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Une interview de Abu Mujahid, porte-parole des Comités Populaires de Résistance
mardi 10 février 2015 - Qassem Qassem
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Abu Mujahid - Photo : Al-Akhbar/Marwan Tahtah

Les Comités de résistance populaire sont une coalition palestinienne formée après la deuxième Intifada en 2000. Plusieurs opérations ont été réalisées par son aile militaire, les Brigades al-Nasser Salah al-Deen. La plus remarquable parmi ces opérations a été la première attaque contre un tank Merkava israélien, en plus de l’opération « Illusion dissipée » au cours de laquelle le soldat israélien Gilad Shalit a été capturé et trois officiers tués.

Al-Akhbar : Quelle est votre opinion sur l’assassinat de combattants du Hezbollah dans la province syrienne de Quneitra ?

Abu Mujahid : C’est une grave escalade. L’occupation israélienne n’aime pas voir le calme dans la région. Israël se rendra compte que l’assassinat de ce nombre important de martyrs dans Quneitra était un acte stupide et aura des conséquences. Le sang des martyrs, et le sang de Jihad, le fils du commandant Imad Mughniyeh martyrisé, ne feront que davantage motiver la résistance.

AA : Quel est votre avis sur le moment choisi pour l’opération ?

AM : L’entité israélienne est confrontée à un dilemme. Les chances du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans les élections à venir ont diminué après la dernière guerre [à Gaza]. Cette opération était une tentative de sa part de lancer la balle dans le camp de la résistance, pour provoquer une réponse et l’entraîner dans une nouvelle guerre, grâce à laquelle il pourrait atteindre ses objectifs. Les expériences passées ont montré que s’attaquer à la résistance à des fins électorales - que ce soit la résistance en Palestine ou le Hezbollah - se termine par une défaite. Cela s’est déjà produit dans le passé avec Ehud Olmert et Shimon Peres, et cela va arriver à Netanyahu. L’occupation a voulu délivrer un message. La résistance ne sera pas silencieuse, et elle répondra certainement.

AA : Vous avez été engagés dans une guerre de 50 jours à Gaza. Quelle est la situation dans la bande de Gaza aujourd’hui ?

AM : Les Gazaouis vivent dans des conditions sévères et difficiles. Leur situation est bien pire qu’elle ne l’était après la guerre en 2012, parce que ce qui a été convenu au Caire n’a pas été appliqué. L’ennemi israélien n’a pas respecté les termes de l’accord, qui est resté verbal et n’a été signé par personne. Cela a un effet très négatif sur la bande de Gaza, en particulier sur ceux dont les maisons ont été détruites et qui se sont retrouvés exposés à la récente tempête. Il est triste de voir le point où nous en sommes - surtout après être restés fermes pendant 52 jours, durant lesquels nous avons utilisé toutes nos capacités.

AA : Qui est responsable de l’état actuel des choses ?

AM : Les responsables politiques portent la responsabilité de voir nos demandes insatisfaites. La résistance se sent abandonnée après ce qui se est passé. Nous étions à la hauteur dans notre créativité militaire, et les politiques n’ont pas réussi à transformer nos réalisations sur le terrain en gains pour le peuple. Ils auraient pu tirer avantage de nos succès, et nous aurions pu exercer plus de pression sur l’ennemi et poursuivre la bataille contre Israël pour parvenir à nos exigences.

AA : Auriez-vous eu les moyens de continuer la guerre pendant plus de 50 jours ?

AM : Nous avions les capacités pour continuer à nous battre pendant des mois, et les affirmations de l’ennemi sur la dégradation de nos capacités et la destruction de notre infrastructure étaient des mensonges. Je suis en mesure de confirmer ce fait, en m’appuyant sur ma connaissance des opérations sur le terrain.

AA : Étiez-vous en contact avec le Hezbollah pendant la guerre ?

AM : Nous avons maintenu la communication avec nos frères dans la Résistance islamique (Hezbollah) et les frères de la République islamique d’Iran. Nous étions en contact avec eux avant, pendant, et après la guerre, en particulier avec les dirigeants concernés par le dossier palestinien. Je peux confirmer que le soutien n’a pas cessé, depuis le début jusqu’à la fin de la guerre.

AA : Voulez-vous dire un soutien militaire ou moral dans la guerre ?

AM : Je veux dire à la fois un soutien militaire et matériel.

AA : Après la mise en place par l’Égypte d’une zone tampon avec Gaza, êtes-vous en difficulté pour acheminer des armes dans la bande ?

AM : Cela a été très difficile, mais la détermination palestinienne et les efforts déployés par les fils de la résistance pour obtenir des armes afin de protéger notre peuple ne cesseront pas. Ces efforts se poursuivent, que ce soit avec nos frères à l’étranger, à savoir le Hezbollah et l’Iran, ou avec nos frères sur place.

AA : Vous préparez-vous pour une future bataille ?

AM : La résistance a commencé à développer ses capacités immédiatement après la guerre. Nous avons terminé la phase de restauration et avons commencé la phase de développement. Aujourd’hui, nous comptons sur nos propres capacités.

AA : Les Comités de résistance populaire (PRC) ont-ils été affectés par le désaccord entre le Hamas et l’axe de la résistance ?

AM : Le Hezbollah et l’Iran n’ont pas cessé de soutenir les factions de la résistance, et pour autant que je sache, le soutien aux Brigades al-Qassam (branche militaire du Hamas) a continué même pendant la période de discorde et la suspension des relations entre la direction politique du Hamas et l’axe de la résistance. Sur le front politique, le différend a un effet négatif sur la cause palestinienne dans son ensemble.

Si c’était une tactique du Hamas, elle n’aurait pas du être utilisée avec nos frères qui ont fourni un soutien inconditionnel, sans rien demander en échange. Nous devrions maintenir une relation stratégique avec nos frères en Iran, parce que nous partageons une réalité commune. L’axe de résistance nous a offert tous les types de support. Aucun pays arabe - qu’ils soit proche ou lointain - ne considère la Palestine comme une cause aussi centrale que l’Iran l’a fait.

AA : Le désaccord touche l’opinion publique à Gaza. Franchement, est-ce que le Hezbollah est considéré comme un parti sectaire ?

AM : D’une façon générale, le peuple palestinien, la société palestinienne sont non-sectaires. Si le Hezbollah est considéré d’un point de vue sectaire, ce ne peut être que négatif. Les Palestiniens n’ont pas une mentalité sectaire parce que les gens défendent une cause et vivent sous occupation. Quand quelqu’un nous offre un soutien sans conditions, nous devrions les remercier. Le discours sectaire n’est pas le fait de tous les Palestiniens.

AA : Qu’en est-il du désaccord présumé au sein du Hamas entre les combattants et les politiques, en particulier en ce qui concerne la relation avec le Hezbollah et l’Iran ?

AM : Il y a un consensus clair au sein du Hamas. La décision prise par la direction militaire et politique pour rétablir la relation avec l’axe de la résistance n’a pas été faite sous pression, mais par conviction. Les frères (du Hamas) ont réalisé l’erreur qu’ils avaient commise en ne remerciant pas le Hezbollah et l’Iran, ce qui a conduit le porte-parole Ezzedine al-Qassam Abu Ubaidah à remercier les deux parties dans un discours. Ce discours avait une importance particulière, parce que les combattants du Hamas ont bénéficié d’un soutien militaire et la direction politique à Gaza a soutenu les combattants, ce qui signifie qu’ils ont approuvé cette expression de gratitude.

AA : Comment l’armement est-il en relation avec le nombre de combattants dans les organisations ?

AM : L’armement est basé sur le nombre de combattants sur le terrain. Prenons comme exemple les chiffres suivants : 3000 combattants des CPR sur le terrain, 5000 du Djihad islamique, et 10 000 des Brigades Ezzedine al-Qassam. Mais l’armement était parfois disproportionnée avec le nombre de combattants sur le terrain, et a dépassé la limite fixée.

AA : Cherchez-vous à former vos cadres militaires en dehors de Gaza ?

AM : Un grand nombre de commandants sur le terrain ont reçu une formation avancée à l’étranger. Quant à la formation des jeunes à l’extérieur de la bande de Gaza, la décision est liée à la situation de sécurité. Nous n’avons aucune intention de nous impliquer dans des questions qui pourraient entraver le travail de la résistance.

AA : Que pensez-vous à propos de la déclaration de Sayyed Hassan Nasrallah, selon quoi le Hezbollah va consacrer une partie de son temps à soutenir la résistance palestinienne ?

AM : Selon notre expérience avec nos frères du Hezbollah, les mots de Sayyed Nasrallah vont assurément se traduire par des actions sur le terrain, parce qu’il tient toujours ses promesses.

AA : Le nombre d’opérations en Cisjordanie occupée a augmenté récemment. Y a-t-il une perspective de nouvelles opérations de commandos ?

AM : Notre peuple va trouver les moyens appropriés pour lutter contre l’occupation. Les opérations récentes ont été une source de préoccupation pour l’Autorité palestinienne (AP). L’incapacité du président de l’AP, Mahmoud Abbas, à fournir une solution, ses promesses illusoires en plus de l’impasse politique, vont provoquer la colère populaire en Cisjordanie et aider à créer un terrain fertile pour la résistance, ce qui se traduira par des opérations militaires.

AA : Y a-t-il une décision entre les organisations au sujet de ces opérations ?

AM : Certaines ont été réalisées sur la base d’une décision prise par les organisations, et d’autres par des décisions à part. Les deux se complètent l’une l’autre. En fin de compte, ce sont des initiatives de résistance. Nous nous attendons à ce que de futures opérations contre l’ennemi en Cisjordanie deviennent l’épine la plus atroce plantée dans la gorge d’Israël.

AA : Mais l’armement en Cisjordanie a-t-il commencé ?

AM : C’est une question très sensible. Les incidents en Cisjordanie ne se produisent pas indépendamment des déclarations du Guide suprême iranien Ali Khamenei sur la nécessité de fournir des armes à la Cisjordanie, si les opérations qui suivent ont lieu dans un court laps de temps. C’était un message puissant que l’occupation a compris.

AA : Pendant le soulèvement en 2000, les Brigades al-Aqsa (Fatah) étaient les plus capables de lancer des attaques à partir de la Cisjordanie. Mais après le démantèlement des brigades et d’autres factions, qui assumera le rôle de premier plan ?

AM : Nous n’adopterons pas nécessairement le même modus operandi qu’avant. La résistance peut adopter une nouvelle approche pour effectuer des opérations au cours de la prochaine étape, et les factions ne seront pas nécessairement celles qui luttent contre l’occupation en Cisjordanie.

AA : Qu’en est-il du retour du chef du Fatah Mohammed Dahlan, auparavant expulsé de la bande de Gaza, et de sa coordination présumée avec le Hamas ?

AM : Nous sommes une organisation de résistance qui vise à renforcer le front de résistance à Gaza. La question de Dahlan et du Hamas est compliquée, et nous ne voulons pas nous en mêler. Il y a des informations contradictoires sur la relation entre Dahlan et le Hamas. Aussi, nous ne voulons pas faire de commentaires jusqu’à ce que nous comprenions ce qui se passe réellement, s’il s’agit d’une relation stratégique ou tactique.

AA : Pensez-vous que Dahlan sera élu président ?

AM : Le peuple palestinien est suffisamment conscient pour éviter cela.

AA : Y aura-t-il une nouvelle guerre contre Gaza ?

AM : La situation sociale est très mauvaise et il y aura probablement bientôt une explosion.

21 janvier 2015 - Al-Akhbar - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Info-Palestine.eu