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"Débarquement d’immigrés, six cadavres retrouvés. Les clandestins sont Palestiniens"
dimanche 28 octobre 2007 - Mauro Manno

Aujourd’hui dimanche 28 octobre, je ne partirai pas de la presse israélienne ou anglo-saxonne (&) mais, banalement, de Televideo sur quoi je lis l’information suivante.

Débarquement d’immigrés, six cadavres retrouvés
Six cadavres d’immigrés morts en mer ont été retrouvés à Roccella Ionica, en Calabre, après le naufrage de la barque sur laquelle ils voyageaient.
Le bilan de ce débarquement qui se termine tragiquement se monte ainsi à six victimes.Par ailleurs, cent personnes sont arrivées sur un bateau qui s’est brisé en s’échouant dans le sable.
Deux corps avaient été immédiatement repêchés en mer. Un troisième a été retrouvé ensuite. Les recherches se poursuivent.
Les clandestins sont Palestiniens.



Honorables Bossi et Fini,

Vous tenez à garder le caractère d’italianité de notre patrie. L’On. Bossi ne tient peut-être à conserver que le caractère padanien du nord. Mais vous avez uni vos efforts et avez élaboré une loi, qui porte votre nom et qui vise à tenir loin de nos côtes le plus d’immigrants possibles. Vous avez eu pour cela le soutien (et les votes) de très nombreux italiens.

Vous, vous savez parfaitement que le phénomène de l’immigration depuis les pays de ce qu’on appelle « tiers-monde » (je dis qu’on appelle, parce qu’il s’agit toujours de notre monde) est un phénomène extrêmement compliqué. Un phénomène d’époque.

Les conditions de pauvreté et de violence qui persistent et se font plus aigues dans le dit tiers monde sont les causes principales de ce terrible phénomène. Vous, vous le savez très bien. Ou dites le savoir.
Un problème aussi vaste et complexe, ou se résout à la racine ou ne se résout pas.

Vous, vous avez fait le choix de ne pas affronter le problème à la racine, donc vous avez choisi de ne pas le résoudre de tout. Votre choix est complètement hypocrite. Etablir des accords avec les pays de la rive sud de la Méditerranée pour qu’ils fassent la police pour notre compte, et arrêtent les immigrants dans leurs pays, ne sert à rien. Cela ne sert à rien de leur fournir des technologies, des vedettes de surveillance et des barbelés pour capturer et retenir les émigrants dans leurs pays. Des pays comme la Libye, l’Algérie ou la Tunisie, nous demandent de l’argent et des outils, mentionnés ci-dessus, pour pouvoir faire la besogne que nous leur assignons. Du temps et de l’argent perdus. Les chiffres nous le démontrent. Nous jetons de l’argent par les fenêtres, ou plutôt nous l’offrons aux régimes répressifs de ces pays qui l’utilisent ainsi surtout pour réprimer leurs propres peuples. Les émigrés continuent à venir, clandestinement, et il n’est pas question de modification de votre loi par le gouvernement Prodi en Italie. La vérité c’est que vous n’êtes pas capables d’affronter le problème à la racine, ni vous, ni vos « adversaires » du centre-gauche.

La pauvreté dans le monde se résout avec le développement de ces très vastes régions de la terre où soit l’on meurt de faim, soit l’on n’a pas les outils pour produire, et produire dans des conditions concurrentielles et exporter ensuite.

La technologie coûte très cher et nous, nous la vendons très cher aux pays pauvres. En même temps, nous achetons pour presque rien leurs produits agricoles. Le pétrole, nous le payons encore très peu bien qu’il ait atteint les 90 dollars le baril ; mais le baril contient 160 litres de brut et un dollar vaut 0,60 euro. Donc, tous comptes faits, un litre de brut nous coûte moins de 40 centimes d’euro alors que nous achetons (pour le moment) l’essence 1,40 euros le litre. Les grosses sommes ce sont les compagnies pétrolières et l’état qui les encaissent.

Mais le pétrole est un cas à part. Combien achetons-nous le cacao, le café, le thé, le cuivre, le fer, le bois des forêts équatoriales ? Combien nos industriels achètent-ils la force de travail des nouveaux esclaves africains ou asiatiques ? Nous exigeons, nous, que leurs produits agricoles ne soient pas subventionnés par l’état et ne puissent donc pas faire concurrence à nos produits agricoles qui, par contre, sont généreusement subventionnés. Le blé, l’orge, le lait, le soja etc. Subventions à la production, à la transformation, à l’exportation. Comment les pays pauvres peuvent-ils, en ayant de surcroît les mains liées, faire arriver leurs produits sur nos marchés ou même concurrencer les prix de nos produits subventionnés sur leurs propres marchés ? Leurs productions ont été mises en crise par les notres qui se réalisent en régime privilégié. Nous étonnerions-nous ensuite que leurs paysans, chassés de leurs campagnes qu’on a rendues misérables, traversent la Méditerranée ?

Cela, On. Bossi et Fini, est causé par le libéralisme économique et financier dont vous êtes devenus (avec la dite « gauche ») les meilleurs paladins. La disparition des barrières douanières protectrices (les leurs évidemment), l’abolition des frontières (les leurs naturellement) et de l ?intervention de l’état (le leur certes) est en train de détruire l’économie traditionnelle des pays pauvres et de promouvoir une vague d’émigration historique vers nos pays. Et il n’y a pas de loi qui tienne. Etes-vous en mesure de couper le mal à la racine ? Non. Vous ne pouvez que faire de l’hypocrisie et prêcher la fortification raciste égoïste répressive.

« Jamais, direz-vous ; ce n’est pas vrai que le libéralisme que nous défendons crée la pauvreté et l’émigration. Nous le défendons justement parce qu’il crée des opportunités pour les pays pauvres qui ont ainsi l ?opportunité de retenir leurs citoyens à l’intérieur de leurs frontières ! ».

Conneries ! Et grosses ! S’il est vrai que le libéralisme crée quelques opportunités, pour quelque couche privilégiée du dit « tiers monde », il crée beaucoup plus de destruction chez les milliards de personnes des campagnes et des régions les moins privilégiées. Aujourd’hui le capital financier a pénétré massivement en Chine, au point que celle-ci est devenue l’ « usine du monde ». Les capitaux ont apporté une technologie et des installations industrielles qui emploient des millions de travailleurs, qui sont exploités dans des conditions inacceptables en Occident. La mutation de l’économie chinoise, de traditionnelle-agricole à industrielle, entraîne un flux continu de misérables depuis les campagnes et les régions montagneuses de la Chine vers les régions industrielles de la côte. Tout le monde ne trouve pas de travail, et le choix forcé reste l’émigration. En outre, plus il y a de capitaux qui arrivent dans le pays, et plus il y a de technologie qui suit, et la technologie remplace les travailleurs. Nouvelle émigration. Le libéralisme est sans aucun doute en train de développer la Chine mais l’émigration s’en trouve encouragée, non pas découragée.

Si la Chine, l’ « usine du monde », le pays où les industries occidentales délocalisent, où les capitaux occidentaux se précipitent pour faire des investissements avantageux, si la Chine, avec le taux de développement annuel le plus haut du monde, 11%, produit de l’émigration, que peuvent faire les pays d’Afrique, du Moyen Orient et même les pays d’Europe de l’Est ?
La solution est vraiment une politique anti-libérale, une politique de nationalisations et étatisation comme sont en train de le faire certains pays d’Amérique latine : le Venezuela, l’Equateur, Cuba. Mais il ne me semble pas que cette politique vous plaise à vous qui êtes proaméricains jusqu’à l’os. Vous ce qui vous plaît c’est la politique agressive et spéculative du monde financier américain, en grande partie juif. D’un côté vous soutenez la politique qui crée de l’émigration, de l’autre vous vous lamentez de ses conséquences. Vous continuez ainsi à donner le bâton pour vous faire battre, vous et les italiens, en toute hypocrisie.

Mais venons-en à l’information de Televideo.

Celui qui l’a rédigée a attendu jusqu’à la dernière ligne pour spécifier la nationalité des émigrés, j’ose espérer qu’il l’a fait poussé par un certain sens de honte.

On. Bossi et Fini, vous êtes des soutiens enthousiastes d’Israël, de sa prétendue « démocratie » (pour les juifs seulement), et des grands protecteurs de cet état raciste, je fais référence évidemment aux Etats-Unis d’Amérique. L’état israélien vit en développant son projet historique de chasser les Palestiniens de leur terre, et d’y amener des personnes juives de tous les coins du monde, qui ainsi quittent le pays où ils sont nés et ont grandi, où ils ont des propriétés et des liens. Ceux là n’aiment pas le pays où ils sont nés et ont grandi, ils le trahissent pour aller ôter leur terre aux Palestiniens. La chasse aux Palestiniens continue chaque jour grâce aussi au miroir aux alouettes que sont les tractations pour construire les soit disant « deux états » (que vous soutenez).

Je soutiens moi au contraire qu’on doive s’engager pour un seul état non racial et démocratique pour les juifs et les palestiniens sur toute la Palestine. Un état qui ne chasse personne, qui même favorise le retour des réfugiés.

Onorevoli Bossi et Fini, qu’en pensez-vous ? Vous préférez courber le front devant Israël et le puissant lobby sioniste américain. On le voit.

Faites comme vous voulez, bien égaux en cela à la dite « gauche », mais au moins rendez-vous compte de la contradiction. Si vous appuyez le libéralisme, vous aurez de plus en plus de misérables en Italie, de même que si vous soutenez Israël et le sionisme, vous aurez de plus en plus de Palestiniens sur nos côtes. Eux ils voudraient rester dans leur patrie bien aimée. Mais Israël veut les chasser, vers le monde arabe, vers l’Europe, vers l’Italie. Vous n’avez pas dit un mot contre le blocus économique de Gaza, contre les check points et les violences israéliennes dans les territoires occupés. Hier votre ami Barak, ministre de la « défense » d’Israël, tandis que ses soldats blessaient un volontaire italien, a coupé les approvisionnements en gaz et carburant à la population déjà sinistrée de la Bande de Gaza. Pas un mot de vous ne s’est fait entendre. Vous êtes des hypocrites incurables et votre politique sur l’immigration n’est qu’un expédient politique pour gagner des votes et des sièges. J’espère que quelques uns de vos électeurs s’en apercevront et vous enverront là où vous ont déjà envoyés Beppe Grillo et nombre de nos compatriotes avec lui (2).

Moi aussi je tiens à sauver le caractère italien de ma patrie. Chaque peuple devrait pouvoir rester dans son pays. Chaque homme (sauf un certain nombre de juifs, c’est-à-dire les sionistes) est lié à la terre sur laquelle il a vu le jour. Chaque homme est lié à la culture, à la langue ou au dialecte de son propre pays. Moi je suis un fils d’émigrés des Pouilles en Belgique, et mon père a quitté le soleil de nos campagnes pour les ténèbres froides des mines de charbon. Pendant 24 ans. Je sais donc de quoi je parle. Tout comme je sens un lien avec ma terre, ainsi en va-t-il pour un Algérien, pour un Somalien, pour un Sénégalais, pour un Chinois, pour un Palestinien... Nul plus que les Palestiniens ne voudrait rester dans sa chère patrie, la Palestine.

Je me rends compte que battre le libéralisme est une entreprise complexe et nécessite du temps et un grand engagement. Mais isoler Israël et le condamner pour sa politique raciste de mettre les Palestiniens en condition d’émigrer pour survivre ne demande pas d’efforts particuliers : il suffit d’un peu de courage, de cohérence et d’humanité. Trois choses qui vous manquent absolument, à vous.

Salutations distinguées,

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Mauro Manno

Mauro Manno

* Onorevole : Honorable, titre et formule de politesse utilisée en Italie quand on parle à (ou/et de) des élus de la République (sénateurs, députés, etc...). NdT.


Mauro Manno est l’auteur de plusieurs essais, en particulier de "La natura del sionismo" (en cours de réédition en Italie).

Notes :

(1) L’auteur est enseignant (anglais) et traducteur.
(2) Allusion au Vaffa day (Vaffancullo day) manifestation du 8 septembre 2007.

Du même auteur :

- Sionisme - Lettre ouverte au Président de la République italienne

28 octobre 2007
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio