obtenir un Etat et une intégration dans le monde que les Etats-Unis sont en train de mettre en forme.

Mais dans un tel monde, il y a des profits personnels qui s’accumulent à partir d’une soumission chronique ; des avantages dont profitent les dirigeants et leur entourage immédiat. C’est ce profit personnel qui façonne la tactique.

N’est-ce vraiment qu’un choix entre négociations et théâtre de la lutte armée, comme le prétend la direction palestinienne ? Non.

Le vrai choix est entre négocier dans le cadre d’une lutte populaire ancrée dans la langue d’une culture universelle et d’une égalité des droits, et négocier entre associés en affaires avec un associé débutant qui exprime docilement sa gratitude envers l’associé aguerri pour sa générosité.

Du même auteur :

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5 octobre 2009 - Ha’aretz - traduction : JPP