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Non, Lieberman n’est pas un accident de la nature !
vendredi 3 avril 2009 - Nimer Sultany
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Dans les cercles dirigeants israéliens, Lieberman n’est de loin pas le seul fasciste ... Photo : Levine/SIPA

En effet, l’aile la plus à droite du sionisme a renforcé sa prise sur le système politique israélien à l’occasion des récentes élections israéliennes. Mais il serait erroné de considérer ces résultats comme principalement et directement produit par l’assaut contre Gaza et le sentiment populaire qui s’en est suivi, et de les isoler des processus en cours depuis des années avant la guerre.

En effet, l’aile la plus à droite est en meilleure position que la gauche dans le vote juif depuis 1977, et son pouvoir n’a cessé de se renforcer depuis qu’Ehud Barak a liquidé la soi-disante gauche sioniste lors [des discussions] de Camp David et ce qui est ensuite advenu.

De même, ce serait se tromper que de considérer la montée en puissance d’Avigdor Lieberman et de son parti, « Yisrael Beiteinu », comme une évolution importante ou comme la cause principale de souci pour les Palestiniens.

Se concentrer sur Lieberman (charitablement qualifié par le journal le Guardian « de tenant d’une ligne dure ») évite de devoir discuter des vraies questions, en parlant juste d’un politicien dérangeant qui dit des choses honteuses que d’autres sont généralement peu disposés à dire. Cette logique semble suggérer que la disparition politique de Lieberman provoquerait une résolution soudaine des principaux problèmes au Moyen-Orient. Mais Lieberman ne fait qu’aggraver un problème qui existait déjà, et il ne peut pas être aisément mis de côté comme un cas marginal excessif ou anormal dans le système politique israélien.

D’abord, il faut se souvenir que parmi les membres élus de « Yisrael Beiteinu » à la Knesset se trouvent des individus provenant de l’ « establishment » : par exemple un ancien ambassadeur aux Etas-Unis et un ancien commandant en chef des forces de police.

En second lieu, dans les négociations qui ont suivi le jour des élections il y avait un large éventail de points d’accord non seulement entre le Likud de Benjamin Netanyahu et Lieberman, mais également entre Lieberman et le parti Kadima de Tzipi Livni, la ministre des affaires étrangères en place. Aussi bien le Likud que le Kadima essayaient de convaincre Lieberman de se joindre à leur propre coalition. Inutile de le dire, Lieberman et Kadima ont émergé dans la dernière décennie comme une progéniture du Likud.

Troisièmement, Ehud Barak du parti travailliste a rejeté avant les élections une demande de quelques membres les plus influents de son parti de s’engager à ne pas se joindre à une coalition qui comprendrait Lieberman. Encore pire, Barak a affirmé que Lieberman se contente de causer mais n’agit pas puisqu’il n’a jamais « descendu quelqu’un », disant de ce fait qu’il est lui-même un type dur puisqu’il a réellement tué des Arabes dans son passé.

Quatrièmement, l’idée centrale de Lieberman d’échange de terres ou d’échange de populations qui incluerait les citoyens palestiniens d’Israël, plus le fait qu’il voit cette minorité comme une menace démographique et stratégique pour l’état juif auto-proclamé, ne sont réellement pas un objet de controverse parmi les principaux partis et les élites en Israël.

La question de la citoyenneté palestinienne dans un état juif a été soulevée longtemps avant que Lieberman ait émergé sur la scène politique et ait exploité l’incitation à la haine contre les citoyens palestiniens pour gagner plus de voix. En effet, beaucoup d’universitaires et de politiciens israéliens de premier plan ont exprimé leur appui à ces idées, dont Ariel Sharon, Benjamin Netanyahu, Elie Yishai du parti Shas, Ephraim Sneh du parti travailliste, le journaliste Dan Margalit et l’historien Benny Morris.

Pour donner un exemple, Ehud Barak a fait savoir dans son interview avec Benny Morris et datée du juin 2002 pour « The New York Review of Book » que les citoyens arabes serviront de « fer de lance » à la lutte des Palestiniens, et que ceci exigera des changements dans les règles « du jeu démocratique » pour garantir le « judéïté » de l’état. Il a également exprimé son soutien à l’idée d’un échange de terres qui incluerait de grandes concentrations arabes à l’intérieur d’Israël parce cela « a du sens sur le plan démographique. »

Pour donner un autre exemple, le 23 janvier 2002 Livni a invité des membres de la Knesset à rejeter « une clause de protection d’égalité » selon laquelle l’égalité est le droit de chaque citoyen dans l’état indépendamment de sa nationalité ou sa religion ou ses opinions. En effet, la loi proposée a été rejetée et l’égalité reste formellement en dehors du champ israélien de la loi. Livni a également soutenu « les colonies et l’affectation de terres uniquement pour des juifs » à la Knesset. En conclusion, elle a à plusieurs reprises expliqué qu’Israël ne sera jamais la patrie de ses citoyens palestiniens, et que si ceux-ci ont une aspiration collective ils devraient chercher à la réaliser quelque part ailleurs.

Cinquièmement, ce n’est pas la première fois que Lieberman est nommé ministre dans un cabinet israélien. Il a en fait déjà servi en tant que ministre de l’infrastructure nationale (2001-02), ministre du transport (2003-04), et puis plus récemment ministre des affaires stratégiques (2006-08).

Sixièmement, Lieberman n’est ni le premier ni l’unique partisan déclaré de l’expulsion des Palestiniens à servir au gouvernement. En réalité, Rehavam Ze’evi du parti raciste du Moledet était un ministre sans portefeuille (1991-92), puis à nouveau ministre du tourisme (2001) dans le gouvernement de Sharon jusqu’à ce qu’il ait été exécuté par des Palestinians, pour être alors remplacé par Benjamin Elon du même parti et avec les mêmes vues. Ze’evi était encore plus engagé sur cette question que Lieberman. Ce qui est notable dans ce contexte est que le parlement israélien a voté une loi pour que soit commémoré « l’héritage » de Ze’evi après qu’il ait été tué.

D’autres fascistes ont également servi dans le gouvernement israélien ces dernières années. Effie Eitam du parti religieux national (HaMafdal), par exemple, est un autre partisan de l’expulsion, célèbre pour avoir qualifié les citoyens palestiniens d’Israël de « bombe à retardement » et de « cancer. » Cela n’a pas empêché l’ancien général d’être nommé ministre du logement (2003-04) et ministre de l’infrastructure nationale (2002).

Dans « Altneuland », une nouvelle originale de Theodor Herzl éditée en 1902, le rabbin Dr. Geyer concoure dans des élections avec comme plate-forme la privation des droits civiques pour les citoyens arabes. Les sionistes traditionnalistes, d’une part, et les bons Arabes qui avaient souhaité la bienvenue aux sionistes, d’autre part, ont repoussé Geyer comme fauteur de troubles et dans le roman Geyer perdait les élections. Lieberman joue actuellement le rôle du rabbin Geyer avec la différence qu’il a réellement gagné les élections et qu’il est un faiseur de roi. Cet état de faits semble avoir induit en erreur plusieurs des commentateurs qui sont focalisés sur le danger que pose l’apparition de Lieberman. Ce serait équivalent à se concentrer sur le rabbin Geyer et à oublier Herzl et le projet sioniste lui-même qui a produit non seulement le déplacement du peuple palestinien mais également le statut de citoyens de seconde zone pour les Palestiniens restés à l’intérieur d’Israël.

Le déplacement du sionisme vers sa droite ne peut pas être réduit au cas Lieberman, et le problème posé par le sionisme ne peut pas être uniquement réduit à son aile droite.

* Nimer Sultany est un citoyen palestinien en Israël et actuellement un candidat doctoral à l’école de droit d’Harvard. Il a travaillé en tant qu’avocat des droits de l’homme dans l’association pour les droits civiques en Israël et comme responsable de projet d’enquête d’opinion au Mada al-Carmel (le centre arabe pour la recherche sociale appliquée).

24 mars 2009 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction de l’anglais : Claude Zurbach