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Résistance palestinienne et éducation
mardi 29 janvier 2013 - Mustafa al-Barghouti

Les Palestiniens sont en proie à une crise économique épouvantable, qui est le produit de trois facteurs. Le premier est la stratégie de la puissance occupante qui politiquement, économiquement et socialement est invalidante pour la société palestinienne, créant volontairement des conditions de vie aussi misérables que possible de manière à entraîner un nombre croissant de Palestiniens à émigrer ou de façon à les réduire à un état de découragement et de désespoir absolus.

Le second facteur est que cette stratégie est facilitée par la crise économique mondiale, qui aggrave une distorsion économique structurelle inhérente à une dépendance excessive vis-à-vis de l’aide étrangère.

Le troisième facteur se retrouve dans les politiques du gouvernement palestinien, qui n’a pas réussi à développer et à appliquer une stratégie claire pour une « économie de résistance ».

Au lieu de promouvoir une économie qui renforce la capacité du peuple palestinien à résister à l’occupation, le gouvernement a poussé l’économie dans des tendances consuméristes inadaptées aux conditions auxquelles les Palestiniens doivent faire face. Dans le même temps, il a continué à se conformer à la lettre au protocole économique défini par la Déclaration de Paris (*) tout en essayant de résoudre ses problèmes de liquidité par l’augmentation des impôts et par la hausse des prix.

Le problème avec l’approche économique du gouvernement n’est pas seulement une question d’une politique erronée, mais aussi dans certains cas, de n’avoir aucune politique du tout. Par exemple, le gouvernement n’a pas de politique définie pour tenter résoudre un très grave problème de la société palestinienne : le chômage endémique. La Palestine a un taux de chômage au cinquième rang dans le monde, allant de 60 à 80 pour cent chez les jeunes diplômés.

Pendant ce temps, comme je l’avais prédit, les problèmes de l’éducation ont refait surface avec plus de force que jamais. Alors que les étudiants et les personnels des universités sont en grève et manifestent, le gouvernement s’obstine à ignorer des propositions manifestement viables la loi nationale sur les fonds pour l’enseignement supérieur. En dépit du fait que cette loi a été approuvée à l’unanimité par le Parlement en 2006, le gouvernement refuse toujours de le mettre en œuvre.

Il y a quelque 190 000 étudiants dans les universités palestiniennes. L’application de la loi nationale pour l’enseignement supérieur allégerait le fardeau des frais de scolarité pour les familles dans le besoin et en même temps offrirait aux universités palestiniennes des liquidités suffisantes pour augmenter les salaires des enseignants et des non-enseignants. Immunisées ainsi contre les pénuries économiques, récurrentes, les universités pourraient ainsi disposer des moyens pour développer des programmes de recherche et améliorer les pratiques pédagogiques, en déclin rapide selon les indices internationaux.

La loi instituant le fonds spécial permettra également à de nombreux étudiants qui ont besoin d’aide ou de prêts de ne plus avoir recours aux habituels canaux connus pour leur népotisme et favoritisme et dont le processus basé sur les relations familiales et les opinions et affiliations politiques y jouent souvent un rôle crucial.

Il est intéressant de noter qu’un certain groupe a pris dans l’aide étrangère destinée à l’éducation des sommes qui dépassent ce qui aurait coûté pour gérer le fonds depuis son approbation par le parlement. Si cet argent avait été employé pour la création du fonds, il aurait établi une ressource renouvelable et durable. Au lieu de cela, l’argent a été consacré à des projets ou activités à objectif unique qui ne s’inscrivent pas dans la durée, c’est-à-dire bons pour une fois seulement.

Or, ce fonds qui prévoit bien évidemment un organe de contrôle indépendant, aurait certainement réconforté les donateurs Palestiniens potentiels qui cherchent les voies d’aide pour les familles dans le besoin et qui tiennent à s’assurer que leurs contributions parviennent effectivement à ceux qui les méritent.

Notre peuple n’a d’autre choix que de résister au système d’apartheid instauré par l’occupation et qui menace et hypothèque l’existence même des Palestiniens. C’est pourquoi, soutenir la capacité des citoyens à résister dans la durée, est l’un des défis les plus importants de la lutte palestinienne.

Dans ce contexte, l’objet du fonds national pour l’enseignement supérieur entre droit dans le vif du sujet qui intéresse le peuple palestinien, à savoir son besoin d’une nouvelle politique économique habilitée à faire face aux véritables évènements et circonstances qui marquent les vies des Palestiniens ainsi que les menaces qui guettent leur avenir. Israël mène une guerre acharnée qui a pour but de détruire et d’anéantir toute possibilité et tout espoir d’établissement d’un État palestinien indépendant.

Avec la disparition des derniers signes d’une illusion appelée solution politique, nous nous retrouvons face à face avec la certitude absolue que le rôle majeur que nous devons jouer à présent est d’apporter notre soutien au peuple palestinien et à sa capacité à survivre sur sa propre terre et à organiser une résistance unifiée contre le système d’apartheid israélien.

Remonter le moral de notre peuple constitue l’élément primordial de la tâche qui nous incombe. Il faudrait que nous lui transmettions le sentiment que sa dignité et ses droits sont respectés dans le cadre de leurs institutions palestiniennes et que tous sont copropriétaires de l’avenir qu’ils auront à défendre.

Ainsi, la promotion du respect de la dignité des étudiants et de leurs familles, de leurs professeurs et de leur système éducatif, sans oublier le principe de l’équité et de l’égalité des droits de tout un chacun à recevoir une éducation, sont la clé pour la mobilisation et l’engagement d’une large partie de la jeunesse dans la lutte nationale. Cette démarche les impliquera davantage et leur inculquera le sentiment d’appartenance à la cause en constituant une partie de ce qu’ils défendent et de ce qu’ils aspirent à créer.

Il est d’autant plus important de souligner que politique et économie ne peuvent être dissociés. Dans ce cadre, ni les slogans ni les diatribes interminables, quoique formulés avec élégance, ne soutiennent une résistance durable : la solution est dans les actions et dans le développement de politiques saines.

Note :

* Le protocole de Paris, signé en avril 1994, assure à Israël le plein contrôle de l’économie palestinienne : les importations, les exportations, les taxes et les prix. Consulter à ce propos : http://www.palestine-diplo.com/spip...

* Le Dct Mustafa al-Barghouti est Secrétaire général de l’Initiative Nationale Palestinienne, président de la Société d’aide médicale palestinienne, et membre du Conseil Législatif Palestinien.

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13 novembre 2012 - The Palestine Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.palestinemonitor.org/?p=8083
Traduction : Info-Palestine.eu - CZ & Nour