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Syrie : la guerre civile et les manigances des grandes puissances
mercredi 9 octobre 2013 - Lutte de classe
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Les habitants d’Alep sont las et résignés, face à une guerre civile qui a fait du dit "printemps arabe" un véritable cauchemar

Les dirigeants occidentaux, États-Unis et France en tête, ont brandi la menace de « frappes » sur le territoire syrien, ce mot politiquement correct semblant avoir remplacé dans le langage journalistique le vieux mot de bombardement, décidément plus déplaisant. Mais la réalité qu’il désigne reste la même et montre que les dirigeants impérialistes n’ont pas renoncé à la politique de la canonnière. Ils se considèrent toujours en droit d’intervenir militairement dans les différents endroits du monde, quitte à dissimuler leurs véritables desseins derrière des prétextes humanitaires, des indignations de commande et la manipulation d’informations… et quitte aussi à bluffer en brandissant des menaces qu’ils sont hors d’état d’appliquer.

L’affaire des armes chimiques du régime de Bachar el-Assad ne fait pas exception à la règle. Mais en l’occurrence, il est apparu rapidement que les menaces de frapper la Syrie, brandies par Barack Obama et répétées sans peur du ridicule par le président français Hollande, étaient surtout là pour cacher d’autres calculs. Les dirigeants impérialistes voudraient tenter de sortir de la crise syrienne avec le moins de dommages possible, du moins pour leurs intérêts ; car en ce qui concerne le peuple syrien, les dommages sont là, dramatiques, et ils sont le prix qu’il paye pour toutes les manœuvres qui se sont déroulées depuis deux ans autour de lui avec le plus grand mépris pour son sort.

Comment se sauver réciproquement la face

Grâce à une proposition opportunément venue des dirigeants russes, États-Unis et Russie sont maintenant tombés d’accord pour s’engager dans un processus censé amener les dirigeants syriens à soumettre leur armement chimique au contrôle international et à le détruire. Cela sera compliqué, les discussions promettent d’être longues et ne mettront évidemment pas fin à la guerre civile syrienne et aux atrocités auxquelles elle donne lieu de toute part. Mais c’est sans doute là le principal avantage qu’y voient pour l’instant les dirigeants américains et russes. En vieux adversaires qui savent aussi quand il le faut être de vieux complices, ils ont trouvé là une façon de se sauver réciproquement la face.

Ainsi Barack Obama, en difficulté pour obtenir un vote du Congrès américain permettant une intervention militaire dans laquelle lui-même ne souhaite pas vraiment s’engager, obtient un délai qui pourra se prolonger à loisir. Poutine, tout en évitant de désavouer son allié syrien, s’impose comme partenaire obligé d’un règlement international. Quant au régime d’Assad, au bout du compte, il ne risque rien d’autre que d’avoir à se débarrasser d’un arsenal obsolète et en tout cas de peu d’utilité.

Les Barack Obama et les Hollande brandissent la prétendue « ligne rouge » que constituerait l’usage d’armes chimiques. Discuter longuement sur le fait de savoir si cette ligne a été franchie leur permettra de faire semblant de se préoccuper du sort du peuple syrien, mais revient à considérer que les autres armes sont licites, qu’elles soient utilisées par le régime d’Assad ou par les rebelles. Toute cette agitation diplomatique et ce concours de déclarations couvriront mal le fait que la guerre continue encore, alors qu’elle a déjà pratiquement détruit un pays.

Les dirigeants occidentaux se disent motivés par des préoccupations humanitaires, mais celles-ci n’ont en réalité aucune place dans leurs calculs. Pendant plus de quarante ans ils se sont accommodés du régime de Bachar el-Assad, et avant lui de son père Hafez el-Assad, et de la dictature qu’ils ont fait régner en Syrie. Bien sûr, il s’agit d’un régime nationaliste arabe qui, malgré la fin de la guerre froide et la fin de l’URSS, a continué de chercher un soutien du côté de la Russie, soutien qui lui a permis de maintenir une certaine indépendance vis-à-vis des puissances impérialistes. Mais ce régime a aussi toujours su composer avec elles, et se rendre utile à sa façon. Il l’a fait notamment en intervenant au Liban à partir de 1976 pour maintenir le statu quo qui aurait pu être remis en cause par un succès des milices de la gauche libanaise et des Palestiniens dans la guerre civile qui déchirait le pays. Et s’il a pu y maintenir ses troupes jusqu’en 2005, c’est qu’il avait l’approbation des puissances voisines et des dirigeants occidentaux, pour geler par sa présence militaire les positions des protagonistes et maintenir ainsi un minimum d’existence de l’État libanais.

Assad père, puis fils, auraient aimé être payés de retour, par exemple par des pressions occidentales sur Israël pour forcer celui-ci à rendre le territoire syrien du Golan occupé depuis 1967. Mais cela ne s’est pas produit et a évidemment compté dans le fait que les dirigeants syriens, face à des puissances occidentales qui ne leur offraient rien, ont préféré maintenir leur alliance avec la Russie. Reste que, depuis des décennies, les dirigeants occidentaux et en premier lieu américains savaient à quoi s’en tenir sur le régime des Assad et étaient convaincus que, tous comptes faits, il était un partenaire utile pour le maintien du statu quo entre les différents États du Moyen-Orient. Au point qu’on a pu voir Sarkozy inviter Bachar el-­Assad à assister au défilé du 14 juillet 2008 à Paris, espérant évidemment que ce geste serait payé de retour par quelques commandes à l’industrie militaire française.

Tout cela a pu durer jusqu’au « printemps arabe » du début 2011, au cours duquel les dirigeants des États-Unis ont préféré lâcher de vieux protégés comme le dictateur Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte et couvrir dans ces deux pays un simulacre de transition vers la démocratie. Mais lorsque des manifestations de jeunes ont commencé à se produire contre la dictature d’Assad, se heurtant à une violente répression, les dirigeants occidentaux n’auraient pas eu les moyens de procéder à la même opération en Syrie, pour autant qu’ils l’aient voulu. En effet, ils n’avaient pas avec les sommets de l’armée syrienne les mêmes liens d’influence qu’ils ont avec les chefs de l’armée égyptienne ou tunisienne et qui leur ont permis de convaincre ceux-ci de lâcher leurs vieux dictateurs pour mieux garder le pouvoir. Et surtout ils ne pouvaient pas souhaiter vraiment la chute d’Assad tant qu’ils n’avaient pas l’assurance que le régime candidat à le remplacer serait fiable pour leurs intérêts.

Turquie et Etats du Golfe à la rescousse contre Assad

Les dirigeants occidentaux ont donc assisté sans broncher à la répression des manifestations du début 2011 en Syrie, tout comme d’ailleurs chez un certain nombre d’autres de leurs alliés comme le Bahreïn ou même l’Arabie saoudite. Ils n’ont cependant pas empêché leurs alliés proches comme le Qatar, l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Turquie, de fournir une aide à des groupes de l’opposition syrienne susceptibles de déstabiliser le régime de Damas et éventuellement de préparer une solution de rechange. L’argent de l’Arabie saoudite et du Qatar a permis de leur fournir des armes. En Turquie le gouvernement Erdogan, le même qui déclarait peu auparavant que Bachar el-Assad était pour lui un frère et que son pays voulait avoir « zéro problème avec ses voisins », a patronné la création d’une Armée syrienne libre à partir de déserteurs de l’armée syrienne et permis à des groupes armés, formés ou non de Syriens, de s’entraîner sur son sol avant de franchir la frontière turco-syrienne, une frontière particulièrement perméable qui s’étire sur plus de 800 kilomètres.

Des bases ont été également constituées en Jordanie, sous supervision de militaires jordaniens, saoudiens et qataris, mais aussi avec la collaboration des services américains, français et britanniques, pour former et acheminer des combattants en Syrie. À l’Armée syrienne libre, se sont adjoints une série de groupes disparates, formés à partir de volontaires syriens, mais aussi des volontaires venus de Turquie, de Tchétchénie, d’Irak, d’Afghanistan ou même d’Europe, et disposant de l’argent et des armes fournis par les États du Golfe. Les groupes armés intégristes islamistes ont ainsi pris de plus en plus de poids au sein de la rébellion armée à Assad.

Cette opposition armée s’est rapidement substituée à l’opposition exprimée par les manifestations populaires contre le régime, mais avec de tout autres objectifs. Elle y a été aidée d’ailleurs par la répression violente de ces manifestations par le régime, qui laissait chaque fois sur le terrain de nombreux morts, tombés sous les balles de la police. Puis le principal effet de la « libération » de certaines villes ou de quartiers par les groupes armés de la rébellion a été d’en faire la cible des bombardements de l’armée d’Assad. La population civile ainsi « libérée » s’est trouvée écrasée sous les bombes, tout en devant subir bien souvent la loi de groupes armés se conduisant comme en terrain conquis et voulant imposer leur conception de la loi islamique à tous, à commencer par les femmes. Dans bon nombre de cas, la population n’a pu trouver son salut qu’en fuyant ses villes et ses quartiers détruits par les bombardements et désormais sous la loi de bandes armées sans contrôle.

Pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux, il ne s’agissait que de se servir de l’initiative turco-qatarie-saoudienne pour tester la résistance du régime d’Assad afin, si celui-ci finissait par tomber, de le remplacer par un régime qui leur soit directement inféodé. C’est pourquoi, en même temps, les tentatives se sont succédé pour tenter de mettre en place une solution de rechange politique à Assad. Après le Conseil national syrien, une première tentative chapeautée par la Turquie, une Coalition nationale syrienne s’est mise en place qui a cherché à offrir aux dirigeants occidentaux un visage assez présentable. Elle a reçu d’ailleurs aussitôt la caution du gouvernement français de François Hollande. Mais les dirigeants occidentaux se sont jusqu’à présent refusés à engager directement leurs forces dans des opérations militaires contre les bases de l’armée syrienne, et même à fournir aux rebelles les armements lourds qu’ils demandaient.

En effet, si la coalition de forces politiques constituée hors de Syrie a tout fait pour gagner la confiance et le soutien des dirigeants occidentaux, il est évident maintenant qu’elle ne contrôle nullement les bandes armées présentes sur le terrain, largement divisées, dominées par des djihadistes ou même liées à al-Qaida, ou bien constituées sur des bases ethniques ou même sur la base du simple brigandage. Le régime d’Assad a d’ailleurs maintenant rendu à la Turquie la monnaie de sa pièce en laissant pratiquement le contrôle du nord de son territoire aux milices kurdes du parti PYD, allié du PKK qui, du côté turc de la frontière, s’oppose à l’armée d’Ankara. Non seulement cela complique fortement la situation pour l’armée turque et pour Erdogan, mais du côté syrien des combats violents opposent désormais ces milices kurdes aux groupes islamistes qui voudraient contrôler l’ensemble de la rébellion à Assad.

Visiblement, les dirigeants américains reculent maintenant devant l’idée de mettre leur poids militaire dans la balance pour la faire pencher du côté de ces groupes armés, sur lesquels l’opposition politique en exil n’a de toute évidence guère de poids. D’autant plus que, pendant qu’une situation de chaos règne dans les zones dites libérées, le régime de Damas a montré une capacité de résistance à laquelle ses adversaires ne s’attendaient sans doute pas. Il a même été aidé par le comportement d’une grande partie des groupes armés de la rébellion vis-à-vis de la population et notamment des minorités, chrétienne par exemple, qui les a rejetées du côté du régime. Beaucoup ont pu en effet en conclure que, des deux maux, le moindre était encore celui représenté par le régime d’Assad. Celui-ci semble maintenant renforcé et son armée a réussi à reprendre à la rébellion une grande partie du terrain perdu.

Le « match nul », meilleure solution ?

C’est d’ailleurs certainement cette évolution du rapport de force militaire en faveur du régime d’Assad qui préoccupe aujourd’hui les dirigeants occidentaux, bien plus qu’un prétendu souci humanitaire pour ses victimes. Dans un article publié par Le Monde, un expert du Centre d’études stratégiques internationales de Washington, Edward Luttwak, a expliqué clairement le choix difficile face auquel se trouvent les dirigeants des États-Unis : si la victoire revenait au régime d’Assad, lui-même soutenu et allié de la Russie, mais aussi de l’Iran et du Hezbollah libanais, ce serait un revers politique pour l’Amérique et ses alliés de la région. Mais il ajoute : « Inversement, une victoire des rebelles serait aussi extrêmement dangereuse pour les États-Unis et nombre de leurs alliés en Europe et au Moyen-Orient. » Il faudrait en effet s’attendre à voir émerger à Damas une dictature islamiste dont rien ne garantit qu’elle resterait l’alliée des États-Unis.

La seule autre option, toujours selon cet expert, serait « une invasion américaine généralisée pour vaincre à la fois Bachar el-Assad et les extrémistes luttant contre son régime », autrement dit « une énième aventure militaire au Moyen-Orient ». Aussi, conclut-il, « les États-Unis ne peuvent privilégier qu’une seule issue : un match nul prolongé », et il propose une méthode : « Armer les rebelles quand les forces d’Assad prennent l’ascendant, et au contraire couper ces approvisionnements dès que les rebelles semblent en passe de l’emporter. » Et cet expert de constater que, tous comptes faits, cette politique de l’entretien de la guerre civile est bien celle suivie depuis le début de l’affaire syrienne par les dirigeants américains. Cynique jusqu’au bout, il ajoute que, bien sûr, pour le peuple syrien il est triste et tragique que ce soit là la « meilleure solution », mais que de toute façon celui-ci ne peut rien espérer d’autre de la situation.

On ne sait si Barack Obama suit et suivra jusqu’au bout les conseils d’Edward Luttwak. En tout cas ces raisonnements sont bien plus révélateurs des préoccupations réelles des dirigeants de l’impérialisme que leurs indignations sélectives. Leur principale préoccupation est le maintien, en Syrie, d’un rapport de force qui leur permette de continuer à y jouer leur jeu et de défendre leurs intérêts et ceux de leurs compagnies dans la région. L’affaire des armes chimiques le démontre bien. Sans demander le moins du monde à Assad de cesser d’utiliser son armement conventionnel, les dirigeants américains ont suffisamment menacé pour obtenir de la Russie et du régime syrien une concession dans leur direction. Cela leur permet non seulement de sauver la face, mais aussi de s’imposer comme des partenaires, alors qu’ils risquaient d’en être exclus, dans le jeu diplomatique qui va se jouer maintenant, en prenant son temps, pour trouver ce que tous appellent la « solution politique » à la crise syrienne.

Une discussion peut en cacher une autre

La discussion sur les armes chimiques va donc sans doute continuer, pendant que la poursuite de la guerre permettra de mesurer le rapport de force sur le terrain. Mais elle sert à camoufler une autre discussion, plus sérieuse, sur la « solution politique ». Celle-ci est en fait discutée depuis plus d’un an entre Russes et Américains. Elle consisterait en la participation d’un certain nombre de représentants de l’opposition à un régime Assad refondu, éventuellement avec la promesse de procéder à des élections dans un certain délai. Cela exclurait les représentants des groupes islamistes incontrôlables et autres djihadistes venus faire le coup de feu en Syrie. En effet non seulement Assad et la Russie les refusent, mais aujourd’hui les États-Unis eux-mêmes n’ont plus grande envie de les soutenir, si ce n’est par tactique. C’est constater que l’armement de volontaires sous le patronage de la Turquie, de l’Arabie saoudite et des Émirats se solde par un désastre, avec la prolifération de groupes islamistes armés que personne ne contrôle plus.

Même si tout cela s’est déroulé aussi sous l’œil discret des services français, britanniques et des leurs propres, les États-Unis semblent prêts à abandonner au milieu du gué les dirigeants turcs et arabes qui se sont avancés dans l’opération. Après tout, à eux de se débrouiller maintenant avec les groupes islamistes qu’ils ont soutenus sans savoir les tenir en main, et qui n’auront peut-être finalement servi qu’à tester la résistance du régime d’Assad. L’affaire apparaîtrait évidemment comme un fiasco pour ces alliés trop entreprenants, mais les dirigeants américains préféreraient qu’elle n’apparaisse pas trop comme telle pour la diplomatie américaine. Et c’est bien là ce que Poutine semble prêt à garantir à Obama.

On peut d’ailleurs imaginer que l’affaire ne s’arrêtera pas là. Comme toujours, lorsque les grandes puissances s’entendent pour mettre fin à un conflit, un des terrains de discussion est la question de la reconstruction et des marchés qui vont avec. Poutine aurait déjà fait entendre à Obama qu’après un conflit comme le conflit syrien, c’est celui qui détruit qui doit payer. On peut traduire que le Qatar et l’Arabie saoudite, après avoir englouti de l’argent dans le soutien à des groupes islamistes sans réussir à renverser Assad, seraient priés de puiser de nouveau dans leurs caisses pour contribuer à la reconstruction de la Syrie. Un terrain de discussion s’ouvrira alors entre les deux parrains de l’accord, États-Unis et Russie, pour l’attribution de marchés qui s’annoncent substantiels. En revanche il est probable que d’autres puissances comme la France, malgré son empressement à se placer auprès de l’allié américain pour le servir et à rappeler que la Syrie a fait partie de son empire colonial, seront les parents pauvres de l’attribution des marchés. Mais les rapports de force entre puissances impérialistes sont ce qu’ils sont.

Voilà comment les deux superpuissances tentent de s’entendre comme larrons en foire pour tenter de trouver à l’affaire syrienne une porte de sortie qui ménage leurs intérêts respectifs. Cela peut prendre encore du temps et en attendant, comme le dit l’expert américain cité, on peut assister à « un match nul prolongé », autrement dit à la prolongation de cette guerre civile sanglante. On ne sait même si États-Unis et Russie parviendront vraiment à cette solution, car tout ne dépend pas d’eux. Rien ne dit en particulier que les groupes djihadistes mis sur pied avec la complicité des États-Unis se laisseront mettre à la raison facilement quand ceux-ci le voudront. S’ils doivent quitter la Syrie, on les retrouvera sans doute sur d’autres terrains d’opérations. L’effet déstabilisateur de la guerre civile syrienne sur l’ensemble de la situation au Moyen-Orient peut aller bien plus loin que ce que peuvent souhaiter les grandes puissances. Mais même si elles parviennent à une solution, le bilan désastreux de cette guerre civile restera.

Les aspirations populaires menées dans l’impasse

Les manifestants syriens du début 2011, qui à l’image de la population des autres pays arabes demandaient un peu plus de liberté et de justice et moins de répression, sont maintenant bien oubliés. Le régime d’Assad leur a répondu à sa manière habituelle, par une répression brutale. Mais tous ceux qui depuis deux ans ont prétendu venir à l’aide du peuple syrien, qu’il s’agisse des puissances voisines ou des puissances impérialistes, s’en sont moqués de la même façon, apportant leur contribution à une guerre civile sans issue, substituant l’intervention de leurs bandes armées à la lutte du peuple syrien et ne voyant dans la situation qu’une opportunité de défendre leurs propres intérêts contre un régime rival.

Le bilan, malheureusement encore provisoire, est un pays détruit, plus de 100 000 morts et des millions de réfugiés ou de personnes déplacées, des dommages incalculables et, pour seule perspective, la continuation de la dictature sous une forme ou sous une autre. Après ce qui s’est passé en Égypte, en Tunisie et en Libye, la guerre civile syrienne illustre de façon plus dramatique encore l’impasse dans laquelle ont été menées les aspirations démocratiques et sociales qui se sont fait jour lors de ce que l’on a nommé le « printemps arabe ». Dans un monde arabe divisé en un système d’États rivaux armés les uns contre les autres sous la supervision des puissances impérialistes, c’est à l’échelle de la région que doit s’affirmer une perspective révolutionnaire prolétarienne.

N°154 (septembre-octobre 2013 - Vous pouvez consulter cet article à :
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