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Les plages de la mer Morte interdites aux Palestiniens pour « apaiser les colons israéliens »
dimanche 22 juin 2008 - D.Macintyre - The Independent
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La partie sud de la côte ouest de la mer Morte ; la partie nord se trouve en Cisjordanie occupée. Mais l’ACRI dit que les Palestiniens sont empêchés même d’aller sur leurs propres plages au nord.

Les Palestiniens sont régulièrement et illégalement empêchés de se rendre sur les plages de la mer Morte en Cisjordanie occupée, selon une requête déposée devant la Cour suprême par une organisation israélienne importante militant pour les droits civils.

L’Association pour les Droits civils (ACRI) en Israël soutient que l’armée interdit fréquemment aux Palestiniens qui le souhaitent d’aller nager ou de se détendre sur les plages dans le nord de la mer Morte. La mer Morte, saturée de sel, est le seul plan d’eau accessible aux Palestiniens de Cisjordanie, celle-ci n’ayant autre débouché sur la mer.

Selon la requête, l’armée israélienne utilise le check-point de Beit Ha’arava sur la route 90 - la seule voie d’accès de la Cisjordanie occupée pour aller sur la mer Morte - pour renvoyer les Palestiniens, principalement mais pas exclusivement, les fins de semaines et pendant les congés juifs.

Pour l’ACRI, le but de cette interdiction est d’apaiser les colons israéliens qui exploitent des concessions le long de la rive nord de la mer Morte. Ils craignent de perdre des clients juifs s’il y a beaucoup d’Arabes sur les plages dans ce territoire saisi par Israël durant la guerre des Six Jours en 1967.

Un conducteur d’autocar, Mohammed Ahmed Nuaga’a, raconte comment il a été contraint par l’armée de faire demi tour avec tout un groupe d’enfants de 6 à 12 ans lors d’un voyage scolaire, venant du district d’Hébron et allant sur la mer Morte, le mois dernier. La sortie avait été officiellement coordonnée avec le ministère de l’Education de l’Autorité palestinienne et se faisait avec 10 enseignants et 15 parents. Il était revenu quelques heures plus tard dans l’espoir que les soldats se seraient calmés mais pas du tout. « J’ai essayé de leur expliquer qu’il s’agissait de jeunes élèves qui venaient de très loin pour réaliser un grand rêve : voir la mer » dit Mohammed.

« Mais les soldats étaient très agressifs et se sont mis à nous crier dessus, que le passage était interdit aux Palestiniens, qu’ils soient adultes ou enfants. Les élèves ont supplié les soldats de les laisser passer, ne serait-ce que 10 minutes, juste pour voir la mer et repartir, mais rien à faire. »

Dans sa requête, l’avocat de l’ACRI, Limor Yehuda, soutient : « Nous avons affaire ici à des interdictions de voyager et à des refus de laisser l’accès à des lieux publics en territoire occupé, interdictions et refus entachés de discrimination et caractéristiques des régimes coloniaux. Nous sommes face à des interdictions qui empêchent une population protégée du territoire occupé de faire usage de ses propres ressources, alors que ces mêmes ressources sont mises à la disposition et à la jouissance des citoyens de la puissance occupante. »

L’interdiction a été révélée grâce aux témoignages de deux réservistes de l’armée israélienne qui disent qu’au début de leur période militaire, en mai, on leur avait dit que le but du check-point était « d’empêcher les Palestiniens de venir de la vallée du Jourdain sur les plages de la mer Morte ».

L’un des réservistes, Doron Karbel, atteste que par une « note technique », le commandant de la brigade de la vallée du Jourdain, le colonel Yigal Slovik, avait indiqué la raison d’être du check-point, « si les vacanciers juifs et palestiniens allaient sur les plages côte à côte, cela nuirait aux affaires des yishuvim (communautés juives) des environs. »

Doron Karbel ajoute : « Lors d’une conversation que j’ai eue par la suite avec le commandant de la brigade, celui-ci m’a dit qu’il pouvait trouver une justification sécuritaire en cas de besoin. »

Plus au sud, depuis Ein Gedi, les plages sur la rive ouest de la mer Morte se trouvent en territoire sous souveraineté israélienne. Mais les plages populaires de la côte nord de la mer Morte sont seulement sous contrôle israélien et les touristes peuvent facilement - mais à tort - imaginer qu’ils sont aussi en Israël et non dans un territoire occupé. En avril de cette année, le Bureau de vérification de la publicité (ASA) britannique a exigé du ministère israélien du Tourisme la modification d’un texte sur un panneau publicitaire qui laissait entendre que Qumran, près de la rive nord, et le site de la découverte des Manuscrits de la mer Morte se trouvaient en Israël.

Dans la requête de l’ACRI, Me Yehuda indique : « L’illégalité des actes et des ordres de l’armée est absolument indiscutable. Il s’agit clairement d’un cas d’utilisation abusive des conditions de sécurité pour camoufler la réalisation d’objectifs qui n’ont rien à voir avec les questions de sécurité et qui sont inacceptables. »

Israël a aussi été blâmé pour sa ségrégation avec les routes réservées aux automobilistes israéliens en Cisjordanie pour de prétendues raisons de sécurité. Les officiels israéliens refusent d’admettre qu’il s’agit de discrimination raciale, en partie parce que les Arabes qui ont la citoyenneté israélienne sont autorisés à utiliser ces routes. Ils vont aussi souvent sur les plages de la mer Morte.

L’armée israélienne refuse de faire des commentaires plus détaillés alors que les procédures judiciaires sont toujours en cours, mais elle indique dans une déclaration que « le réseau de passages de sécurité en Cisjordanie a été installé en réponse à l’extrême menace terroriste et à la violence durant la Seconde Intifada. » Etant donné que la violence s’est « atténuée », les passages sont « en cours d’examen ».

Du même auteur :

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Jérusalem, le 14 juin 2008 - The Independent - Traduction : JPP - Publié également sur Palestine Monitor