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« Les Charlie’s angels » du Hamas
mercredi 15 octobre 2008 - Javier Espinosa -
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Une femme policier du gouvernement de Gaza - Photo : AP/Diia Hadid

Jusqu’ici leur mission semble être la même : la lutte contre la criminalité et les trafiquants de drogue. Cependant, leur apparence est loin d’être celle du trio des intrépides détectives de la célèbre série américaine.

A Gaza, les « Charlie’s Angels » du Hamas pourraient être des femmes aussi attrayantes que les actrices de l’émission de télévision. Mais il est impossible de les voir. Chacune d’entre elles porte la « jilbab » (robe qui laisse seulement visibles les mains) et les deux premières se couvrent le visage avec un « tchador » (foulard qui couvre tout sauf les yeux).

« Notre gouvernement applique la ?charia’ (loi islamique) et c’est pour cela que nous portons des uniformes ajustés, ou le jilbab. Mais de couleur bleue, comme le reste des policiers », dit Omm Hussam, 30 ans, un autre agent du mouvement islamiste.

La présence de 55 femmes dans les rangs des forces de sécurité mis en place par le Hamas dans la bande de Gaza est destinée à être une réplique du mouvement palestinien aux plaintes qui tentent de les accuser de discrimination à l’égard des femmes sur la base de leurs croyances.

« Ce gouvernement (en référence au Hamas) s’est préoccupé particulièrement de promouvoir les droits des femmes. Je suis un exemple. Je suis diplômée en affaires sociales, et quand j’ai fini l’université, je pensais que je devrais rester à la maison, sans rien faire. Et regardez, je suis maintenant lieutenant de police », dit avec fierté Rima Nouad.

Quand on lui rappelle qu’avec le parti au pouvoir d’ Abou Mazen, le Fatah, il y avait 350 policières dans la bande de Gaza, Rania esquive cet argument. « Nous sommes 55 parce que c’est le nombre dont avait besoin la police. Si nous en voulions plus nous en recruterions davantage », dit-elle.

La formation des recrues du Hamas, toutes les diplômées de l’université, les amène après une courte période de recyclage au rang de membres du Bureau. Les responsables des soldats les répartissent par unités comme la section de répression des drogues, la section des enquêtes ou de la garde des prisons.

Licenciée en droit, Rania Abu Abdo, 27 ans, a rejoint la « police » du Hamas en septembre 2007. Un énorme Coran trône sur sa table de travail. Pendant tout ce temps elle a appris à se familiariser avec les drogues qu’elle n’avait jamais vu avant « La drogue est l’un des principaux problèmes dans la bande de Gaza. Il y en a de toutes sortes, des médicaments aux drogues dures comme la cocaïne », déclare t-elle.

Le lieutenant fait valoir des statistiques sur un phénomène mal connu de la bande palestinienne. « Entre juin 2007 et mars de cette année, nous avons saisi 130 kilos de haschisch, 74 kilos de marijuana et 1,2 kilos de cocaïne. C’est sans compter les pilules (médicaments) ou les plantations de marijuana que nous avons détruit », précise t-elle.

Rania et Umm Hussam accompagnent souvent les hommes des unités dans les opérations lancées contre les trafiquants de drogue. Ce sont elles qui sont responsables de la fouille des femmes présentes dans l’interpellation. « Nos frères (c’est comme cela qu’elles appellent les membres du Hamas) ne le pourraient pas. La religion le leur interdit et dans de nombreux cas, les épouses des trafiquants de drogue cachent la drogue sur elle ou dans leurs vêtements », explique Rania.

C’est la même chose pour les enquêtrices. Elles se sont spécialisées dans l’interrogatoire et la détention des femmes. « Nous nous occupons de toutes sortes de cas, des vols, des meurtres ... mais la plupart de notre travail se concentre sur la prostitution », explique Ashar Abu Nada, âgée de 50 ans.

Toutefois, la notion de prostitution qu’elle défend est fondée en grande partie sur leurs strictes croyances religieuses. Il ne s’agit pas seulement de sexe pour l’argent, mais simplement du sexe hors mariage. Il y a deux jours, ils ont arrêté la dernière « suspecte ». Elle est enfermée dans une petite cellule à côté du bureau où a lieu la conversation avec le journaliste. « C’est une femme de 49 ans. Elle a dit qu’elle allait à un cours d’une ONG, mais nous l’avons surveillée et avons découvert qu’elle était allée coucher avec un autre homme », dit Rima Nouad. « Il y a beaucoup de cas. Ils sont dus au manque de conscience religieuse. Il y a de nombreux étudiants qui ne savent même pas prier, qui ne jeûnent pas pendant le ramadan et c’est pour cela qu’ils se conduisent comme ça. La prostitution existait déjà avec le Fatah, mais ce que faisaient les policiers c’était de les arrêter pour coucher avec elles. Le chef de la police lui-même, Ghazi Jabali, l’a souvent fait. Il en a payé une 1000 shekels (200 euros, une fortune dans la bande de Gaza) », ajoute-t-elle.

Les enquêteurs du Hamas ont adopté deux attitudes face à cette question. « Si c’est un cas de prostitution, nous l’envoyons au juge. C’est ce que nous avons fait avec un monsieur de Shiyajiya (un quartier dans la bande de Gaza) qui touchait 50 shekels (10 euros) pour chaque personne qui couchait avec sa propre femme ! Mais s’il s’agit de cas isolés (adultère), nous interrogeons la jeune fille, nous lui donnons un avertissement et après quelques jours nous la remettons en liberté. Si c’est une jeune-fille et que nous vérifions par le médecin qu’elle est encore vierge (sic) nous parlons avec la famille et les prévenons d’être attentifs à son comportement », explique le lieutenant.

L’unité reconnaît que parfois les avertissements à la famille sont contreproductifs car ils se terminent de façon tragique. C’est ce qu’on appelle des « crimes d’honneur ». Ashar se souvient que « récemment, une femme qui couchait avec d’autres hommes et avait divorcé 4 fois a été assassinée par son mari. »

Pour tous les lieutenants du Hamas, leur présence dans un environnement dominé par les hommes n’est pas un sujet de préoccupation. « Nous avons une section séparée avec cuisine, salle de bains. Quand ils veulent nous parler, ils nous appellent par téléphone, ils ne viennent pas au bureau. En plus de tout le monde sait que c’est un travail sérieux, et que le flirt n’est pas autorisé », explique Rania Abu Abdo.

Sur le même thème :

- Police féminine dans Gaza : combattre le crime et dépasser les traditions - 9 septembre 2008

22 septembre 2008 - El Mundo - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.elmundo.es/elmundo/2008/...
Traduction de l’espagnol : Charlotte