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Miracle palestinien à l’ONU : le défaitisme ne connait pas de limite
samedi 11 août 2007 - Ramzy Baroud

Durant les 62 années qui se sont écoulées depuis la fondation du Conseil de sécurité des Nations Unies, les Palestiniens ne sont jamais parvenus à exercer une quelconque influence qui leur permettrait de bloquer ou modifier un projet de résolution de façon signicative.

Mais les miracles existent, car pour la première fois, et après des jours de lobbying intensif, une délégation palestinienne a récemment fait avorter un projet de résolution devant le Conseil de Sécurité. Et encore plus fort, cette délégation est également parvenue à bloquer le rapport qui est habituellement rédigé par la présidence du Conseil lorsqu’une résolution est enterrée afin d’expliquer les circonstances du rejet.

Mais ce « miracle » a pris un tour étrange. La résolution, rédigée par le Qatar et cosignée par l’Indonésie, exprimait simplement des inquiétudes quant au désastre humanitaire s’aggravant dans la bande de Gaza et la situation de plus en plus difficile qui est celle des 1,5 million de Palestiniens qui y vivent, ou plus exactement, y sont emprisonnés, manquant de toutes les nécessités imaginables - l’électricité, le carburant, l’eau propre, la nourriture et les médicaments.

On s’attendrait à ce que, comme c’est très souvent le cas, Israël expédie ses délégations à l’ONU, armées de tous les prétextes possibles pour refuser aux Palestiniens la plus petite fenêtre d’opportunité pour expliquer les questions les concernant - comme la protection pour les réfugiés, l’aide humanitaire, ou les enquêtes sur des massacres.

Historiquement le soutien à la Palestine est demeuré élevé dans l’Assemblée Générale, en dépit de la stratégie israélienne de chantage à l’anti-sémitisme pour intimider des Etats Membres. De façon non surprenante, c’est au Conseil de sécurité qu’Israël a investi la majeure partie de son énergie, les ambassadeurs israéliens et américains à l’ONU travaillant avec zèle pour bloquer toute résolution du Conseil de sécurité en achetant l’appui de ses membres, qu’ils aient droit de veto ou non, ou en intimidant les rares audacieux de leur retirer leur soutien dans tout dossier présenté.

Le plus souvent les Etats-Unis insistent pour reformuler une résolution avant de la soumettre aux voix. Si ceci ne marche pas, on est alors certain du veto américain.

Ces dernières années, de Madeleine Albright (ancienne secrétaire d’état de Bill Clinton) en passant par John Negroponte (ancien ambassadeur des Etats-Unis en Irak et maintenant secrétaire d’état adjoint) jusqu’à l’actuel ambassadeur Zalmay Khalilzad (ancien ambassadeur américain en Irak), la position anti-Palestinienne des Etats-Unis s’est durcie par rapport à n’importe quelle possibilité de compromis.

C’est Negroponte qui a déclaré en 2002 que les Etats-Unis opposeraient leur droit de veto à toute résolution concernant Israël qui ne condamnerait pas les Palestiniens. En d’autres termes, Israël a pu poursuivre ses meurtres sans aucune objection venant du Conseil.

Les Palestiniens ont alors combattu de toutes leurs forces avec l’aide de divers ambassadeurs arabes et d’autres représentants pour rétablir l’équilibre en leur faveur, mais en vain. Tant que les Etats-Unis demeure ferme sur ce principe indéniablement corrompu, la Palestine reste impuissante à obtenir n’importe quel véritable appui international.

Gardant ceci à l’esprit, c’est un choc sans égal que d’apprendre le double « succès » de la délégation palestinienne à l’ONU le 30 juillet, avec, premièrement, le Qatar retirant sa résolution concernant la Palestine, et deuxièmement, la présidence du Conseil de Sécurité s’abstenant de publier un rapport pour en expliquer les raisons. L’espoir du Qatar avait été de soutenir les Palestiniens affamés dans Gaza et de favoriser un élan international de sympathie à leur égard, ce qui pouvait pousser Israël à autoriser quelques approvisionnements pressants dans Gaza.

Il y a quelques mois, on aurait imaginé un tel événement comme tout simplement impossible : une délégation palestinienne, poussant inlassablement les Nations Unies à bloquer une résolution appelant à aider la moitié de la population palestinienne vivant dans un isolement complet et faisant face à des attaques israéliennes incessantes dans les Territoires Occupés !

Qu’est-ce qui peut justifier une telle cruauté ? S’assurer que l’isolement de Hamas est complet ? Refuser aux « islamistes » de Gaza l’occasion de marquer un point contre les « laïques » de Ramallah, et fonctionner ainsi pendant quelques mois de plus avant qu’une famine massive ne fasse tout exploser ? Même ces excuses pitoyables ne suffisent plus.

L’ambassadeur palestinien à l’ONU, Riyad Mansour a fait de son mieux pour justifier ce scandale en déclarant : « il est inacceptable pour n’importe qui, y compris de la part d’amis, d’agir en notre nom sans que nous en soyonsinformés ; personne ne devrait prendre de telles initiatives sans nous consulter. »

Je me demande si M. Mansour s’inquiétait trop de la difficile situation vécue par Wael Abu Warda, âgé de 27 ans, qui est mort le 4 août d’un blocage rhénal alors qu’il attendait au poste-frontière d’Erez séparant Gaza d’Israël , ou des nombreuses personnes qui meurent chaque jour dans les hôpitaux de Gaza à cause de la diminution des moyens hospitaliers ? D’ailleurs, où étaient mentionnés les besoins immédiats de Gaza et de sa population en grande partie sans emploi et sous-alimentée dans l’agenda palestinien au moment où Condoleezza Rice visitait Ramallah et rencontrait Mahmoud Abbas, le premier ministre Salam Fayyad et son cabinet de 14 ministres ?

Ou alors l’accord-cadre de 80 millions dollars - une récompense des Etats-Unis à Abbas pour suivre le scénario américain à la lettre - a-t-il prévu de mettre de côté une quantité minuscule pour le lait, le carburant et peut-être quelques machines à dialyse pour ceux qui souffrent dans Gaza ?

Revenons au « succès » palestinien au Nations Unies : le miracle n’était naturellement pas un miracle du tout. Les Palestiniens ont clairement utilisé le même mécanisme que celui utilisé par Israël pendant des années pour bloquer la seule possibilité de fixer l’attention [internationale] sur la situation difficile dans Gaza. On peut détester l’idée proverbiale que les Palestiniens sont pour eux-mêmes leur pire ennemi, mais peu de formules peuvent mieux décrire cette comédie sans fard qui est qu’au Congrès des Etats-Unis le lobby sioniste s’active maintenant aux côtés d’Abbas.

Quatre-vingt millions de dollars paraissent un prix trop peu élevé pour vendre son propre peuple. Mais vu les circonstances, aux yeux de certains, le prix parait simplement juste.


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Ramzi Baroud

* Ramzy Baroud est un écrivain palestino-américain et l’éditeur de PalestineChronicle.com ; son dernier ouvrage est consacré à la Deuxième Intifada et s’intitule « The Second Intifida : A chronicle of a People’s Struggle » (Pluto Press, Londres).

Site Internet :
www.ramzybaroud.net


Du même auteur :

- Irak : le temps ne résoudra rien
- Tirer les leçons du sang versé à Gaza
- La gauche palestinienne : une occasion manquée

8 août 2007 - Arab News - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.arabnews.com/?page=7&amp...
Traduction : Claude Zurbach